HALTE DE GROUCHY A WALHAIN
^arvenu à dix heures environ aux premières maisons le ce village, il laissa filer la colonne d'infanterie et intra dans la maison du notaire HoUërt pour écrire i l'empereur ^ Son aide de camp, Pontbellanger, mvoyé en reconnaissance sur les bords de la Dyle, /ers Mousty, lui avait rapporté, paraît-il, qu'aucune roupe ennemie ne se trouvait dans cette région " ;
liscussion fameuse entre Grouchy et Gérard se passa à Walhain et non à Sart-à- Walhain.
Mais tout est problème en cette question. Ni dans sa lettre à rempereur, ni dans ies Relations, Grouchy ne parle du notaire Hollërt. Il dit : « Un ancien militaire lécoré chez qui je m'arrêtai pour écrire à Napoléon. » J'ai pensé d'abord que 'ancien militaire décoré et le notaire de Walhain n'étaient qu'une même personne, l'ai pris des informations. Or Hollërt avait bien servi dans l'armée française de 1792 à 1795 (Campagne des Pays-Bas), mais comme officier de santé, et il n'était pas décoré. Grouchy, pour donner plus d'autorité aux avis qu'il transmettait à l'empereur, a-t-il donc transformé l'ei-médecin militaire en ancien officier décoré, ju, plutôt, comme semble le dire le major La Fresnaye, le maréchal, après avoir reçu d'un ex-officier ou d'un individu se donnant pour tel, de faux renseignements, 2St-il entré ciiez Hollè'rt pour en faire part à l'empereur'?
Ce qui est certain, c'est que, d'après les détails très circonstanciés donnés par Gérard, le colonel Simon Lorière, le général Valazé, l'intendant en chef Denniée, Dn ne peut douter que la discussion entre Grouchy et Gérard n'ait ou lieu dans une maison bourgeoise attenant à un grand jardin où s'élevait un « kiosque peint en vert ». Or, à Walhain, la ferme de la Marette (ancienne maison ou château de Longpré) répond à cette description, tandis que, au hameau de Sart-à-Walhain, il n'y a ni trace ni souvenir d'une habitation de ce geru-e. En outre, Gérard et Simon Lorière citent nommément Hollërt. Il est de notoriété publique dans le pays que Grouchy fut l'hôte d'Hollërt. A la mort de celui-ci, cette circonstance fut rappelée dans son oraison funèbre, prononcée par il. Lucien Namèche (le texte m'en a été communiqué par l'arrière-petit-fils de Hollért, M. Viandier, notaire à Nil-Saint-Vincent i. Enfin ce discours funèbre nous apprend qu'Hollërt fut couché après sa mort, d'après son vœu formel, sur la civière qui avait servi à transporter, le soir du 18 juin 1815, dans sa maison de Walhain, le général Gérard blessé à Biergcs et qu'il avait pieusement conservée pendant quarante ans. Or nous savons par une lettre de l'intendant général Denniée que Gérard fut en effet transporté, après sa blessure, dans la maison où avait eu lieu, a midi, sa discussion avec Grouchy.
Il est possible qu'en 1815 un officier décoré habitât Walhain ou Sart-à-Walhain, mais on n'a gardé de lui nul souvenir, au lieu que le notaire Hollërt a bel et bien existe et a maintes fois porté témoignage que Grouchy avait été son hôte le matin du 18 juin.
En résumé, il n'est pas douteux pour moi que c'est à Walhain et non à Sart-à- Walhain, que Grouchy déjeuna le 18 juin et qu'il eut sa mémorable discussion avec le général Gérard.
1. Grouchy, Observât., 13; Relat. suce, 33. Cf. la note précédente.
2. Grouchy, Relat. suce. 27. Cf. Déclaration de Le Sénécal et lettres de Grouchy à Marbot (App. IV, G ; App. VIII, 50, 51, 56).
La mission de PoQtbellanger ne parait pas certaine. En tout cas, cet officier
et un habilanl, ancien officier dans l'armée française, ou se disant tel, venait de lui donner de nouveaux et importants renseignements \ Il assurait que la masse des Prussiens, qui avait passé par Wavre, était campée dans la plaine de la Ghyse, près de la route de Namur à Louvain (trois lieues à vol d'oiseau au nord-est de Wavre^).
Ce faux avis, que l'ancien officier « donnait comme positif », était des plus satisfaisants pour Grouchy. Non seulement l'armée de Blûcher ne cherchait pas à opérer sa jonction avec Wellington par une marche de flanc, mais au lieu de se porter directement sur Bruxelles, elle avait commencé par faire un long détour pour se concentrer d'abord dans la direction de Louvain. Ainsi l'ennemi se mettait temporairement hors de cause. Grouchy crut pouvoir se féliciter
l'avait mal remplie, puisqu'il ne signala pas à Grouchy la présence à Mont-Sainl- Guiberl du détachemenl du colonel Ledebur i2 bataillons el 4 escadrons) qui resta là jusque vers une heure. (Voir la lettre de Ledebur à Biilow, Monl-Saiul-Guibert, 18 juin, midi et demi, citée par von OUech, 207.)
1. Grouchy, Observ., 15; Fragm. histor., 8; Relat. suce, 33. Déclaration de La fresnaye. (App. IV. 13.)
2. Renseignement recueilli à Sart-à-VValhain [Walhain]. (Arch. Guerre.) Cf. Grouchy à Napoléon, Sart-à- Walhain [Walhain], 18 juin, 11 heures. (Arch. Guerre.) Cf. Déclaration de La Fresnaye (Relat. suce, IV, 13) : « Un officier décoré viut près de vous et vous dit que des colonaes prussiennes s'étaient portées sur Wavre, bien qu'il pensât que Blûcher réunissait son armée vers Louvain. »
Comme je l'ai expliqué précédemment (Cf. p. 254, note I), ce renseignement, qui est faussement numéroté deuxième renseignement, est en réalité le troisième renseignement reçu. C'est là qu'il est pour la première fois question de la Chyse. De même, Grouchy parle pour la première fois de la Chyse dans la lettre écrite de Walhain le 18 juin à onze heures du matin.
Voici ce troisième renseignement : « Les blessés filent sur Liège, se dirigeant sur Beauwale, Jodoigne et Tirlemont. Les disponibles et ceux qui n'ont pas pris part à la bataille de Fleurus marchent sur Wavre et quelques-uns sur Tirlemont. La masse est campée sur la plaine de la Chyse, près de la roule de Namur à Louvain. La plaine de la Chyse est à 2 lieues el demie de Wavre sur la droite, près de Goddechins. Ce dernier avis est positif. C'est la qu'ils paraissent vouloir se masser.. Ils disent qu'ils ont conservé le champ de bataille (à Liguy) et qu'ils ne se reliicnl que pour livrer bataille de nouveau après leur réunion qui a été corabuiée entre Blûcher el Wellington. »
•halte de grouchy a walhain. 299
I avoir si heureusement manœuvré. S'il n'avait pas itteint les Prussiens, il était sur leurs traces et il les ivait éloignés des Anglais, ce qui était le principal )bjectif de son mouvement. Le soir, toutes ses troupes ilkiient se trouver massées à Wavre, en position entre es deux armées ennemies. Le lendemain, il serait naître soit d'aller combattre les Prussiens dans les "laines de la Chyse, soit de les attaquer dans leur narche de flanc s'ils se dirigeaient sur Bruxelles, ;oit de se porter lui-même vers cette ville pour se ^nmir au gros des forces françaises. Le maréchal 5 empressa d'écrire à Napoléon afin de lui transmettre :es nouveaux renseignements. La fin de la lettre porlait : « ... Ce soir, je vais être massé à Wavre et me trouver ainsi entre Wellington, que je présume en letraite devant Votre Majesté, et l'armée prussienne. J ai besoin d'instructions ultérieures sur ce que Votre Majesté désire que je fasse. Le pays entre Wavre et la plaine de la Chyse est difficile, coupé et en partie marécageux... J'arriverai facilement à Bruxelles lavant tout ce qui sera arrêté à la Chyse... Daignez, Sire, me transmettre vos ordres ; je puis les recevoir avant de commencer mon mouvement de demain \ » « Demain ! » Il s'agissait bien de demain !
1. Grouchy à l'empereur, Sart-à- Walhain ; Walhain), 18 juin, il heures du matin. (Arch. Guerre).
La première partie de cette lettre est quelque peu confuse. Grouchy dit : « Les I", 11° et 111= corps de Bliicher marchent dans la direction de Bruxelles. Un corps venant de Liè^e a opéré sa jonction avec ceux qui ont combattu à Fleurus. Quelques-uns des Prussiens que j'ai devant moi se dirigent vers la plaine de la Chyse. 11 semblerait que ce serait à dessein de s'y masser ou de combattre les troupes qui les poursuivraient ou enfin de so réunir à Wellington, projet annoncé par les officiers. »
Grouchy croit-il donc que trois corps prussiens marchent vers Bruxelles et qu'un" quatrième se dirige vers la Chyse? Mais quel serait ce corps-là, puisqu'il dit que le corps de Lii-.'îP a fait sa jonction avec ceux qui ont combattu à Fleurus ? Et si Grouchy suppose que la masse de l'armée prussienne est déjà eu marche cur
Grouchy remit cette lettre au major La Fresnaye ancien page de Napoléon, qui partit aussitôt ^ Quan au maréchal, désormais affranchi d'inquiétudes e croyant avoir la journée tout entière pour prendn une détermination, il se mit tranquillement l déjeuner.
II en était aux fraises (manger des fraises n'es point d'ailleurs ua cas pendable même un matin d« bataille), lorsque Gérard, qui avait devancé de deu) ou trois kilomètres là tête du 4® corps, entra dans \i pièce oii il déjeunait ^ Peu après fut introduit h colonel Simon Lorière, chefderétat-majorde Gérard En se promenant dans le jardin du notaire Hollërt il avait entendu le canon gronder au loin ; il s'empressa d'en informer ses chefs. Il était un peu plui de onze heures et demie. Grouchy et Gérard descen dirent dans le jardin. Le général Battus, comman-
Bruxelles, comment peut-il dire : « Je vais me trouver à Wavre entre Wellin^'loi et l'armée prussienne. » Comment encore, s'il pense que le gros des Prussien s'approche di^jà de Bruxelles, parle-t-il d'aller chercher un simple détachement dan les contrées marécageuses de la Chyse ? Comment enfin, s'il croit que trois corp prussiens se dirigent sur Bruxelles, ne les suit-il pas au plus vite ou ne se rapproche t-il pas de Napoléon, et se propose-t-il de commencer son mouvement seulement li lendemain ?
Il semble donc que si Grouchy avait bien compris les renseignements de « l'anciei officier», il les avait mal résumés dans la première partie de sa lettre. Manifeste ment, le 18 juin, à onze heures du matin, Grouchy croyait que la masse de l'arméi prussienne était concentrée vers la Chyse. Il ne pouvait d'ailleurs croire autn chose, puisque, malheureusement, il regardait « comme positifs » les renseigne ments qu'il venait de recevoir et qui portaient : « La masse est campée dans li plaine de la Chyse. »
1. Grouchy ù l'empereur (Walhain), 18 juin. 11 heures du matin, et Rosieren, 19 juin (Arch. Guerre.) Déclaration précitée du major La Fresnaye. (Relat. suce, App IV.)
2. Gérard à Simon Lorière, ID août 1819. Simon Lorière au général Hulot 16 août 1819. (Arch Guerre.) Gérard au colonel de Grouchy, {Quelques Docuni.,2i.\ Cf. Grouchy, Relat. suce, 33. Lefol, Souvenirs, 76.
ant Tartillerie du 4® corps, le général Valazé, comlandant le génie, l'inspecteur aux revues Denniée 'y trouvaient avec de nombreux officiers de Fétatlajor, tous très attentifs au bruit de la canonnade, 'lusieurs d'entre eux étaient agenouillés, l'oreille outre terre, pour s'assurer de la direction '. Gérard coûta quelques instants et dit :
« — Je crois qu'il faut marcher au canon \ »
Grouchy objecta que ce n'était vraisemblablement u'une affaire d'arrière-garde ^ Mais le feu devint lus vif et plus nourri. « Le sol en tremblait », raporle Simon Lorière. On ne pouvait plus douter que eux armées ne fussent aux prises. Vers l'ouest, des uages de fumée s'élevaient à l'horizon.
« — La bataille est à Mont-Saint-Jean, dit un aysan que Valazé avait pris comme guide. On serait i en quatre ou cinq heures de marche. »
Le notaire Hollërt, appelé par Gérard, confirma Bs paroles du guide :
« — C'est sur la lisière de la forêt de Soignes. Il y
d'ici environ trois lieues et demie. »
« — Il faut marcher au canon, » répéta Gérard.
« — Il faut marcher sur le canon, » dit à son tour e général Valazé*.
1. Simon Lorière au général Hulot, 16 août 1819. Gérard à Lorière, 10 août 1819. éclaration du capitaine d'artillerie Tliouveuin. attaché a l'élat-major du 4° corps, ^rcli. Guerre, Armée du nord à la date du 18 juin.) Lettre de Denniée et rapport e Simon Lorii^re 'cités par Gérard, Quelques Documents, 12, 13 et 18). Lettre de alazé (citée par Gérard, Dernières Observations, 31). Gérard au colonel de Grouchy, 'Juelques Documents, 24.) Cf. Grouchy, Rapport à l'empereur, Rosieren, 19 juin. \rch. Guerre.)
2. Lettre de Valazé, citée par Gérard. {Dernières Observât., 31.) Gérard au olonel de Grouchy, {Quelques Docum., 24.) Cf. Grouchy, Rapport à l'empereur, iosieren, 19 juin, et Relat. suce, 33.
3. Questionnaire de Grouchy et réponse de Bella. (Grouchy, Relat. suce, Append. V.) Grouchy, Fraym. histor., 2G.
4. Rapport de Simon Lorière (cité par Gérard, Quelques Documents, 12-13).
Grouchy a reconnu qu'il était « vexé » d'entendre ses subordonnés lui donner publiquement un avis \ C'était une raison pour lui de ne le point écouter. Il en avait une autre, la crainte de la responsabilité. Plutôt que de suivre les conseils hasardeux de ses généraux, ne valait-il pas mieux s'en tenir aveuglément à la lettre des instructions de l'empereur qui le couvriraient, quoi qu'il advînt ? Il dit :
« — L'empereur m'a annoncé hier que son intention était d'attaquer l'armée anglaise si Wellington acceptait la bataille. Donc je ne suis nullement surpris de l'engagement qui a lieu en ce moment. Si l'empereur avait voulu que j'y prisse part, il ne m'aurait pas éloigné de lui au moment même où il se portait contre les Anglais. D'ailleurs, en prenant de mauvais chemins de traverse, détrempés par la pluie d'hier et de ce matin, je n'arriverais pas en temps utile sur le lieu du combat-. »
Le général Battus conclut comme Grouchy :
« — Les chemins seraient bien difficiles. L'artillerie ne s'en retirerait pas^ »
« — Avec mes trois compagnies de sapeurs, riposta le général Valazé, je me charge d'aplanir bien des difficultés* »
« — J'afriverai toujours avec les coffrets! » s'écria Gérard^
Lettres précitées de Valazé et de Denniée. Cf. Rapport de Grouchy à Napoléon, Rosieren, 19 juin. (Arch. Guerre.) i. Questionnaire de Grouchy. (Grouchy, Relat. succincte, App. IV.)
2. Grouchy, Relat. succincte, 33, et Déclaration du colonel de Blocqucville. (/rf. App. V.) Lettre de Valazé. Cf. Grouchy à l'empereur, Rosieren, 19 juin.
3. Lettres de Valazé et de Denniée. Déclaration de Thouvenin. Grouchy, Relat. succincte, 33. — Thouvenin, qui bien que se trouvant dans le jardin n'entendit pai la discussion, rapporte que Battus lui redit ces paroles quand on quitta Walhain,