PRISE DE LA HAYE-SAINTE
de cette tumultueuse action, avait perdu de vue son premier objectif, la prise de la Haye-Sainte. Comme à Hougoumont, mais beaucoup moins ardente, la lutte continuait là sans aucun résultat. Et pourtant les intrépides défenseurs, munis seulement de soixante cartouches chacun, commençaient à ralentir leur feu. Le major Baring avait fait demander des munitions. Wellington n'en avait pas à donner ; il lui envoya un nouveau renfort de deux compagnies \
Vers six heures, au moment où les divisions Foy et Bachelu s'avançaient vers le plateau, l'empereur parcourait la ligne de bataille sous une pluie d'obus et de boulets. Le général Desvaux de Saint-Maurice, commandant en chef l'artillerie de la garde, le général Lallemand, commandant les batteries à pied, Bailly de Monthyon, chef de l'état-major général, avaient été renversés à ses côtés, l'un tué, les deux autres grièvement blessés. Napoléon envoya l'ordre à Ney de s'emparer coûte que coûte de la Haye- Sainte ",
C'est une nouvelle proie désignée au maréchal, une nouvelle occasion de trouver la mort. Il accourt, entraîne le 13^ léger (division Donzelot), un détachement du 1" régiment du génie, et les jette contre la ferme. Les balles, tirées à dix mètres, à cinq mètres, à bout portant, clairsèment les assaillants. Des soldats cherchent à désarmer les Allemands en
1. Relation du major Baring {Hanoversches miliiârisches Journal, 1831). Waterloo Lptters, 404. Kennedy, 123. Siborne, 11, 74, 84, 86. Cf. Général Rogniat, Réponse aux Notes de Anpoléon, 274: « Les attaques se renouvelaient mollement. On tu-aillait. »
2. Note du colonel Plan/.eaux. (Arch. Guerre.) Heymès, 25-20. Relation du général Dclort. Napoléon {Mém.), 143. Kennedy, 124. Dossier de Monthyon. (Arch, Guerre.)
empoignant les canons des fusils dont l'extrémité dépasse les meurtrières. En un moment, soixante-dix Français tombent au pied du mur de Test. Leurs camarades montent sur ce tas sanglant pour escalader le faîte du mur d'oii ils fusillent dans la cour les chasseurs de Baring ; d'autres se hissent sur le toit de la grange. Le lieutenant Vieux ^ du génie, frappe la porte charretière à grands coups de hache. Il reçoit une balle au poignet, une autre dans l'épaule. La hache passe de mains en mains, la porte cède enfin, et le flot fait irruption dans la cour. Acculés aux bâtiments, n'ayant plus de cartouches, les Allemands se défendent à l'arme blanche. Le major Baring, avec quarante-deux hommes — tout ce qui reste de ses neuf compagnies — perce la masse des assaillants et regagne Mont-Saint-Jean '.
Ney fait aussitôt établir une batterie à cheval sur un monticule près de la Haye-Sainte et pousse un
1. Ce brave devint colonel cl fut tué en 1S37 sur la brèche de Conslantine.
2. Relation du major Biiring. Lettres de Leach, du 95" rifles et de Graëme, de la Léfrinn Gernianique. (Walerloo Lelters, 305, 404-406.) Kennedy, 121-123. Cotton, 104-IU5, 110-111. Mandiiit, II, 333-334. Siborne, 11, 62-63. Dossier du chef de bataillon Borrel-Vivier, du 1"" régiment du génie. (Arch. Guerre.) Note du général Schmilz (comm. par le commandant Schmilz).
Toutes les relations des combattants, Baring, Kennedy, Cotton, Planzeaux, Heymés, s'accordent sur ce point, que la Haye-Sainte fut prise seulement entre six heures et six heures et demie. Comment, devant une pareille concordance des 1 témoignages de visu, les historiens français, sans cïccplion, peuvent-ils, sur la ) seule autorité de Gourgaud, lixcr à quatre heures l'enlcvonienl de cette position? J Pour mémoire, Siborne et Clicsney disent que la Ha\e-Sainle fut prise à six heures. Van Loben, il est vrai, dit qu'il croit que la Heye-Sainle fut prise à. quatre heures ou wn peu plus tard, mais il ajoute en note que dans la relation hollandaise où il puise ses renseignements, l'heure n'est point précisée.
AVellington, dans une lettre du 17 août 1815 {Dispalches, XII, 610), dit que la Haye-Sainle « fut prise à deux heures par la négligence de l'officier qui commandait ce poste ». G'est une grosse inexactitude en môme temps qu'une accusation injuste. Le major Baring se défendit en héros. On a expliqué cette erreur de Wellington en disant qu'ayant vu à deux heures le verger de la Haye-Sainte aux mains des Français, il avait cru que toute la ferme leur appartenait aussi. C'est possible ;. mais du 18 juin au 17 août, le « noble duc » avait eu le temps et l'occasion de se renseigner.