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TENTATIVE DE RÉSISTANCE A GENAPPE

jui n'avançait plus, se rompirent et gagnèrent ]harleroi en tournant le village à l'est. Les Prus- ,iens ne les poursuivirent pas, mais ils s'acharlèrent sur les troupeaux d'hommes immobilisés levant Genappe. Il fallut que ces malheureux fus- ,ent littéralement sous les lances des uhlans pour )enser à s'échapper par la droite et par la gauche lu village et à passer la Dyle à gué. Cette petite rivière, qui n'a pas à cet endroit trois mètres de argc et dont la profondeur n'atteint pas un mètre, l'est un obstacle que pour les voitures à cause le l'escarpement des berges \

Genappe était toujours rempli de Français. Une )oignée d'hommes qui seuls, dans cette panique, ivaient conservé leur sang-froid et leur courage entèrent d'arrêter l'ennemi. Ils élevèrent rapideïient avec des chariots renversés une barricade i'oiî ils ouvrirent le feu. Quelques boulets eurent rop tôt raison de ce faible ouvrage et de ses défenseurs. Les cavaliers de Roder dévalèrent la rue m pente, écrasant la multitude inerte des fuyards, Tappant du sabre et de la lance sans plus de ùsque que bouchers à l'abattoir. L'empereur qui ivait mis, dit-on, plus d'une heure à se frayer passage en suivant cette longue rue, était encore m deçà du pont. Il venait de monter dans sa berline de campagne, retrouvée par hasard au milieu les équipages abandonnés; on n'avait pas encore ichevé de la ratteler. Entendant les hurrahs ! il la quitta précipitamment, reprit son cheval et

I 1. Relations du gcnôi-al Petit et du commandant Duuring. Mauduit, II, 478-479. souvenirs d'un ex-officier. 'iOS-i'M .

Les dimensions de la Dylc largeur 2'°, 90, profondeur O^jS.i ou Û°,lrj selon que (cs vannes du moulin sont baissées ou levées) m'ont été données par M. Berger, jourgmestre de Genappe.

parvint à s'échapper avec quelques cavaliers. Les Prussiens dévalisèrent la berline qui contenait ur nécessaire, une épée, un lit de fer et un uni forme de rechange dans la doublure duque étaient cousus des diamants non montés valan un million \

Blûcher avait poussé jusqu'à Genappe avec 1( corps de Biilow. Il s'arrêta pour coucher à l'aubergi du Roi-d Espagne. Presque aussitôt on y amena su une civière d'ambulance le général Duhesme. A 1; dernière heure de la bataille, Duhesme était tomb grièvement blessé entre Plancenoit et Rossomme quelques soldats dévoués l'avaient relevé et port jusque près de Genappe où il avait été fait prison nier par les Prussiens. Le feld-maréchal vint 1 visiter et le recommanda au chirurgien de son état major. Mais la blessure était mortelle, Duhesm mourut la nuit suivante ". Bien que brisé de fatigue Bliicher ne voulut point se mettre au lit avan d'écrire à sa femme : « J'ai tenu ce que j'avais promis écrivit-il. Le 16, j'ai été contraint de reculer devar

1. Rapport de Gneiscnau. Lcllre do Bliiclier à sa femme. [Dlâcher in Driefen ai den Feldziu/en ISIS-ISIô, 150.) Lellrc de Hiig^el au roi de Wurtemberg, 23 Jui (citée par Pllfler, Aus dein Lager dcr Verbùndeien, 370). Napoléon, Mém., 16 108. Peyrusse, .Mémorial et Archives, 312.

Ces diamants, rapporte Peyrusse, avaient été cédés à l'empereur par Joseph. I furent pris par un officier du nom de von Keller qui les vendit au joaillier anîjla Marwe. (Voir, à ce sujet, dans le Catalogue du Musée Tussaud, la lettre de Bulloc lequel avait acheté la berline au Prince Régent, à qui elle avait été donnée, l'exposa à VEgyptian Hall.)

On dit qu'on prit aussi dans celle voilure une liasse d'une proclamation de l'er pereur : '■ Aux Belges et aux habitants de la rive gauche du Rhin, » datée p; anticipation : « Bruxelles, Palais impérial de Laeken. »

2. Lettre du capitaine Marquiaud. {Spectateur militaire, septembre 1821 Oamitz, 11, 297. — Le capitaine Marquiaud, neveu et aide de camp de Duhesm resta à l'auberge du lioi-d' Espagne jusqu'il la mort du général dont il s'élail con tilué le garde-malade. Son témoignage détruit l'odieuse légende, qu'ont rapporti sans exception tous les historiens français, que Duliesme, blessé mortellement Genappe même cl ayant rendu son épée, fut assassiné de sang-froid par un hussai (lancier^ de Brunswick.

POURSUITE DE LA CAVALERIE PRUSSIENNE. 43b

la force ; mais, le 18, d'accord avec mon ami ^Yellington, j'ai exterminé l'armée de Napoléon '. » Il envova aussi cette lettre à son vieux camarade Knesebeck : « Mon ami, la plus belle bataille est donnée, la plus brillante victoire est remportée. Les détails suivront. Je pense que l'histoire de Bonaparte est terminée. Je ne puis plus écrire, car je tremble de tous mes membres. L'effort était trop grand - ! »

Au delà de Genappe, la poursuite s'accéléra. Aucune troupe en ordre ne formant plus arrière-garde, les Prussiens sabraient impunément dans la foule éperdue. « C'était une vraie chasse, dit Gneisenau, jne chasse au clair de lune. » La grand route, les chemins vicinaux, les traverses, les champs aussi oin que portait la vue, étaient couverts de soldats de oute arme, cuirassiers démontés, lanciers sur des îhevaux fourbus, fantassins ayant jeté fusils et lavresacs, blessés perdant leur sang, auiputés échappés des ambulances dix minutes après l'opération. 5ans nulle autorité sur ces hommes, et d'ailleurs ion moins démoralisés et ne pensant comme eux ![u"à leur propre salut, des capitaines, des colonels, jles généraux marchaient confondus dans la masse les fuyards '. Durutte à cheval, mais aveuglé par le

1. Bliicher à sa femme, champ de bataille de la Belle-Alliance, s. d. [Genappe, 0 juin, vers 1 heure du matin.] [Blûcher in Bricfen, 150.)

2. Lettre de Bliicher à Knesebeck (citée par von Ollech, 2.54'.

3. Rapport de Gneisenau. Notes du lieutenant Julius, prisonnier des Français ;itées par von Ollech, :!.3G-257). Souvenirs d'un ex-officier, 299-.3(j0. Wagner, iV, 4. Fleurv de Chaboulon, II, 181. Relation de la bataille de Mont-Sainl-Jean,

sang qui coulait de son front ouvert, avait pour guide un maréchal des logis de cuirassiers. Un caporal de la vieille garde soutint Ney par le bras jusqu'au moment où le major Schmidt, des lanciers rouges, descendit de son cheval pour le donner au maréchal. Le chirurgien en chef Larrey, blessé de deux coups de sabre, fut frappé derechef par des uhlans, volé, dépouillé et conduit presque nu, les mains liées, à un général qui donna l'ordre de le fusiller. Déjà il était mis en joue, quand un chirurgien prussien le, reconnut, se jeta devant lui et le sauva \

Chacun marchait, courait, se traînait comme il pouvait, allait où il voulait, personne ne pensant à donner des ordres qui n'auraient été obéis par personne. Et quand se rapprochaient le son des trompettes prussiennes, le galop des chevaux, les cla-, meurs sauvages des poursuivants, dans cette foule éperdue s'élevaient les cris : « Les voilà! Les voilà!.. Sauve qui peut ! » Et, sous le fouet de la peur, cavaliers et fantassins, officiers et soldats, valides e blessés retrouvaient des forces pour courir. De:

1. Relation de Durutle. {Sentinelle de V Armée du 8 mars 1838.) Mauduit, II, 44!i note. Lellre de Ney au duc d'Otranle (Journal des Débals , 29 juin.) Larrey, Belc iion médicale de campagnes el de voyages, 10-13.

Les brutalités que subit Larrey et les dangers qu'il courut contrastent avec le Ira tement dont Dulicsmc fut l'objet. Larrey semble d'ailleurs croire que l'ordre de ! fusiller, donné par le général prussien, vint d'un mouvement de dépit. Larrey re, semblait un peu à l'empereur et perlait ce jour-là une redingote grise. Les cav; tiers qui le lirent prisonnier le conduisirent à leur général en disant que c'ota Napoléon. Le général, irrité qu'il y eût méprise, ordonna de passer par les armi le fâcheux qui décevait son espoir.

Ajoutons toutefois que, selon Mauduit (11, 472-473), le général Durrieu, ch d'état-major du G' corps, qui, lui, no ressemblait pas à Napoléon, faillit ôtre fusil sur l'ordre d'un autre général prussien, et qu'il dut la vie à l'intervention du colon Uonœsberg. F. de Cliaboulon (II, 181-1S2;, dont le témoignage est confirmé par d traditions locales, parle aussi de blessés achevés et de prisonniers massacrés. ( assure que les Prussiens, quand ils mirent le feu aux granges du Caillou, ne prire pas la peine d'en retirer les blessés français ; et il paraît probable, sinon certâi que pendant la poursuite ils furent souvent sans pitié.

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