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Relation du général Delort

six autres régiments du corps de Milhaud se portassent aussi en avant. Le général Delort ayant encore objeclé l'imprudence de cette manœuvre sur un pareil terrain, Ney dit qu'il avait des instructions de Tempereur : « — En avant! s'écria-t-il. Il s'agit du salut de la France \ » Les deux divisions de cuirassiers partirent au grand trot, et, derrière elles, s'ébranlèrent les lanciers rouges et les chasseurs à cheval de la garde. Ces régiments suivirent-ils le mouvement sur l'ordre de Lefebvre-Desnoëttes, à qui Milhaud aurait dit en partant : « — Je vais charger, soutiens-moi ! » ou s'élancèrent-ils spontanément, saisis du vertige de la charge à la vue de leurs camarades courant à l'ennemi dont la retraite semblait commencer, et jaloux d'avoir leur part d'Anglais à sabrer - ?

1. Relation du général Delort. (Bibliothèque de la ville d'Arbois.)

2. Cf. Bulletin de l'Armée. [Moniteur, li juin.) Napoléon, Mém., 149. Heymès, 23. Mauduit, II. 346-348. Général Tlioumas, les Trois Colbert.id. — Dans sa Relation manuscrite, que j'ai souvent citée, le capitaine de Sluers, des lanciers rouges, ne (lit point que le mouvement fut spontané. On peut en conclure peut-être qu'il s'opéra par ordre du chef direct, Lefebvre-Desnoëttes. Quoi qu'il en soit, il est certain que la cavalerie légère de la garde ne quitta sa position ni sur l'ordre de Ney ni sur l'ordre de l'empereur.

Noie de la 51° édition :

Dans une lettre du 11 mai 1833 {Carnet de la Sabretache, iuin 1905), le colonel de Brack, officier aux lanciers rouges en 1815, conte que les quatre régiments de cavalerie de la garde étant sur inie ligne, les lanciers au centre, chaque file de lanciers s'avança un peu pour micuii voir ce qui se passait sur le plateau. Ce mouvement fragna la droite et surtout la gauche de la ligne (grenadiers et dragonsi la<|uelle croyant que l'ordre de charger était donné s'ébranla spontanément et entraîna tout le reste de la cavalerie.

11 n'est pas impossible que les choses se soient passées à peu près ainsi, mais seulement chez les lanciers qui d'ailleurs auraient entraîné les chasseurs à leur suite. Les lanciers n'étaient pas en ligne avec les chasseurs, comme le dit Brack; ils étaient en ligne devant les chasseurs, (.juanl auï dragons et aux grenadiers à cheval, ils étaient à 1 oûO mètres de la cavalerie légère de la garde, à l'ouest de la route de Bruxelles, derrière les cuiras-siers de Kellermann (la cavalerie légère de la garde était à l'est de celte route, derrière les cuirassiers de Milhaud). De plus, les deux divisions ne chargèrent pas ensemble à la première charge, nia la deuxième. La division Lefebvre-Desnoëttes chargea avec Milhaud; la division Guyol avec KoUermann, et trois quarts d'heure plus lard environ. Enfin de

l'oudre de ney a la cavalerie. 367

Depuis le commencement du combat, Ney pensait

une grande action de cavalerie dont lui avait parlé

empereur, qui avait pour cela mis sous son com-

naiulement les corps de cuirassiers et même les

livisions de la garde à chevaP. Le prince de la Mos-

;owa se promettait de cette charge les plus beaux

ésultats. Il était heureux d'avoir à la mener, lui qui

)a^sait, dit Foy, pour un des premiers officiers de

•avalerie de l'armée. Il en avait causé avec Drouot,

assurant qu'il était certain du succès-. Tout d'abord

Nev, qui ne devait engager la cavalerie qu'après en

ivoir reçu l'ordre de l'empereur ^ avait voulu seu-

Jrack dit d'abord qu'il était, lui lancier, près de la route de Nivelles, ce qui est nanifestemenl inexact, et dit ensuite, ce qui est vrai, qu'il était à l'est de la route le Bruxelles. La lettre de Brack présente tant de confusion et d'erreurs, sur ce loiut et sur d'autres, qu'il me paraîtrait plus que hasardeux de tenir compte du locument.

1. Cf. Lettre de Jérôme à la reine Catherine (Além. de J(^rôme, Vil, 23 1 : : L'empereur ordonna au maréchal Ney de se porter avec une grande partie de la cavalerie, deux corps d'infanterie et la garde sur le centre de l'ennemi pour donner e coup de massue, et certes c'en était fait de l'armée anglaise, si le maréchal eût ixécuté les ordres de l'empereur; mais, emporté par son ardeur, il attaqua trois |uarts d'Iieure trop tôt. » — Victoires et Conqiictes. XX!V, 217, note : » Il n'est pas Tai que le général Guyot ail engagé la division de grosse cavalerie de la garde iaos ordres, ainsi qu'il est dit dans les Mémoires sur la Campagne de ISI5 attri- )ués à Napoléon. Nous tenons du général Guyot lui-même que depuis trois heures iprés midi il noail éternisa la dispositiondu maréchal Aey. » — Notes journaières du général Foy (précitées) : « L'empereur avait dit à la ferme du Caillou : Je crai jouer ma nombreuse artillerie, je ferai charger ma cavalerie, et je marcherai ivec ma vieille garde. »

2. Discours de Drouot à la Chambre des Pairs, 23 juin. {Moniteur, 24 juin.)

3. Du passage précité de la lettre de Jérôme, il ressort que l'empereur avait Tiis la cavalerie sous le commandement de Ney. mais que celui-ci ne devait point

engaiter toute de suite, et avait vraisemblablement à attendre un nouvel ordre. Zt. Gourgaud, 96 : «... Le maréchal .Ney, emporté par trop d'ardeur, et oubliant

ordre qu'il avait reçu [de se maintenir dans la Haye-Sainte sans faire aucun Bouvement], déboucha sur le plateau avec les cuirassiers de Milhaud et la cavalerie égère de la garde. »

Cette grande charge de cavalerie entrait dans le plan de l'empereur. 11 n'a jamais iit, il faut bien le remarquer, qu'elle ait été contraire à ses intentions. Il a dit seulement (Mém., 1.50, et Gourgaud, 97) .• « Le mouvement fut prématuré; » et (\otes mr l'Art de la Guerre. Corresp., XXXI, 393) : ■< La charge de la cavalerie, à quatre heures du soir, a été faite un peu trop tôt. » II a dit aussi (Mém.. 189) : « L'iulenlion de l'empereur était d'ordonner ce mouvement, mais une heure plu»

lement prendre pied sur le plateau avec une brigade de cuirassiers. Puis l'idée lui était venue de brusquer la retraite des Anglais en lançant contre eux tous les cuirassiers de Milhaud. C'est pourquoi il avait fait avancer ces deux divisions. Peut-être, cependant, eût-il hésité à les engager sans un nouvel ordre de Napoléon. Mais quand il vit descendre dans les fonds de la Haye-Sainte, avec cette multitude d'escadrons cuirassés, les chasseurs à cheval de la garde et les lanciers rouges, il ne douta pas que ce ne fut d'après les instructions mômes de l'empereur qui avait jugé l'heure opportune pour la grande attaque. Autrement, la cavalerie légère de la garde aurait-elle suivi les cuirassiers ?

Il paraît à peu près certain, pourtant, que Napoléon n'avait rien vu de ce mouvement. Du pli de terrain

lard. »I1 dit, enfin. (Lellre de l'amiral Malcolm, Sainte-Hélène, 6 juillet 1806, Suppl. Dispatches of WelUnglon, XI, 142) : « J'ai perdu la bataille par la faute de Groucliy et aussi à cause que la charge de cavalerie a eu lieu une demi-heure trop tôt. »

Dans sa lettre du 15 juillet. Jérôme ne donne pas le motif pourquoi l'empereur voulait que Ney n'exécutât cette grande charge que « trois quarts d'heure plus tard », Gourgaud (96) dit qu'il fallait auparavant « voir l'issue de la manœuvre des Prussiens ». Ce ne peut être la raison. A trois heures et demie, quand l'empereur ordonna à Ney d'occuper la Haye-Sainte, mouvement préparatoire à la grande attaque projetée, l'avant-garde de Biilow arrivait à peine dans le bois do Paris ; son approclie n'était même pas signalée. Si la fumée n'était pas trop épaisse. Napoléon voyait à deux lieues, sur les hauteurs de Chapelle-Sainl-Lambcrl, une partie des masses prussiennes (la division Hacko). 11 pouvait donc croire que Biilow gardait encore l'expectative et il ne pouvait vouloir, sous peine de perdre au moins trois heures, différer sa grande alta(|ue j.us([u'à « l'issue d'une manœuvre » qui n'avait pas commencé, qui était môme encore dans le futur contingent. D'ailleurs l'empereur, cela tombe sous le sens, ne voulait pas attendre d'être attaqué par les Prussiens pour attaquer les Anglais ; il voulait, au contraire, culbuter les Anglais avant l'arrivée des Prussiens, comme on le présumait dans l'état-major de Bliicher. « Napoléon, dit Gneisenau, essaiera par des efforts suprêmes de forcer la ligne anglaise. Il n'emploiera contre nous que le minimum nécessaire pour nous arrêter tant qu'il n'aura pas frappé le grand coup contre les Anglais. » (Von Ollech, .27.) — Si donc Napoléon avait ordonné à Ney de ne rien brusquer, c'était vraisemblablement pour donner le temps à l'artillerie d'exercer ses ravages, à l'infanterie de d'Erlon de se rallier complètement, à l'infanterie de Reille d'occuper Hougoumont, à la garde à pied d'avancer; c'était, enfin, pour bien préparer et bien soutenir la grande charge de cavalerie.

L ORDRE DE NEV A LA CAVALERIE. cLV*

ù se trouvaient en position les divisions de Milliaud t de Lefebvre-Desnoëttes, elles pouvaient traverser 1 route de Bruxelles, au-dessous de la Belle-Alliance, t descendre dans la vallée sans que les aperçût [apolcon, posté près de la maison Decoster \ 11 ut'fisait que toute son attention ne fût point concenrée au moment même sur ce point particulier du hamp de bataille. Mais le maréchal Ney n'en dut as moins supposer que cette masse étincelante de inq mille cavaliers n'avait pas échappé aux regards e l'empereur. Il forma en hâte ces beaux escadrons ans le creux du vallon, sur la gauche de la route e Bruxelles, et s'élança à leur tète contre l'armée nglaise -.

1. Lo général Rogniat f|ui, à Waterloo, commandait en chef le génie, et qui est ;u suspect de bienveillance pour Napoléon, dit dans ses Considéi'aiions sur l'Art ila Guerre, 235 : « Lorsque la cavalerie s'engagea sur les lignes anglaises, Napoon parut surpris et douta un moment que les masses do cavalerie qu'il voyait au ilieu des Anglais lui appartinssent ; et, lorsqu'il en eut la certitude, il sembla écoutent de cette charge prématurée. » — Ainsi, au témoignage île Rogniat, împereur n'aperçut la cavalerie qu'au moment où elle atteignit le plateau opposé ; ne l'avait point vue descendre dans le vallon.

Napoléon a dit aa^si (Xoles sur l'Art de la Guerre, Corresp., XX.XI. .O'Js. qu'il 3 vit point le mouvement, mais il ne donne point pour raison la figure du terrain. Quand le général Mdliaud, dit-il. s'engagea sur le plateau, Napoléon était occupé à l'pousscr BiJlow donlla niilraille arriv:iit déjà sur la chaussée de la Belle-Alliance. » empereur fait confusion cnlre les charges de Milliaud et celles de Kellermann.

Ihaud commença ses charges entre quatre heures et quatre heures et quart, au us tard. Tous les documents étrangers sont d'accord sur ce point. (Rapport du ince d'Orange. Kennedy, 115, 119, 120. Waterloo Letters, 5"2, 124, 292, etc.). empereur lui-même, dans la môme note, dit : 'a. quatre heures. D'autre part, il es Tlainque BiJiow se démasqua seulement à quatre heures et demie. Jusque-là, il sta à l'abri dans le bois de Paris. (Kapport de Bulow. Rapport de Gncisenau. amitz. II, 273.) Napoléon dit lui-même (Gourgaud, 94') ; « A quatre heures et smie, le général Donion fit prévenir que le corps de Biilow débouchait du bois. » onc, à quatre heures. Napoléon n'était pas occupé à repousser Biilow dont l'aproche ne lui avait même pas encore été signalée.

Kennedy (114, 117). Colton (88), le major Lautour du IZ^ Light draqoons Waterloo Letters, 99), Siborue (H, G5-60), disent expressément que celte première large fut soudaine et générale. Leur témoignage est confirmé par la Relation de .eille et les Noies journalières de Foy. « En peu de minutes, dit Foy, les plateaux ut été couverts, inondés par la procclla equestris. » Cf. Hoymès, 23.

11 est absolument faux que la grande charge de Milhaud ait été provoquée,

Wellington songeait si peu à battre en retraite qu'il venait de renforcer son front de bataille par plusieurs brigades de sa seconde ligne et de sa réserve. Les Bruns wickois se portèrent au soutien des gardes de Maitland, les brigades Mitcliell et Adam traversèrent la route de Nivelles pour s'établir au-dessus d'Hougoumont, en avant du chemin d'Ohain \ D'ailleurs, on n'était pas sans inquiétude dans l'armée alliée. L'état-major observait avec anxiété — anxiously — les positions françaises, en cherchant à prévoir quel mouvement préparait Napoléon. Lorsque la cavalerie descendit vers la Haye-Sainte, la surprise fut extrême et beaucoup de craintes se dissipèrent, « Nous nous étonnâmes, dit Kennedy, que l'on tentât une attaque de cavalerie contre une infanterie encore non ébranlée et qui, grâce aux plis de terrain derrière lesquels elle était couchée, avait peu souffert de la canonnade-. y> Aussitôt, les hommes furent debout, formés en carrés. Les batteries res-

comme on l'a dit parfois, par un engagement des lanciers de Jacquinot contre la cavalerie anglaise, ou, comme on l'a dit aussi, par un engagement d'une brigade de cuirassiers contre un bataillon hauovrien qui se portait au secours de la Hayo- Sainte. 11 y a là une double confusion avec les charges partielles des cuirassiers et des lanciers, exécutées entre deux heures et demie et trois heures.

1. Lettres d'officiers des brigades Adam, Maitland, Byng, Mitcliell. {Waterloo Letlers, 232, 270-271, 289-290, 316, 391.) Craan, Notice pour le Plan. Siborne II. 63.

2. Kennedy, 114-113. Général HCigel au roi de Wurtemberg. Bruxelles 19 juin. (Citée par Pllftor, Aus deni Lager der Verbûndeten, 369.)

L'infanterie anglaise formant le centre gauche avait souffert davantage, mais de ce côté-là le plateau était à peu près inaccessible à la cavalerie, à cause des hautes et fortes haies du chemin d'Ohain.

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