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Brialmont, Hist. de Welliiiglon, II

Clausewitz. Kennedy, Hoffmann, Chesney sont unanimes à condamner cette disposition de Wellinj;ton. — Napoléon prétend, il est vrai {Mém., 114), qu'il avait envoyé, le soir du 17, vers Hal, un détachement de 2 OÛO chevaux, et que Wellington, informé de ce mouvement, en avait conçu la crainte d'être tourné. Mais cette assertion parait douteuse. L'empereur u'inditiue pas à quel corps appartenait ce détachement ; il n'en est question dans aucune relation contemporaine, française ou étrangère ; et, le soir du 17, la cavalerie était bien lasse même pour ébaucher uu si vaste mouvement tournant. 11 semble donc probable que Napoléon, instruit à Sainle-Hélène, par des ouvrages anglais, que Wellington avait porté itiOÛU hommes à Hal, a imaginé après coup sa manœuvre de cavalerie. C'était se donner le mérite d'avoir réussi à paralyser par une feinte menace tout un corps ennemi. Quoi qu'il en soit, la lettre précitée de Wellington à Hill (Quatre-Bras, 17 juin) prouve que, I dés le matin, le duc avait l'iiiée de se garder du cùlé de Hal et que le raoviveinent, réel ou prétendu, de la cavalerie française dans cette direction n'eut pas d'iuûueuce sur sa détermination.

mina en détail toutes les positions et descendit jus qu'à Hougoumont. Souvent, il braquait sa lunette sur les hauteurs occupées pai- les Français. Il montait son cheval préféré, Copenhague, superbe pur-sang bai brun qui s'était aguerri à Vittoria et à Toulouse. Wellington portait sa tenue ordinaire de campagne : pantalon de peau de daim blanc, bottes à glands, habit bleu foncé et court manteau de même nuance, cravate blanche, petit chapeau sans plumes, orné de la grande cocarde noire d'Angleterre et de trois autres, de moindre dimension, aux couleurs du Portugal, de l'Espagne et des Pays-Bas. Il était très calme. Son visage reflétait la confiance que lui inspirait la coopération assurée de Tarmée prussienne '.

Les ordres de l'empereur prescrivaient que tous les corps d'armée fussent à neuf heures précises sur leurs positions de bataille, prêts à attaquera Mais les troupes qui avaient passé la nuit à Genappe, à Glabais et dans les fermes éparses aux environs, mirent beaucoup de temps à se rallier, à nettoyer leurs armes, à faire la soupe. Elles avaient, en outre, pour unique débouché la grande route de Bruxelles ^ A neuf

1. iMiiffling, Ans meinem Leben, 208. Lettre de Hervey, aide de camp de Wellington, 3 juillet 1815 iNineteentli Cenlury, mars 1893). Lettre de Hiigel au roi de Wurtemberg, Bruxelles, 19 juin (citée par Pfifter, Aus dein Lager der Verbûndeten, 369). Cottou, 47. Cf. Wellington à sir Charles Stuart, Waterloo, 18 juin (3 heures du matin) : « Les Prussiens seront de nouveau prôts à tout ce matin. « [Letters and Dispatches, XII, 476.1

2. Ordre de Soult, le Caillou, 18 juin [de quatre heures à cinq heures du matin], (Arch. Guerre, Arrat'e du Nord.) — Janin, sous-chef de l'état-major du C corps, dil aussi que l'attaque était ordonnée pour neuf heures. (Camp, de Wate>'loo, 51.)

3. Relation du général Petit (CoUecl. Morrison, de Londres). Janin, 51.

Dans les Souvenirs d'un ex-officier (283) il est dit que les soldats du !''■' corps^

heures seulement, le corps de Reille arriva à la hauteur du Caillou \ La garde à pied, les cuirassiers de Kellermann, le corps de Lobau et la division Durutte étaient loin en arrière ^ Pour engager l'action, l'empereur voulait à tort ou à raison avoir tout son monde rassemblé, et, d'ailleurs, il ne semblait pas que l'état du terrain permît encore de faire manœuvrer l'artillerie. C'était, du moins, le sentiment de Napoléon et de Drouot ^

qui avaient bivouaqué en première ligne, s'impalienlaient, le matin, de ne point voir les autres corps arriver à leur hauteur.

1. Relation de Reille. (Arch. Guerre.) — Reille dit qu'il avait quitlé Genappe au point du jour. 11 faut croire qu'ayant reçu en route l'ordre de Soult de faire manger les troupes et de nettoyer les armes. Reille avait fait une longue halte pour cela. Si, en effet, il ne s'était pas arrêté, il aurait passé longtemps avant neuf heures devant le Caillou, distant de Genappe de 5 kilomètres.

2. Le général Petit (Relation précitée) dit que la garde ne leva ses bivouacs qu'à dix heures, et Durutte {Sentinelle de V Armée, 8 mars 1838) rapporte qu'il prit sa place de bataille seulement quand la canonnade fut engagée, soit vers midi. Le fils du fermier du Caillou, Boucqueau qui a écrit, sous l'anagramme de (jonquébau, une ode intitulée la Belle-Alliance, remarque aussi, note 9, qu'à neuf heures les troupes débouchaient encore de Genappe. — Chose curieuse : Walter Scott, un romancier, est le seul historien de la bataille de Waterloo qui jusqu'à présent ait fait remarquer que l'armée française n'était pas encore complètement en ligne à onze heures. ( Vie de Napoléon, VIII, 359.)

3. Discours de Drouolà la Chambre des Pairs, séance du 23 juin {^Jûniteur, 24 juin). Napoléon, Mém., 121-122. Mémoires manuscrits de Marchand. (Comm. par le comte D.)

Jomini a le premier émis cette opinion (Précis de la Camp, de 1815, 199), reproduite par presque tous les historiens militaires, que quelques heures de beau temps ne pouvaient raffermir le terrain. Cela est fort discutable. J'ai posé la question à des officiers d'artillerie. A leur retour des grandes manœuvres de 1897, qui furent particulièrement pluvieuses, la plupart d'entre eux m'ont écrit que les terres s'assèchent rapidement, môme en septembre, pour peu qu'il y ait du soleil et du vent. Mon ami, M. Charles Malo, un des premiers critiques militaires de ce temps, m'a dit aussi qu'étant allé visiter le champ de bataille de Bouviaes, où le sol est argileux comme à Waterloo, il avait été fort surpris de constater que le terrain, horriblement détrempé par une pluie longue et abondante, s'était raffermi en deux ou trois heures sous l'action combinée du soleil et du vent.

Jomini est allé jusqu'à prétendre que l'état du terrain était un mauvais prétexte imaginé à Sainte-Hélène pour excuser le retardement de l'attaque. C'est si peu une invention de Sainte-Hélène que Drouot a dit, 1-e 23 juin 1813, à Id Chambre des Pairs : «... Au jour, il faisait un temps si effroyable qu'il était impossible de manœuvrer avec l'artillerie... Vers neuf heures, le temps se leva, le vent sécha un peu la campagne... « (Moniteur, 2+ juin.) — D'après une note du colonel Combes-

Vers huit heures, l'empereur avait déjeuné à la ferme du Caillou avec Soult, le duc de Bassano, Drouot et plusieurs officiers généraux. Après le repas, qui avait été servi dans la vaisselle d'argent aux armes impériales, on déplia sur la table les cartes de Ferrari et de Capitaine ^ L'empereur dit ; « — L'armée ennemie est supérieure à la nôtre de plus d'un quart. Nous n'en avons pas moins quatrevingt-dix chances pour nous, et point dix contre. » Ney, qui entrait, entendit ces paroles. Il venait des avant-postes, et il avait pris quelque mouvement des Anglais pour des dispositions de retraite; il s'écria : « — Sans doute, Sire, si Wellington était assez simple pour vous attendre. Mais je vous annonce que sa retraite est prononcée et que si vous ne vous hâtez d'attaquer l'ennemi va vous échapper. » « — Vous avez mal vu, répliqua l'empereur, il n'est plus temps. 'V\^ellington s'exposerait à une perte certaine. Il a jeté les dés, et ils sont pour nous ^ »

Soult était soucieux. Pas plus que l'empereur, il n'appréhendait l'arrivée des Prussiens sur le champ de bataille : il les jugeait hors de cause pour plusieurs jours. Mais il regrettait que l'on eût détaché 33 000 hommes avec le maréchal Grouchy, quand

Brassard, (citée par Thiors, XX, 283-284), Drouot, en avril 1816, s'accusait d'avoir involontairement contribué au désastre de Waterloo en donnant le conseil de retarder l'attaque, l'onlécoulanl (Souv. milit.. 2o4i porte le môme témoignage et ajoute que l'on exagérait les difficultés qu'il y aurait eu à manœuvrer de bonne heure. Cela est fort possible, mais il n'en est pas moins vrai que Napoléon et Drouot, à tort ou à raison, craignaient ces difficultés.

1. Napoléon, Mém. 124. La Belle-Alliance, Ode à la princesse d'Oranye, par Conqaébau, note 9. Acte de vente de la ferme du Caillou. (Comm. par M. Emile Coulon.) Mémoires manuscrits de Marchand.

J'ai eu entre les maius les exemplaires mômes des deux cartes qui ont servi à l'empereur pondant cette campagne. La carte de Capitaine appartient à S. A. I. le prince Napoléon, la carte de Ferrari à M. le baron Gourgaud.

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