TOPOGRAPHIE DU CHAMP DE BATAILLE
et d'un jardin potager en terrasse ; un monticule surmontant l'excavation dune sablonnière et protégé par une haie ; la ferme de Papelutte ; la grosse ferme de La Haye ; enfin le hameau de Smohain forment autant de bastions, de caponnières et de fortins devant le front de la position.
L horizon est fermé au nord par les masses vertes de la foret de Soignes sur lesquelles se détachent les clochers de Mont-Saint-Jean et de Braine-L'Alleud. Au nord-est, s'étendent les bois d'Ohain et de Paris, et, plus loin, le bois de Chapelle-Saint-Lambert. A l'est, les bois de Vardre et dHubermont bordent les croupes qui dominent le ravin de la Lasne, lequel prend naissance près du village de Plancenoit. Tout le reste du terrain est découvert. Au sommet des plateaux, sur les versants des collines, dans le fond des vallées, partout de grands seigles qui commencent à blondir.
En résumé, une vaste courtine (le plateau de Mont- Saint-Jean), s'élevant au-dessus des vallons de Smohain et de Braine-L'Alleud; deux rangées de
aujourd'hui à peu près par le sommet du tertre qui supporte le raonument du colonel anglais Gordon. Ce tertre n'est pas artificiel, comme il semble aux touristes. Le monument, érigé, en 1817, sur l'emplacement môme où Gordon fut tué, s'élevait alors au niveau du sommet des berges. On a respecté ce terrain lors des terrassements, on a enlevé les terres alentour, et il est resté comme une sorle de pyramide. H semble aussi qu'on a rasé la berge escarpée qui bordait la route de Bruxelles à l'es*, depuis la sablonnière jusqu'au chemin d'Ohain. L'emplacement de la butte de la sablonnière est indiqué aujourd'hui par le tertre sablonneux où s'élève le monument des Hanovriens.
Au reste, pour se rendre compte exactement de ce qu'était le chemin d'Ohain à cette époque, il suffit de consulter le grand Plan du champ de bataille de Waterloo, dre'isé par W.-B. Craan, ingénieur-vérificateur du cadastre de Brabant et publié à Bruxelles en 1816. Sur ce plan (dont je donne la reproduction à la fin de ce volume), le chemin d'Ohain est bordé de haies continues l'espace de 700 mètres à l'est de la" route de Bruxelles, et il court entre deux berges, à partir de celte route à l'ouest, pendant environ 40U mètres. Au delà de ce point, les berges disparaissent. Un peu pins loin, face au chemin de Merbe-Brainc, quelques haies sont indiquées; de même, près de la route de Nivelles.
haies, puis une double berge comme parapet (le chemin d'Ohain), d'où l'on peut battre, à l'inclinaison d'une plongée, tous les points d'approche ; six ouvrages en avant du front {Hougoumont, la Haye- Sainte, la sablonnière, Papelotte, La Haye, Smohain) ; des débouchés faciles pour les contre-attaques ; en arrière du parapet, un terrain déclive, masqué aux vues de l'ennemi, traversé par deux grands routes et se prêtant aux mouvements rapides des troupes de renfort et des réserves d'artillerie : telle était la position choisie par Wellington.
Les Anglais avaient bivouaqué un peu en désordre sur toute l'étendue du plateau. Lveillés au point du jour, ils commencèrent à rallumer les feux, à préparer leur repas, à nettoyer leurs uniformes et leurs armes. Au lieu de débourrer les fusils, la plupart des soldats les déchargeaient en l'air. C'était une mousqueterie continue donnant l'illusion d'un combat. Les grand'gardes de Napoléon étaient ou peu vigilantes ou bien aguerries, car aucune relalior française ne mentionne de fausse alerte causée pai cette fusillade. Vers six heures, à l'appel discord des trompettes, des pibrochs et des tïimbours, sonnant el battant de tous côtés à la fois, les troupes s'assemblèrent. L'inspection passée, bataillons, escadrons et batteries, guidés par les officiers de l'état-major, vinrent occuper leurs emplacements de combats
1. Mercer, Journal of tlie Campaign of Waterloo, I, 288, 292, 296. Lettre di Hervey, aide de camp -de Wellington, 3 juillet 1815. {Nineteenlh Cenlury, mars 1893. Siborne, History of the War, I, 325-327. Colton, A Voice from Watei'loo, 46-47