LA SECONDE DÉPÊCHE DE SOULT
Après avoir examiné attentivement la position, jrouchy résolut de seconder l'attaque de Wavre par leux autres attaques en amont et en aval. Des renforts entrèrent dans le faubourg ; un bataillon de Lefol fut détaché pour passer la Dyle au pont du moulin de Bierges ; Exelmans se porta avec ses dragons de vaut Basse-Wavre ^ Comme le maréchal venait de prendre ces dispositions, il reçut, vers cinq heures environ ^ la dépêche que Soult lui avait envoyée du champ de bataille à une heure et demie et qui se terminait par ces mots : « En ce moment, la bataille est engagée sur la ligne de Waterloo en avant de la foret de Soignes. Ainsi manœuvrez pour rejoindre notre droite. Nous croyons apercevoir le corps de Bûlow sur la hauteur de Saint-Lambert. Ainsi ne perdez pas un instant pour vous rapprocher de nous
1. Grouchy, hraçfra. hîstor., 12-12, et Observât., 17. Cf, Relal. suce, 40-41. Rapport à l'empereur, Rosieren, 19 juin. (Arcli. Guerre.)
2. Grouchy s'est contredit maintes fois au sujet de l'heure où il reçut la seconde dépêche de Soult. Dans la première minute de sou rapport à l'empereur, Rosieren, 19 juin (Arch. Guerre), il dit : à cinq heures du soir. — Dans ce même rappori reproduit dans la Relation succincte, App. Il, 7), il'dit : entre six et sept heures. — Dans les Questionnaires à Bella et à Le Sénécal : entre quatre heures et demie et cinq heures. — Dans les Observations (17) : vers sept heures devant Wavre. — Dans les Fragm. histor. (14) : entre quatre et cinq lieures devant Wavre. — Dans la Relation succincte (39) : à La Baraque, après avoir été à Wavi'e {ce qui suppose six heures).
Les officiers de l'état-major de Grouchy, Blocqueville, Le Sénécal et Bella {Relal. aucc, App. IV) s'accordent à dire : entre quatre heures et demie et cinq heures. C'est leur témoignage conforme qui doit faire foi. •
L'adjudant-commaudant Zenowicz avait mis cinq heures et demie à faire le trajet de Hossomme a Wavre, tandis que l'autre estafette avait mis à peine trois Iiewcs et demie. Cette différence de- temps s'explique par ceci, (juc Zenowicz a'vaft pris par Geuappe, les Uuatre-Bras, Sombreffe et Gembloux, tandis que le second offîciér avait cvideoHueut passé par Otlignies ou Lirnelette ; il avait fait envirori six lieués par de mauvais chemins au lieu de dix par les roules. - ->
ei nous joindre et écraser Bûlow que vous prendre? en flagrant délit \ »
L'ordre de l'empereur était formel et pressant : i! fallait se porter sur Ghapelle-Saint-Lambert poui écraser la colonne en marche de Bûlow. Grouchy h comprit, mais il ne mit ni résolution ni méthode dans ses dispositions. 11 suffisait de deux divisions pour occuper les Prussiens devant Wavre. Il sembh donc que le maréchal aurait dû faire filer incontinen vers Limale la troisième division de Vandamm( ainsi que les huit régiments de dragons d'Exelmam dont la diversion sur Basse-Wavre n'était plus utile Mais Grouchy, par la plus étrange des conceptioni
1 J'ai cité cette dépêche in extenso, pp. 335-336.
Grouchy et les officiers de son état-major. Le Sénécal, Blocqueville et Bella, pré tendent que cette dépêche, écrite au crayon, en caractères très fins et, en parti effacés, était presque illisible, si bien qu'ils lurent : la bataille est gagnée au lie de : la bataille est engagée. (Grouchy, Observ. édit. de Philadelphie, 17; édit. d Paris, 18; Relation succincte, 34-40. Déclarations de Le Sénécal, Blocqueville, Bell Belat. suce, App. IV, 6,9,53.)
Or l'original de cette dépêche existe. 11 provient des papiers de Grouchy et m'a et communiqué par M. François S. -M., ancien président à la cour de Pau, nevc de M"' Huât, seconde femme du maréchal de Grouchy. La dépêche, tout entière d la main de Soult, est écrite à l'encre et parfaitement lisible. 11 est impossible qu Grouchy ni personne ait jamais pu y lire : la bataille est gagnée. On en jugera, d reste, par le fac-similc, de la grandeur de l'original, reproduit à la fin du présen volume.
Groucfiy ajoute qu'il voulut interroger l'eslafetle, mais que cet officier était ivr au point de ne plus trouver ses mots. Mais, en admettant que, contre toute vrai semblance, on ait lu la bataille est gagnée, Grouchy n'avait qu'à réfléchir. Il élai clair qu'une dépêche datée de une heure ne pouvait appeler bataille gagnée un action qui, le bruit du canon de plus en plus violent ne l'indiquait que troj durait encore à cinq heures.
Si, comme le prétend Grouchy, il communiqua à Gérard la dépêche do Soult, i est possible qu'en la lisant Gérard se soit écrié ; « Je te l'ai toujours dit : si nou sommes f..., c'est ta faute ! »
C'esit Zenowicz {Waterloo, 30) qui rapporte ce propos, plus ou moins véridique En tout cas, Zenowicz dit à tort que ces paroles furent prononcées à la réceptio: de la première dépêche de Soult. C'est impossible, puisque cette dépêche prescri vail précisément la marche sur Wavre que Grouchy opérait contre l'avis de Gérard Du reste, Gérard ne parle, ni dans l'une ni dans l'autre de ses brochures, de l communication de la seconde dépêche do Soult. 11 dit même (Dernières Observa lions, 21) que le maréchal Grouchy ne communiqua cette dépêche à aucun de généraux sous ses ordres.