L ASSAUT DE M ONT-SAIM-JE AN
'est rien, camarades. En avant ! et vive l'ompeeur* ! »
Wellington, malgré la fumée qui s'épaississait le plus en plus, avait-il vu les mouvements préaratoires à cette attaque finale? En tout cas, 1 en fut averti par un traître. Au moment où )rouot rassemblait la garde, un capitaine de îarabiniers traversa le vallon au grand galop, éfiant les boulets et la grêle des balles, et aborda, e sabre au fourreau et la main droite en l'air, es tirailleurs avancés du 52^ anglais. Conduit lu major de ce régiment qui causait avec le colonel Fraser, commandant lartillerie légère, il s'écria : — Vive le roi! Préparez-vous! ce b... de Napoéon sera sur vous avec la garde avant une demileure^. »
Le colonel Fraser rejoignit Wellington pour lui transmettre l'avis. Le duc parcourut la ligne de bataille depuis la route de Bruxelles jusqu'à la route de Nivelles, donnant ses derniers ordres. La brigade Adam et la brigade des gardes de Maitland, qui avaient rétrogradé dans un pli de terrain pour se mettre à l'abri des boulets, reprirent leurs positions. La brigade hanovrienne William Halkett et la brigade allemande de Duplat pro-
1. Notes de Baudus. Souvenirs d'un ex-officier, 296. Lettre du capitaine Powel ! {Waterloo Letters, 254.) Lettre de Hiigel au roi de Wurtemberg-, Bruxelles, 19 juin f (citée par Pflfter, Aus dem Lager der Verbûndeten, 390.) Colonel Lemonnier, Cayn- I pagnes, 387-388.
2. Colonel Fraser, Letters, 552. Lettres du général Adam, du major Blair et du colonel Colborae. [Waterloo Letters, 276, 280, 283.)
Le plus singulier, c'est que cet officier — un royaliste nommé D. B. — avait par deux fois très vaillaninienl chargé les .\nglais. Revenu, après de longues années, visiter le ctiamj) de bataille, il y rencontra l'ex-sergent du 23« dragons anglais^. Cotton, qui s'était fait guide à Waterloo. Il lui expliqua qu il n'avait pas déserté plus tôt parce qu'il espérait enlrainer avec lui plusieurs de ses camarades. (Cotton, A voice from Waterloo, 126.)
longèrent la droite d'Adam vers Hougoumonl La division hollando-belge de Chassé vint s'ét^ blir : la brigade d'Aubremé derrière les gardes dt Maitland, ayant derrière elle la cavalerie de Vandeleur ; la brigade Ditmer au dos des trois bataillons de Brunswick postés à la gauche de la brigade anglaise Colin Halkett. La cavalerie de Vivian se déploya à l'ouest de la roule de Bruxelles, au soutien des bataillons décimés d'Ompleda et de Kruse et d'un autre bataillon de Brunswick. Les trois batteries laissées jusqu'alors en réserve s'avancèrent sur le front. Il fut prescrit aux canonniers de ne plus répondre à l'artillerie française et de concentrer leur feu sur les colonnes d'assaut. On devrait tirer jusqu'aux dernières gargousses *.
Il semble que Ney donna une mauvaise ordonnance et une mauvaise direction à la garde. Au lieu de former une seule colonne, assez puissante pour percer la ligne ennemie, le maréchal laissa les bataillons divisés. Au lieu de monter des fonds de la Haye-Sainte droit au plateau par la route de Bruxelles, où la colonne aurait eu à peine quatre cents mètres à parcourir et oij les remblais l'auraient protégée contre les feux en écharpe de l'artillerie, il y marcha de biais par les pentes découvertes qu'avaient gravies les cuirassiers dans leur première charge '-.
Les cinq bataillons de la moyenne garde, formés
1. Celte remarque est du colonel Kennedy, aide de camp d'Alten. {Xotes on Baille of ihe Walerloo. 130.)
2. Lettres d'officiers des brigades Vandeloiir, Vivian, Maitland, Adam et du Royal Arlillery. (M'alerlou Letlers, 104, 179, 187, 194, 228, 237, 244, 276, 277, 280, 291.) Cf. Kennedy, I2(i-I27; vau I,ol)rn, 28.=), 298, 301 ; le plan cl la notice de Cra.mel les lettres de Chassé à lord tldl, et de \cirA llill à Chassé, 5 et 11 juillet (citées dans Ia JRelalion belge de la bataille de Waterloo, 10-12).
l'assaut de MONT-SAINT-JEAN. 405
n autant de carrés, s'avancèrent par échelons, i droite en tète. Entre les échelons, les canonlei's à cheval de la garde menaient deux pièces e 8, au total une batterie complète sous les rilres du colonel Duchand. Dans cette marche ililique, à peu près analogue au mouvement « Vers a gauche, en avant en bataille », tous les écheons ne conservèrent pas leur intervalle. Le qualicme se rapprocha du troisième. Bientôt les •inq échelons n'en formèrent plus que quatre : i la droite, le 1" bataillon du 3" grenadiers; au LMitre, l'unique bataillon du 4" grenadiers; plus
uin, les 1" et 2^ bataillons du 3^ chasseurs; à l'ex- •me gau
iulaillon^
ii'me gauche, le 4^ chasseurs réduit à un seul
1. Jo suis la relalion très précise et très détaillée du général Petit (collection MoiTisoii, de Londres, lequel assista à la formation de ces carrés, les vit s'ébranler et peut-être gravir le coteau de Mont-Saint-Jean, et recueillit ensuite des renseigneleiits compléiuentaires de la bouche môme des officiers survivants. 11 parait donc cerlain que les bataillons marclièronl eu carrés. Celle formation, au moins singulière pour l'assaut d'une position, peut s'expliquer par la prévision où l'on était d'avoir à soutenir des charges de cavalerie. A la vérité, selon Siborne, Colton, Kennedj et nombre de Lettres de Waterloo, la garde était formée en colonnes serrées [Close colufnns) ; mais de loin, dans la fumée, il était facile de confondre des carrés et des colonnes en masse. « Je crois, dit le lieutenant Sliarpin (228), qu'ils étaient en colonnes serrées. » « Je n'ai pu distinguer exactement, dit le colonel Gawler (292), quelle était la formation de l'ennemi, la fumée étant trop épaisse ; mai^ on m'a dit que c'était en colonnes. » J'ajoute que dans la Relation anglaise de la bataille de Waterloo, publiée en 1815 (p. 32), il est dit que la garde attaqua en carrés.
D'apiès tous les historiens français, la garde aurait attaqué en une colonne ; d'après les historiens anglais, en deux colonnes. Ces deux assertions sont inexactes. Si l'attaque avait eu lieu en «ne seule colonne, la garde n'aurait pu aborder et les deux bataillons de Brunswick et la gauche de la brigade Halkett et la brigade Diimer et la droite de Halkett et les gardes de .Mailland et, enfin, la brigade Adam, ces troupes étant placées non en profondeur, mais sur un front en arc de cercle de plus de 1 ÙOO mètres. Si l'attatiue se fût opérée en deux colonnes, la garde aurait abordé seulement la brigade Mailland et la brigade .\dam. Les bataillons de Brunswick, la brigade Halkett et la brigade Ditmer n'auraient pas été engagés contre elle, l^'est ce que prétendent les historiens anglais dans un sentiment de gloriole, de même qu'ils prétendent que l'attaque fut opérée par douze bataillons ! Mais, comme je l'établis plus loin, en citant uniquement les témoignages des combattants anglais eux-mômes jloltres de lord Hill à Chassé, du lieutenant Shaipin, du colonel Gawlcr, du major KcUv, du
Toutes les troupes avaient reçu l'ordre de seconder cette attaque. Déjà les divisions Donzelot, Allix et IMarcognet gravissent le plateau; la première, le long et sur le côté gauche de la route de Bruxelles, les deux autres à la droite de cette route. Mais l'infanterie de Reille et les débris de la cavalerie commencent à peine de s'ébranler \ Entre la Haye-Sainte et Hougoumont, les cinq bataillons de la garde s'avancent seuls contre l'armée anglaise ! Ils marchent l'arme au bras, alignés comme à une revue des Tuileries, superbes et impassibles. Tous leurs officiers généraux sont en tête, avec Ney et Priant, les premiers aux coups.
capitaine Mac-Ready, etc.. et The 5tli Brigade ai Waterloo, (Relation d'un ancien officier au 30' régiment, publiée dans VUnited Service Gazette, octobre t84.ï), les cinq bataillons de la sarde attaquèrent bel et bien sur quatre points din'érenls deux bataillons brunswickois, trois bri^^ades anglaises et une brigade belge. Hiigel (lettre au roi de Wiirlcniberg, Bruxelles, 19 juin, citée par Pfifter, 3TU) dit expressément que • l'attaque de la garde fut repoussée par 6 à 8 000 hommes d'infanterie anglaise ». — La garde était donc en cinq échelons au départ, comme le dit le général Petit, et en quatre échelons à l'attafiue, par suite de la réunion du quatrième au troisième échelon, comme l'indiquent les positions des différentes brigades ennemies, et comme le confirme absolument la Relation de VUnited Service Mai/azine : « La colonne de la garde impériale se subdivisa et s'avança en qualie colonnes pai échelons sur notre front. »
Note de la '61' édition :
Il a paru dans le Carnet de la Sabretache (janvier et février 1903) une excellente étude du vicomte d'Avoul sur V Infanterie de la garde à Waterloo, d'après dcs noies et lettres inédiles des généraux Pelol, Petit et Christiani, du capitaine Prax, du 3' grenadier, du commandant (jluillemin, du môme régiment, et autres oITicicrsi Ces divers documenis, qui m'étaient inconnus, confirment en tout point mon récil des mouvements et des combats de la garde le Ib juin.
1. Notes journalières du général Foy. (Comm. par le comte Foy.) Relation àé Rcllle. (Arch. Guerre.) Souvenirs d'un ex-officier (de la division Marcognel), 296 Kennedy, 141, 147.
L'attaque de d'Erlon fut très vive ; mais Foy et Reille s'accordent à dire que sauf a l'est de fiongoumont où la division Jérôme fit effort, leur infanterie marcliE lentement et mollement. Uuant à la cavalerie, elle ne seconda la garde (|ue par un détachement de cuirassiers qui s empara d'une batterie ennemie tout à fait dans dernière phase de l'assaut et qui fut repoussé parle 2'.V dragons. [Waterloo Let 1er ^ 91, 273. Siborne. Il, 175.)
P>opcs (The Campaign of Waterloo, 31'.)) remarque, non sans raison, que s rattai|uc delà garde échoua, c'est ipielle l'ut mal souleiuic par les autres Iroupes^