‹ 1815Chapitre 252 sur 260 · Gourgaud, Campagne de ISI5, 39 et · texte numérisé non relu

Gourgaud, Campagne de ISI5, 39 et

3. « Le maréchal avail-il mal compris l'ordre défaire, une fois maître des Quatre- Bras, une diversion sur les derrières de l'armée prussienne ? ou bien, le comte d'Erlon, arrivé entre Gossclies el Frasnes, entendant une forte canonnade sur la droite et n'entendant rien dans la direction des Quatre-Bras, a-lil jugé devoir alors se diriger sur la canoupade qu'il eût laissée derrière lui en continuant k suivre la grande roule? -> Gourgaud (Napoléon) Camp, de ISI5, 07. — Par sa première conjecture. Napoléon veut-il dire qu'au lieu de se diriger sur les derrières de l'armée prussienne, le 1" corps se dirigea sur le flanc de cette armée, ce qui le trompa, lui Napoléon? (C'est ainsi, en eflet, que les choses semblent s'être passées.) Quant à la seconde hypothèse de l'empereur, elle est sans aucun fondement. Lorsque d'Erlon changea de direction à droite, la canonnade était engagée depuis deux grandes heures aux Qualre-Bias, et depuis une heure seulement a Ligny.

Dans une autre relation de la campagne de 1813 [Mémoires pour servir à l'ffistowe) Napoléon passe à peu près sous silence le mouvement du 1'"' corps. Il dit seulement (p. 97) : « On sut que cette culonne prétendue anglaise était le 1" corps, commandé par le comte d'Erlon qui, ayant été laissé en réserve à deux lieues et demie des Quatre-Dras, accourait pour soutenir l'attaque de Saint-Amaud. » Si d'Erlon c( accourait » était-ce en vertu des ordres de Ney ou de l'empereur? Napoléon ne le dit pas. 11 semble plutôt résulter de ce texte que d'Erlon agit de son propre

APPENDICE DE LA 51*^ EDITION. 53b

« En somme, conclut le colonel Grouard, suivant nous, « la note n'a pas été adressée directement par Napoléon à « d'Erlon : — « 1° Parce qu'ils le nient l'un et l'autre. — « 2° Parce que si Napoléon avait appelé directement « d'Erlon à trois heures et demie, il n'aurait pas été surce pris de le voir venir deux heures plus tard. — « 3" Parce « que si d'Erlon avait reçu un ordre direct et formel de « l'empereur, il n'aurait pas obéi à Ney qui le rappelait « vers les Quatre-Bras. »

Je répondrai au premier argument par ce que j'ai déjà dit dans mon livre et répété dans cette note même, à savoir que les assertions intéressées, embarrassées et contradictoires du général d'Erlon et que les explications, non moins intéressées et non moins embarrassées de Napoléon, et, de plus, inexplicables de sa part, ne sauraient prévaloir contre les seize témoignages qui les contredisent.

Le second argument du colonel Grouard est bien fragile. Je crois qu'il ne l'aurait pas produit s'il s'était rappelé l'ordre de l'empereur à Ney, de deux heures après-midi. En

chef. Mais cela. Napoléon est, de tous ses contemporains, le seul à le dire, et cette explication, qui est en contradiclion avec l'unanimité des témoignages, n'a été prise en considération par aucun historien ou critique militaire.

Le colonel Grouard cite d'après Charras une nolo qu'aurait écrite Napoléon à Sainte- H^'lène en marge des Mémoires de Fleury de Cliaboulon. Répondant à Fleury qui donne comme explication du mouvement de d'Erlon l'ordre que ce général avait reçu directement de l'empereur « de se porter sur la droite des Prussiens », Napoléon a écrit (ou aurait écrit?) : « Fort mal [expliqué] et comme un jeune homme qui pour la première fois se trouvait à une affaire de guerre. »

Il y a beaucoup à dire contre cette note ou ijrétendue note de rcmpcrcnr :

1'' Cette note donnée dans les Mémoires de Napoléon édition de 1823, H, et édition de 1S3Û, 111) ne figure pas, parait-il, dans les notes marginales écrites par l'empereur sur l'exemplaire de l'ouvrage de Fleury conservé au musée de Sens. C'est la raison pourquoi elle n'a pas été reproduite dans l'édition des Commentaires de Napoléon, publiée par l'Imprimerie Impériale en 1867 (t. V, pages 215 à 3u4, qui contiennent les notes de l'empereur sur les Mémoires dj Fkury).

2" Si l'on peut, malgré cela, admettre l'authenticité de cette note, il ne s'ensuit pas qu'il en faille admettre la véracité. Sans pouvoir songer qu,' j'aurais à le répéter aujourd'hui, j'ai déjà dit «^1815, I, p. 325 de la 41" édition et suivantes) : « Les notes de Napoléon sur les Mémoires de Fleury de Cliaboulon ne sont qu'une suite de boutades paradoxales et de remarques en général inexactes. C'est pourtiuoi la Commission de la Correspondance a jugé ne pas devoir publier ces notes dans lés quatre volumes d'oeuvres diverses qui fout suite à la Correspondance de Napoléon l<". •

effet, j'admets un instant, pour la commodité de la discusi sion, que l'empereur n'envoya pas, à trois heures el demie, l'ordre à d'Erlon de marcher sur Brye, mais i] avait tout de même envoyé à Ney, à trois heures, el quarti l'ordre de « manœuvrer de façon à tomber sur les derrières de l'armée prussienne! ^ » et, à deux heures, l'ordre « de rabattre sur lui pour concourir à envelopper les Prussiens réunis entre Brye et Sombreffe- ». Or, si l'empereui avait des raisons, comme le dit M. Grouard, d'être surpris de voir venir le corps dErlon qu'il n'avait pas directement appelé, il devait cependant ne point être surpris de voir venir une fraction de l'armée de Ney, puisqu'il avait précisément prescrit à Ney d'opérer ce mouvement. Le fait est, cependant, que l'empereur fut surpris et même déconcerté jusqu'au trouble, parce que ces troupes dont il s'attendait à entendre le canon sur les derrières de l'ennemi semblaient s'avancer, menaçantes, contre l'aile gauche de son armée.

Le colonel Grouard dit encore : « Si Napoléon avait « appelé directement d'Erlon à trois heures et demie il « n'aurait pas été surpris de le voir venir deux heures « plus tard. Mais son étonnement s'explique assez bien « dès que la note au crayon est adressée à Ney et non à « d'Erlon, car en tenant compte du temps nécessaire à la « transmission hiérarchique, l'ordre n'aurait pas pu être « exécuté si vite. »

La remarque ne serait juste (et encore M) que si l'empe-

1. SoiîltàNey, enavantde Fleurus, 16 juin trois heures et quart (1815 II, 165.)

2. Soultà Ney, en avantde Fleurus, 16 juin, deux heures (1815, II, 102-163.)

3. Tout rédéciii, elle ne le serait même pas, car puisque l'officier porteur de Tordre de tr-ois heures et demie (l'ordre au crayon) rejoignit d'Erlon, à la croisée de la Voie Romaine et delà route de Bruxelles, vers quatre heures et quart. l'officier porteur de l'ordre de trois heures et quart aurait pu rejoindre Ney vers Frasnes, (t ou 5 kilomètres plus loin) à peu près à la même heure, à cinq ou dix minutes près. Or, de l'auberge A l'Empereur, proche Frasnes, à la hauteur de laquelle, vraisemblablement, se seraient tenues les troupes disponibles de Ney, au point où Vandamme aperçut vers cinq heures et quart la colonne de d'Erlon, il y trois kilomètres par le chemin de Villers-Perwin. Ainsi ces troupes mises en marche entre quatre heures et demie et quatre heures trois quarts (tout en tenant compte du

APPENDICE DE LA bl'' ÉDITION. 537

reur avait envoyé seulement l'ordre de trois heures et demie. Mais, comme je l'ai déjà dit, il avait envoyé des ordres analogues à trois heures et quart et à deux heures. Ceux-là, il ne pouvait être « étonné », à cinq heures et demie, de les voir exécutés^.

Le troisième argument du colonel Grouard, que « si « d'Erlon avait reçu un ordre direct et formel de Napoléon, « il n'aurait pas obéi à Ney qui le rappelait aux Quatre- « Bras », n'est qu'une appréciation personnelle. A coup sûr, d'Erlon appelé par l'empereur à la droite et rappelé à la gauche par Ney, qui cependant (d'Erlon le savait par Delcambre) avait connaissance de l'ordre pressant et formel de l'empereur, dut se trouver dans le plus grand embarras. Aussi, avant de revenir aux Quatre-Bras, hésita-t-iP. S'il avait été à la place de d'Erlon, le colonel Grouard eut obéi à l'empereur, et il aurait eu raison. Mais c'est le général d'Erlon et non le colonel Grouard qui commandait le l*"'' corps d'armée.

Un dernier mot sur cette question de l'ordre adressé directement à d'Erlon par l'empereur. Le colonel Grouard reconnaît (p. 94) que « c'est justement ce qu'il fallait faire ». La pluralité, à mieux dire la presque unanimité

temps nécessaire à la transmission liiérarchiquc) auraient pu être aperçues par Vandamrae vers cinq heures et quart.

1. Le général von Lcllow-Vorbeck commet la même erreur en déclarant (p. 332- 333) qu'il « est tout naturel que Napoléon ail été surpris de voir le l"'' corps appa- « raitre subitement sur le clia^np de bataille une demi-heure après avoir reçu ses « ordres. »

1" Ce n'est pas nne demi-heure après avoir reçu les ordres de Tcrapereur que d'Erlon apparut sur le champ de bataille, c'est une heure. D'Erlon reçut l'ordre à quatre heures et quart, et Vandamme aperçut le 1"' corps à cinq heures et quart.

1" Le général de Lellovv n'a en vue que l'ordre de trois heures et demie. Comme le colonel Grouard, il oublie totaleraient les ordres de trois heures et quart et de deux heures. Encore une fois, l'empereur, à partir de cinq heures, attendait sur son champ de bataille une partie quelconque de l'armée de Ney, soit le corps Reille, soit le corps d'Erlon, soit une grosse fraction de l'un de ces corps ou de ces deux Corps. Mais ce qui le déconcerta, c'est que ces troupes qu'il attendait apparurent sur un point opposé à celui qu'il avait indiqué. Le général de Lettow reconnaît lui-même (p. 331) que « l'empereur s'attendait à voir le 1" corps veuir'par Bruyères et Marbais ». Or le 1" corps vint par Villers-Perwin.

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