LA SECONDE DÉPÈCHE DE SOULT
stratégiques, voulut à la fois emporter Wavre avec la moitié de son armée et diriger l'autre moitié sur Saint-Lambert par le pont de Limale. 11 laissa donc devant les positions prussiennes tout le 3* corps et la cavalerie d'Exelmans \ et il envoya son aide de camp Pont-Bellanger porter l'ordre verbal à Pajol, qui partait de Tourinnes, de presser sa marche sur Limale. « — Jamais l'empereur n'a été si grand! dit Pont- Bellanger, en abordant Pajol. La bataille est gagnée, on n'attend plus que la cavalerie pour achever la déroute -. »
En même temps qu'il dépêchait cet ordre à Pajol, Grouchy vint au galop avec Gérard à La Baraque pour porter de là sur Limale le 4^ corps dont seule la division de tête (général HulotJ était arrivée sur les hauteurs de Wavre. Est-il vrai, comme le dit Grouchy, que les deux autres divisions du 4^ corps (Vichery et Pêcheux) n'avaient point encore atteint La Baraque à six heures du soir ; que, las de les y attendre, le maréchal revint devant Wavre en laissant l'ordre, pour ces deux divisions, de marcher directement sur Limale ; enfin, que cet ordre ayant été mal interprété, Vichery et Pècheux continuèrent leur mouvement sur Wavre? Faut-il croire, plutôt, que Grouchy trouva ces divisions à La Baraque, qu'il leur donna l'ordre de se porter sur Limale, mais que la tète de colonne s'égara en route, faute de guide, et reprit sa marche vers Wavre ? II paraît impossible de
1. Grouchy, Belat. suce 38-41. Cf. Journal de la brigade Bonnemains. (Arch. Guerre.) — Le général Berton dit (Précis des batailles de Flewus et de Waterloo, C5) : « Les quatre cinquièracs de notre infanterie ne pouvaient pas dire engages devant Wavre, et notre cavalerie était à ne rien faire, jetée en arrière et à droites où il n'y avait personne. >■
2. Souvenirs du commandant Biol, aide de camp tic l'ajol. \C'dé par Pajol, III, 231.)
saisir la vérité au milieu des témoignages contradictoires de Gérard, du général Hulot, de Grouchy luimême dont les propres assertions ne concordent point entre elles *. Ce qui est certain, c'est que Grouchy alla à La Baraque et revint ensuite devant Wavre". Le combat continuait des deux côtés de la Dyle. L'attaque du pont de Bierges par le bataillon de Lefol avait été repoussée; Grouchy, bien intempestivement obstiné à passer la Dyle sur ce point, ordonna à Gérard de renouveler l'attaque avec un bataillon de la division Hulot. Gérard lui ayant fait remarquer qu'il vaudrait mieux faire soutenir le détachement de Lefol par d'autres troupes du môme corps d'armée ^ il accueillit mal cette observation très juste. Gérard, alors, transmit l'ordre à Hulot qui conduisit lui-même à l'assaut un bataillon du 9® léger. Pour atteindre le pont, il y avait à traverser des prés marécageux, coupés en lignes parallèles à la Dyle par des fossés profonds et très larges. Hulot prescrivit de se jeter dans ces fossés, si on ne pouvait
1. Cf. Rapport de Groucliy à ISapol*''on, Rosieren, 10 juin. (Arch. Guerre.] Grouchy, Obscr-vat-, 19-20. Fragm. Iiisl., 13, Relut, suce. 38-40. Rapport du général Hulot à Gérard (conim. par le baron Hulot). Gérard, QucUjues Documents. 9, 10.
Gérard affirme que ses troupes n'étaient pas en arrière ot cite le témoignage di jfénéral Vicliery. Hulot dit qu'il était à quatre heures avec sa division sur la liautcui devant Wavre (assertion conforme au témoignage do Grouchy lui-mômc. Relut, suce. 38) ol que les deux autres divisions do Gérard vinrent se masser une denii-heun plus tard un peu en arrière de la sienne.
Mais si les trois divisions avaient dépassé La liaraque, pourquoi Grouchy y alla-t-il' — S'il était pressé de porter le corps de Gérard sur Limalc, pourquoi ne fit-il pat d'abord rebrousser chemin à la division Hulot (pii était près de Wavre ? — S Gérard était avec lui devant Wavre, pourquoi ne lui donna-t-il pas ses ordres là au lieu de lis lui donner à La Baraque'? — Si Gérard était a La Baraque, d'où i devait conduire le 4"' corps à Limale, pour(|uoi Grouchy ranicua-t-il Gérard devan Wavre où celui-ci n'avait que faire? Autant de questions qu'il me parait impossibh de résoudre.
2. Déclarations de Blocqueville, de Le Sénécal et de Bella. [Relut, suce, App. IV 6, 9,54.) Gérard, Quelques Documents, 10.