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II. Dispositions de Grouchy et mouvements de son armée

Selon sa promesse ^ Blûcher avait pris des dispositions pour seconder vigoureusement ses alliés. Des ordres expédiés dans la nuit enjoignirent à Bûlow de marcher au point du jour sur Ghapelle-Saint- Lambert, distant de Mont-Saint-Jean de sept kilomètres à vol d'oiseau, et à Pirch I" de suivre le mouvement du corps de Biilow. A Chapelle-Saint- Lambert, ces généraux agiraient selon les circonstances. Si l'action ne paraissait pas encore sérieusement engagée, ils resteraient dans cette position en dissimulant leur présence ; au cas contraire, ils

1. Bliicher à Miiffling, Wavre, 17 juin, 11 heures du soir. (Cité par von OUech, Geschichte des Feldzuges von 1815. 187.) MiifUiug, Ans meinem Ze6en, 209.

attaqueraient le flanc droit de l'armée française*. Quant aux corps de Zieten et de Thielmann, ils devaient demeurer jusqu'à nouvel ordre dans leurs cantonnements de la rive gauche de la Dyle. Blûcher comptait les amener aussi au soutien des Anglais; mais avant de prendre cette détermination, il lui fallait attendre les rapports de la matinée"-. Il ne pouvait dégarnir complètement la ligne de la Dyle sans avoir des indications positives sur la marche et les forces du corps français qui était signalé à Gembloux.

Si bien conçue que fût cette disposition, elle avait un défaut initial. Le corps de Bûlow n'ayant point donné à Ligny, Bliicher voulait l'engager le premier. Il sacrifia à cette préoccupation, d'ailleurs légitime, la rapidité des mouvements. Les corps de Zieten et de Thielmann bivouaquaient à Bierges et à la Bavette (huit et neuf kilomètres de Chapelle-Saint-Lambert); les corps de Pirch et de Biilow étaient à Aisemont et à Dion-le-Mont (dix et quatorze kilomètres de Chapelle-Saint-Lambert). Manifestement c'étaient les troupes les plus rapprochées du champ de bataille qu'il fallait y porter d'abord, tandis que celles qui en étaient le plus loin seraient venues occuper provisoirement la ligne de la Dyle. En tout cas, l'état-major devait prévoir que le corps de Pirch resterait immobile sous les armes pendant tout le défilé du corps de Bûlow. C'était donc à Pirch de faire tête de colonne. Si l'on eût agi ainsi, la moitié de l'armée prussienne se fût trouvée concentrée à Chapelle-Saint-Lambert bien avant midi.

1. Ordres à Biilow et à Pirch, Wavre, 17 juin, minuit. Ordre de Biilow, Dion-le- Mont, 18 juin. (Cites par vou Ollech, 188, 191.)

2. Lettre précitée de Blucher à Muffling. Cf. von Ollech, 188 ; Wagner, IV, 58.

MOUVEMENTS DE l'aRMÉE PRUSSIENNE. 289

Il en alla tout autrement. La division Losthin, avant-garde de Bûlow, n'arriva devant Wavre qu'à sept heures du matin. Elle mit beaucoup de temps à traverser les ponts et à gravir la grande rue du village, étroite et très escarpée. Quant elle eut débouché, un violent incendie, tout fortuit, se déclara dans cette rue et en barra l'accès. Le gros du corps de Bûlow dut attendre que le feu fût éteint. La marche du IV® corps subit ainsi un retard de plus de deux heures; la division d'arrière-garde n'atteignit que vers trois heures les environs de Chapelle-Saint-Lambert K Le IP corps (Pirch) avait pris les armes dès cinq heures du matin. Mais, comme il fallait laisser défiler le IV corps, les troupes restèrent piétinant sur place, à la tète de leurs bivouacs d'Aisemont, jusque passé midi. A deux heures, la moitié du corps de Pirch était encore en-deçà de la Dyle^

Entre sept et huit heures du matin, le comte von Grôben, de retour des avant-postes, avait fait le rapport que les Français en position à Gembloux ne s'étaient pas encore mis en mouvement, et qu'il n'évaluait leurs forces qu'à 15 000 hommes environ. « — Je ne puis affirmer, avait-il ajouté, que les Français ne soient pas plus nombreux, mais fussentils même trente mille, un seul de nos corps d'armée suffirait à garder la ligne de la Dyle. C'est à Mont- Saint- Jean que va se décider le sort de la campagne. Il faut y porter le plus de monde possible. » C'était

1. Rapport de Bulow (cité par von Ollecli, 192). Wagner, IV, 38. Vou OUech, 191. Cf. Cluusevilz (120) qui dit à tort que le IV° corps leva ses bivouacs seulement k sept heures.

La tête du corps de Biilow arriva à ChapeUe-Saiut-Lambert vers dix heures , le gros, passé »u'rfi; et I'arrière-garde( division vou Kyssel), à trois heures seulement.

2. Von Ollecii, 193. Cf. l'ordre précité à Pirch 1", Wavre, 17 juin, minuit.

bien l'avis de Blûclier; mais Gneisenau et Groleman hésitaient encore à trop dégarnir la Dyle. « — Cette question, dit Groleman avec l'assentiment formel de Gneisenau, sera résolue à midi ; si, d'ici là, l'ennemi ne paraît pas devant Wavre en trop grandes forces, le P' corps suivra les IP et IV^ corps, et peut-être le IIP corps marchera-t-il aussi*. » En attendant, Bliicher écrivit à Miiffling : « Je vous prie de dire en mon nom au duc de Wellington que, tout malade que je suis, je me mettrai à la tête de mes troupes pour tomber sur l'aile droite ennemie dès que Napoléon aura engagé le combat. Si la journée se passe sans que les Français attaquent, je suis d'avis que nous les attaquions ensemble demain ^ » Avant d'expédier cette lettre que lui avait dictée Bliicher, l'aide de camp Nostiz la communiqua à Gneisenau. La veille et le matin de la bataille de Ligny, celui-ci se défiait quelque peu des promesses de Wellington qu'il regardait comme « un maître fourbe^ ». La journée du 16 juin, oii le duc n'avait envoyé à Brye ni un homme ni un canon, avait confirmé et accru les préventions de Gneisenau. Il craignait que les Anglais ne se repliassent sur Bruxelles sans combattre. Dans ce cas, l'armée prussienne se trouverait exposée à un désastre, prise en flagrant délit de marche et attaquée de front par Napoléon et de flanc ou à revers par le corps de Grouchy\ Gneisenau fit ajouter ce post-scriptum à la lettre de Blû-

1 Von OUech, 188-189. Cf. Wagner, IV, 58, et G. de W. (Muftting), 22.

2. Lettre de Bliicher à Miiffling. Wavre, 18 juin, 10 heures et demie du matin. (Citée par von Ollech, 189.) Cf. Hiigel au roi de Wurtemberg. (Cité par Pûfter, Aus idemLager der Verbûndeten, 3W.) Miiffling, Aus meinem Leben, 289.

3. Muffling, Ausmeinem Leben, 184. Cf. 1815, II, p. 145, note 3.

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