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ENTRÉE EN LIGNE DU CORPS DE BULOW

car les circonstances étaient devenues terriblement critiques. L'empereur livrait à la fois deux batailles, l'une parallèle, l'autre oblique : de front, il attaquait les Anglais; sur son flanc droit, il était attaqué par les Prussiens.

V'ers une heure, Bllicher avait rejoint, à Chapelle- Saint-Lambert, le gros du corps de Bûlow ; mais, quelle que fut son ardeur à combattre, il jugeait imprudent de s'engager dans les défilés de la Lasne avant d'être assuré qu'il n'y serait point pris en flagrant délit de marche. Trois quarts d'heure plus tard, il sut par des rapports de reconnaissances que, les Français étant fort loin, il ne courait encore aucun risque ^ Il mit aussitôt ses troupes en mouvement dans la direction de Plancenoit. Son objectif était de déborder la droite de l'armée impériale*. La

1. Rapport de Biilow, cité par von Ollech, 192. Wagner, IV, 73.

Dans son Meworanduvi sur la bataille de Waterloo {Dispatches, XII, 528), Wellington prétend que l'avant-garde de la cavalerie de Biilow était sur le terrain, în avant d'Oliain, le 18 au point du jour. De môme Damitz (II, 242-24:;) dit (|ue le 18. de grand matin, un détachement du i" liussards de Silésie vint reconnaître les défilés de la Lasne. Ce sont deus graves inexactitudes. L'aide de camp de Wellington, Ilorvey (lettre du 3 juillet 181.Ï, dans le Ninetecnth Centuri/, mars 1893) jit que ce fut seulement entre dix et onze heures que l'on aperçut la cavalerie [)rus5icnne k deux lieues dans la direction d'Oliain. Nous savons, d'autre part, (|ue le 1" hussards était encore le 18, à quatre heures du matin, à Dion-le-.Mont et que l'avant-garde de Biilow dont il faisait partie n'arriva à Cliapellc-Saint-I.ambert que rors dix heures. Si, d'ailleurs, les défilés do la Lasne avaient été explorés par les hussards de grand matin, ces cavaliers n'auraient point rendu compte à deux heures seulement qu'il ne s'y trouvait pas de Français.

2. Rapport de Bulow. Cf. .Muflling, Aus meinem Leben, 209, et C. de \i . (Miifling), 23. Von Ollech, 214-213.

Miiffling assure qu'il soumit à Wellington dans la matinée et envoya vers midi et iemi à Biilow une disposition d'attaque comprenant trois hypotiicscs : fSi Napoléon ittaquait le centre ou la gauche de l'armée anglaise, les Prussiens se porteraient sur sou flanc droit; 2" s'il attaquait la droite anglaise, les Prussiens viendraient

marche fut lente et rude. Quand on suit le chemiti raviné qui descend de Chapelle-Saint-Lambert, tra-, verse à Lasne le ruisseau de ce nom et remont^ la côte, non moins abrupte, de l'autre colline, on' s'étonne même que l'artillerie prussienne ait pu franchir ce défilé. Il fallait la volonté de Bliicher. Il était partout, ranimant ses soldats exténués de fatigue et de faim (en marche dès cinq heures du matin, ils n'avaient point mangé depuis la veille), leur prodiguant les encouragements, les appels au devoir, les mots familiers et plaisants. « — Allons, camarades, disait-il à des canonniers qui poussaient aux roues d'une pièce embourbée, vous ne voudriez pas me faire manquer à ma parole '■ ! »

Sur les quatre heures, ses têtes de colonne atteignirent la lisière septentrionale du bois de Paris (3 600 mètres de Plancenoit). Les divisions Losthin et Hiller s'y établirent sans coup férir ; car au lieu d'occuper les avenues du bois, la cavalerie du général Domon s'était bornée à en observer les iébouchés". Dans cette nouvelle position, les Prussiens se trouvaient à couvert. Pour se démasquer, Bliicher aurait voulu attendre les deux autres divisions de Bûlow qui étaient encore dans les

la renforcer ; 3» s'il manœuvrait vers Cliapelle-Sainl-Lambert, les Prussiens soutiendraient le choc et les Anglais s'avanceraient sur son tlanc gauche. L'original de cette disposition existe en efTet aux Archives de la Guerre de Berlin. Mais de la lettre de Bliicher (Wavre, 18 juin, 10 heures cl demie du matin), et du dispositif de marche de Biilow, de Pirch et de Zielen, il ressort que le feld-maréchal, avant de recevoir la disposition de Muffling, avait conçu le plan, qu'il exécuta d'ailleurs, qui consistait à attaquer le flanc droit de Napoléon avec la moitié de son armée et à seconder la gauche anglaise avec une autre fraction de ses troupes.

1. Varnhagen von Ense, Biographisch Denkmalle, Bliicher, 447. Damilz II, 272. Lettre de Hervey. aide de camp de Wellington, 3 juillet 1815. [NineteenthCentury, mars 1893.) Wagner, IV, 73.

2. Rapport de LliIow, cité par von Ollech, 192. — Biilow et les historiens allemands disent expressément qu'il n'y avait point un seul Français dans le bois de Paris.

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défilés de la Lasne. Mais les messages de Wellington, l'adjurant de prendre part au combat, devenaient de plus en plus pressants ; il entendait rugir les canons français ; il apercevait, dit-on, les cuirassiers en mouvement sur les hauteurs de la Belle-Alliance. Il se détermina à agir avec ce qu'il avait d'hommes \ A quatre heures et demie-, les Prussiens débouchèrent : l'infanterie de Losthin à l'ouest du chemin de Plancenoit, l'infanterie de Hiller à l'est, le front couvert par deux régiments de cavalerie et trois batteries légères. Bliichor se hâta de faire canonner les escadrons de Domon^; il voulait, dit Mûffling, avertir et affermir Wellington en même temps qu'empêcher Napoléon d'accabler les Anglais '.

Domon opposa d'abord l'offensive à l'offensive. Il culbuta les hussards prussiens, fondit sur les batteries. Foudroyé par leur feu et par la fusillade de toute la division Losthin, il se replia lentement, puis, passant en réserve, il démasqua l'infanterie de Lobau qui avait pris position à cheval sur le chemin de Lasne, à environ une demi-lieue à l'est de la route de Bruxelles. Les divisions Simmer et Jannin, déployées l'une derrière l'autre, se trouvaient là en potence, presque perpendiculairement à la ligne de bataille ^ Pour les remplacer sur le

1. Rapport de Biilow. V\'agner, IV, 75. Daraitz, II, 273. Mûffling, Atis meinem Lehen, 203, et C. de \V. (Mufûingi, 31.

2. Rapport de Bulow. Damitz, II, 273. Von Ollech, 242. C. de W., 31. Cf. Napoléon, Atém., 140 ; et Gourgaud, 93-94 : « A 4 heures et demie, le général Domon fit prévenir l'empereur que le corps de Biilow se mettait en mouvement. »

Clausewitz {der Fdzug von 1815, 128) commet une double erreur en disant que Biilow occupa les bois dès trois heures et qu'il attaqua à six heures et demie.

3. Ordre de Biilow. cité par von Ollecli, 242. 'V\'agner, IV, 76. Damitz, II, 274.

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