‹ 1815Chapitre 225 sur 260 · L EMPEREUR A LAON · texte numérisé non relu

L EMPEREUR A LAON

garde nationale descendit pour former la garde d'honneur. Peu après vinrent le général Langeron, commandant le département, le préfet, des conseillers municipaux. Le général Radet, grand-prévôt, ït le général Neigre conférèrent aussi avec l'empereur. Il chargea le préfet auquel il adjoignit son lide de camp Bussy, qui était du pays, de réunir de 2;rands approvisionnements, l'armée devant se con- 3entrer sous Laon. 11 envoya Neigre à La Fère pour organiser des batteries de campagne, Dejean à Guise pour examiner l'état de la place, Flahaut à Avesnes 3our recueillir des renseignements sur la marche le l'ennemi'. La nuit était venue. L'empereur n'atendit pas le maréchal Soult' ; il lui avait d'ailleurs lonné ses instructions à Philippeville. Vers dix ou mze heures, il partit pour Paris^

Dès Philippeville, et peut-être même dès sa halte lans les prairies de la Sambre, Napoléon avait réiolu d'accourir à Paris*. Il se rappelait la doulou- •euse leçon de 1814, ce vote de déchéance qui l'avait

90. — Devisnie dit que l'empereur arriva à Laon par la route de Reims. Mais l'après un renseignement du commandant Traullé, que, le 2û juin, de bon malin, fapoléon déjeuna de deux œufs à l'iiôtel du Grand-Turc, à Maubert-Fontaine (route e Mézières à Laon par Marie) cl s'y rejiosa quelques heures, il semble bien que empereur avait pris la roule de Marie, qui est beaucoup plus directe.

1. Gourgaud, 131. Napoléon. iV(?m., IG9-17Û. Fleury de Chaboulon, II, 189-190. (cvisme, Hist. de Laon, 11, 240-242. Cf. Soult à Davout, Laon, 21 juin. Napoléon. ,aon, 22 juin. (Registre du major-général.) — D après l'ordre à Neigre, celui-ci, près avoir mis sur pied à La Fère ce qu'il pourrait de batteries, devait aller à 'aris pour y réorganiser l'artillerie de campagne.

2. Soult n'arriva à Laon que le matin du 21 juin. (Soult à Davout, 21 juin, tegistre du major-géneral.)

3. Du récit de Radel il ressort que l'empereur quitta Laon entre huit et neuf eures. Devisme (II, 244') dit : à dix heures : le Journal des Séjours de l'empereur \rcli. nal. AF.* IV, 437 i: à onze heures.

4. Selon Fleury de Chaboulon (11, 190-192), l'empereur aurait été très hésitant le • 9 et le 20 juin. Il se serait décidé seulement à Laon, et bien qu'il penchât alors

rester avec l'armée, il aurait cédé aux conseils et aux représentations de la majoité de son entourage.

Qu'il y ait eu à Laon une délibération sur le parti à prendre, que l'on ait rais en

paralysé à la tête de son armée. Il sentit que s'il ne rentrait pas en hâte dans sa capitale pour imposer à Fouclié, aux conspirateurs de tous les partis, aux députés hostiles ou aveuglés, c'en était fait de sa couronne et de la dernière résistance du pays. Aussi bien au point de vue militaire qu'au point de vue politique, sa vraie place, pendant quelques jours, était à Paris. Sans soldats et sans canons, il ne pouvait songer à arrêter l'ennemi sur la frontière. Quant au ralliement à Laon des débris de l'armée, Soult et les généraux l'opéreraient aussi bien que lui-même. Il n'y fallait pas de génie ! Pendant ce temps, à Paris, l'empereur prendrait avec Davout et Carnot les mesures de salut public. Il conjurerait la crise politique, accélérerait tous les services, ferait diriger sur Laon les disponibles des dépôts, les bataillons de mobilisés, les batteries de campagne, les convois d'armes et de munitions, décréterait, de concert avec les Chambres, de nouvelles levées de soldats et de gardes nationales, et viendrait, après quatre ou cinq jours, reprendre le commandement \

avant des arguments pour et contre le retour à Paris, cela est probable, puisque le rapporte Fleury de Chaboulon, témoin généralement très véndique. Mais il n'en parail pas moins certain que l'empereur quitta Pliilippeville avec l'iiitentiou arrêtée de venir a Paris. J'en ai donné les preuves (p. 448, note 1). J'ajoute que dans aucune des relations de Sainte-Hélène, ni dans les entretiens rapportés par I^as- Cases, Montliolon, Antoinarclii, l'empereur n'a fait allusion aux prétendus conseils qui l'auraient engagé à aller à Pans malgré qu'il en eût. Bien au contraire, il a dit et redit qu'il avait pris de soi-même, tout de suite et sans hésitation, ce parti (|ui lui était imposé par les circonstances, " sa présence a l'armée étant inutile pendant plusieurs jours, et ses ennemis les plus dangereux se trouvant à Paris ». (Cf. Napoléon. J/em.. 171. Gourgaud, Camp, de 1815, 132-133. Moniholon. 1, 3, ll.;i78-180. Las Cases, 1, 20.)

On remarquera encore que si Napoléon avait projeté de ne pas quitter l'armée, il serait vraisemblablement resté à Philippeville avec le major-général jusqu'au 2U juin ; et qu'en tout cas, en arrivant à Laou, il serait tout de suite monté dans la' ville pour s'installer à la préfecture au lieu de s'arrêter, pour une simple halte, au bas de la montagne, dans la cour de la maison de poste.

1. Gourgaud, 132-133. Napoléon. Mém., 171. Montliolon, Récits, I, 3; 11, i79. Las- Cases, I, 20.

Page 1