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LA DÉROUTE

terre, ici épars comme des arbres abattus, là en iines épaisses comme de longues rangées d'épis luchés. La lune, qui s'était levée, éclairait distinc- Miient leurs faces livides ou ensanglantées, leurs nitormes souillés de boue, maculés de taches juges ; les armes tombées de leurs mains scintillient. Parfois, de grands nuages sombres, courant ans le ciel, cachaient cette vision dont les moins ensibles des plus vieux soldats détournaient les eux. Mais elle réapparaissait bientôt sous la Limière glaciale de la lune. Au milieu des râles es mourants, des gémissements des blessés, on n tendait, à de courts intervalles, un cri rauque omme étranglé par l'horreur et l'épouvante. C'était uelque officier qu'un pilleur de morts achevait à oups de crosse pour lui voler sa bourse ou sa roix d'honneur*.

Les Prussiens menèrent vivement la poursuite. ]eux des fuyards de l'aile droite (corps Lobau

■eschichte des herzogliche braunschweigschen Armée-Corps.) — Les Prussiens ; DÛO (Wagner, IV, 85, Damitz, I, 301, et Lettow-Vorbeck, 430.)— Total général : 0 886.

Sur les pertes des Français, voir plus loin notre note 4 de la page 453.

1. Mercer, Journal of the Campaign, I, 333-33C, 342, 347.-348. Lettres d'officiers a Royal Artillery, de la brigade Maitiand et de la Légion Germanique. (Waterloo ■etters. 202, 221, 241. 400.) Récit de Dumesgnil, cité par Mauduit, 11,452-454. .écit d'officiers anglais blessés, cités par Cotlou, A Voice from Waterloo, appenice, VI.

L'enlèvement des blessés, qui furent transportés à Bruxelles, à Nivelles et à 'amur, commença le 19 juin; mais le nombre en était si grand que beaucoup d'entre ux restèrent sur le champ de bataille jusque dans la soirée du 21.

Les voleurs de morts assommaient les blessés indistinctement, sans s'arrêter à egarder si c'étaient des compatriotes, des alliés ou des ennemis. Plusieui's de ces aisérables furent fusillés par les Anglais.

Aucun document authentique ne mentionne les faits rapportés par Vaulabelle, de liesses français cl prussiens continuant la lutte dans les ambulances, sur la paille 'il ils étaient couchés, et, « à défaut d'armes se déchirant a\cc ics mains ». lela n'est pourtant pas impossible. Mercer dit (1, 343) que dans la nuit de la lataille, un officier de lanciers mortellement blesse, à qui il voulait porter secours,

regarda avec fureur cl lui jeta violemment au visage l'eau qu'il lui nrésentait.

et d'Erlon, jeune garde, cavaliers de Domon, de Subervie, de Jacquinot) qui, serrés de trop près ou coupés de leur ligne de retraite, n'avaient pu rejoindre et dépasser les carrés du 1^'" grenadiers formant Tarrière-garde, furent sabrés ou faits prisonniers. A l'aile gauche, un certain nombre de cuirassiers que leurs chevaux étaient encore en état de porter, et les lanciers de Pire, qui n'avaient fait qu'escarmoucher durant la bataille, gagnèrent les Quatre-Bras, sans être inquiétés, par Neuve- Court, Malplaquet et Vieux-Genappe. Ils passèrent la Sambre à Marchienne. Cinq ou six mille fantassins du corps de Reille, ralliés à la chute du jour, se dirigeaient sur Genappe à travers champs, à une demi-lieue environ parallèlement à la grande route. 11 suffit de quelques escadrons prussiens pour les disperser. Sauf trois compagnies du 93' qui firent face en tête et repoussèrent les charges, toute cette masse s'éparpilla. Des soldats jetaient sacs et fusils pour courir plus vite, justifiant trop bien le vieux dicton : « Français plus que hommes au venir, moins que femmes à la retraite. » On n'écoutait plus les chefs, la panique commandait l'armée \

Seule la vieille garde restait digne d'elle. Les chasseurs et les lanciers de Lefebvre-Desnoëttes, le régiment des grenadiers à cheval, qui avait quitté le champ de bataille au pas et faisant si hère contenance que la cavalerie anglaise n'avait pas

1. Noies journalières de Foy et Icllre de Foy à Guillcminot, 20 octobre 18!5, (coram. par le comte Foy1. Relation de Reille. (Ai'cli. Guerre.) Sonvpnirs d'un exofficier [du 45'), ^97-298. Cf. Ra(>port de Gneisenau (cité par Gourgaud, Catnp. de 1815, appendice IX) et lettre de Lobau à Craan, ^iO janv. 1817 (comni. par le baron de Grandmaison, son petit-fils) : « ... Nous avons attaqué en hommes qui ne doutent de rien, et, dans la retraite, on n'était plus propre à résister au moiixlrc choc. »

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osé l'aborder, se retirèrent en ordre à l'ouest de la grand route et atteignirent les Quatre-Bras sans subir de nouvelles pertes \ Sur la grand route même, les Prussiens étaient contenus par les deux carrés du i" grenadiers que précédait le 1" bataillon du 1^'' chasseurs. Les grenadiers continuaient à marcher au pas ordinaire, défiant toutes les attaques. Ne pouvant mordre, la meute prussienne finit par se lasser et se borna à suivre hors de la portée des fusils. A une demi-lieue de Genappe, le général Petit, ne jugeant même plus nécessaire de conserver l'ordre de combat, fit rompre les carrés et marcher en colonnes par section. C'est à ce moment que l'empereur s'éloigna du i^"" bataillon de chasseurs pour gagner Genappe cil il espérait arrêter l'ennemi et rallier les débris de l'armée-.

Genappe n'était qu'une longue rue, escarpée et isinueuse, au bas de laquelle se trouvait un pont jsur la Dyle. Il eût été possible de tenir plusieurs heures ce défilé, bien qu'il fût dominé au nord par des hauteurs où se seraient établies des batteries

1. Relation du chef d'escadrons de Stuers (comm. par M. de Stuors) Mauduit, II, iDl-458. Wate7-loo Letters, 104, 116.

2. Relation du général Petit. (Collectiou Morrison, de Londres.) Relation de Duuringr, (comm. par M. de Stuers.) Cf. Napoléon J/cm., 1»J3-104.

Selon Mauduit (II, 443-444), l'empereur à celte intention avait envoyé, vers huit heures du soir, l'ordre à Pire, dont la division de cavalerie était à peu près intacte, de se porter au galop devant Genappe, d'y prendre position et d'v rallier les fuvards. Le témoignage de Mauduit, alors sergent au 1" bataillon du ["' grenadiers, n'est pas sans autorité pour les fails qu'il a |)u voir. Jlais comment a-t-il eu connaissance |de cet ordre de l'empereur? Quoi qu'il en soil, l'ordre n'arriva pas à Pire qui se replia, comme on l'a vu, en passant à l'ouest de Genappe.

prussiennes. Mais il y avait dans le village tan d'encombrement et de confusion que Ton ne pou vait songer à organiser une défense méthodique surtout avec des soldats qui ne cessaient de crier « Nous sommes trahis ! sauvons-nous ! » Des voi tures renversées, des fourgons, des prolonges, de: pièces, des caissons abandonnés par les conduc leurs auxiliaires, obstruaient sur une assez longu( étendue les abords du pont, qui avait, en 1815 tout au plus 2'°oO de largeur \ Les fuyards s'en gouffrant en masse dans la rue, d'oii ils ne pou valent déboucher sur le pont que cinq ou six di front, il se produisit une atroce bousculade. Rendu fous par l'épouvante, des hommes cherchaient i se frayer passage en frappant devant eux. L général de gendarmerie Radet, grand-prévôt di l'armée, fut bourré de coups de crosse. Des cava liers sabraient, des fantassins ripostaient à coupi de baïonnettes, parfois même faisaient feu. Oi s'entre-tuait sans marcher plus vite, les vivant! s'empêtrant dans les morts".

La queue de la colonne s'amassa à Fentrée d( Genappe. Les Prussiens approchaient. Les trois bataillons de la vieille garde, menacés d'être écrasés entre les masses ennemies et la foule des fuyards

i. Le pont de Genappe a aujourd'hui 2"°, 00. Mais, d'après les souvenirs dei habitants et VHistoire des Communes belges, de Tarlier et Wauters, il a été élarg quand on l'a reconstruit.

2. Souvenirs d'un ex-ofpcier (du 45»), 298. Lettre de Bruxelles, 22 juin tSli (citée dans la Helation de Alonl-Saint-Jean , 243). Rapport de Bellina à Davoul 23 juin. (Arch. Guerre.) Wagner, IV, 84. Damitz, II, 207. Von Ollocli, 253. Napoléon Mém., 107. Radet il Soull, Saint-Germain, 22 juin; à Davout, Paris, 20 juin; ccriificat du médecin de Radet, Paris, 26 juin. iDossier de Radet. Arch. Guerre.)

Napoléon (167) dit que cet encombrement de voitures eut lieu par le fait des sol dais des équipa;.'es qui avaient à dessein obstrué le pont pour faire obstacle aui Prussiens, '^'après d autres versions, plus vraisemblables, il se produisit par lu Torce des ch.ises.

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