‹ 1815Chapitre 253 sur 260 · II · texte numérisé non relu

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des documents témoigne que c'est ce que l'empereur fit. Et le colonel Grouard s'évertue à prouver que l'empereur ne le fit point ! Mais ses trente-cinq pages de discussion ne me convainquent pas. Est-il lui-même bien convaincu? Je suis tenté d'en douter quand je lis à la page 82 de son livre : « Il est bien possible que tout en faisant expédier un ordre à Ney, Napoléon ait en même temps envoyé une note à d'Erlon pour lui tracer sa voie, même avant que Ney lui ait donné des ordres. » Dans 1815, je n'ai guère dit autre chose'.

Page -H, lignes 19 a 21 : Ney renvoya le général Delcaœbre avec ['ordre impératif pour d"Erlon de ramener les troupes à l'aile gauche.

Ici, c'est moi-même qui me pose une objection.

L'envoi de cet ordre verbal de Ney à d'Erlon est attesté par d'Erlon qui obéit à ces instructions, par le général de Salle, commandant l'artillerie du l*^"" corps, par le colonel Baudus qui en eut connaissance par Ney lui-même, par Durutte, divisionnaire de d'Erlon, par Reille, par d'autres encore. Tous les écrivains qui se sont occupés de la campagne de 1815 tiennent cet ordre pour authentique. Dans sa brochure apologétique-, le propre fils du maréchal Ney n'a émis aucune objection à cet égard. Et cependant j'ai un doute. Si Ney, au mépris des instructions formelles de Tempereur, a réellement envoyé l'ordre à d'Erlon de ramener le 1^'' corps aux Quatre-Bras,. comment a-t-il osé écrire le soir même dans un rapport à Soult^ : « Un

1. Le général von Letlow-Vorbcck, qui me contredit sur nombre Je points où le colonel Grouard admet au contraire mes conclusions, est d'accord avec moi sur renvoi de l'ordre à d'Erlon. 11 dit (p. .S20) : « 11 était à craindre que Ney no se laissât détourner d'entreprendre le mouvement décisif sur le flanc et les derrières de l'armée prussienne. C'est pourquoi l'empereur résolut d'employer seulement le corps d'Erlon qu'il pouvait, supposer ne pas être encore engagé dans le combat. L'ordre fut doue envoyé à d'Erlon, et Ney ne dut être averti de cette mesure qu'un quart d'heure plus tard, par un autre officier. »

ii. Duc d'Elchingeni Documents inédits, Paris, 1843.

3. J'ai cité m extenso, à la page 224, ce rapport qui m'a été comniuuiqué paï M. le prince de laMoskowa.

malentendu de la part du comte d'Erlon m'a privé de l'espérance dune belle victoire, et ce qu'il y a de plus fatal c'est que le l^"" corps ayant rétrogradé ensuite pour me rejoindre n'a pu ainsi être utile à personne. » D'autre part, comment révoquer en doute les témoignages conformes de d'Erlon, de De Salle, de Baudus, de Durutte, de Reille ? Comment admettre que d'Erlon ait rétrogradé vers les Quatre-Bras s'il n'en a pas reçu l'ordre?

Il reste et il restera toujours de l'obscurité sur les mouvements du comte d'Erlon le 16 juin. J'ai conscience d'avoir ardemment et laborieusement cherché la vérité. Je crois m'en être approché de très près. Mais je ne me flatte point de l'avoir trouvée tout entière.

Page 227, ligne 14 : On pourrait employer mieux ua lendemain de victoire.

Et Page 498, lignes 5 à 8 : ... il n'en faut pas moins reconnaître que, sauf ce matin-là, Napoléon eut pendant sa dernière campagne l'activité d'un général de trente ans.

« Napoléon, s'exclame le colonel Grouard (pp. 117-118), « restant inactif toute une nuit et toute une matinée à la « suite d'une victoire sans essayer d'en tirer parti, c'est « ce qu'on n'avait pas encore vu, même en 1813... Quoi- « qu'en dise M. Houssaye, l'empereur, après deux jours « de campagne, n'en pouvait plus. »

Ce que j'ai dit, je 1 ai prouvé aux pages 496 et 497 et encore aux pages 519 et 520, en donnant presque heure par heure l'emploi par Napoléon du temps que dura la courte campagne de 1815. Si je n'ai pas convaincu le colonel Grouard, j'ai du moins réussi à convaincre le général von Lettow Vorbeck. « Napoléon, dit-il (p. 383), s'est moins dépensé personnellement pendant les campagnes de 1806 et de 1807 que du 15 au 18 juin 1815. »

Pages 240, ligne 17 à 241, ligne S : Des historiens allemands ont exalté la retraite sur Wavre à l'égal des plus belles conceptions stratégiques... mais quand Gneisenau prescrivit ce mouvement il

n'en prévoyait certainement pas les immenses conséquences... C'est surtout comme position d"attente, comme point de concentration qu'il indiqua Wavre.

« Nous sommes de l'avis des historiens allemands, « déclare le colonel Grouard. C'est une des plus belles « conceptions stratégiques de cette grande époque. Gneise- « nau voulait très nettement se rapprocher de l'armée « anglaise, afin d'être en mesure de livrer, de concert « avec elle, une nouvelle bataille à Napoléon. »

Entre autres conjectures, Gneisenau envisageait assurément celle-là. C'est pourquoi, comme je l'ai dit, il prit à Wavre « une position d'attente » d'où il pût soit se replier vers Maestricht, soit marcher dans la direction de Bruxelles pour se réunira Wellington. Mais unejonction presque immédiate avec l'armée anglaise n'était pas « très nettement » l'objectif de la retraite tiir Wavre, car cette jonction était subordonnée à tant de circonstances, d'événements et même d'incidents, que Gneisenau ne pouvait la regarder que comme une hypothèse. Pour que les choses aboutissent oîi elles ont abouti, il fallait que la concentration et le ravitaillement en munitions de l'armée prussienne à Wavre s'opérât dans la journée du 17 juin. Il fallait que l'empereur ne poursuivit pas les Prussiens. Il fallait qu'il n'attaquât pas les Anglais aux Quatre-Bras dans la matinée du 17. Il fallait enfin que le colonel Gordon évitât les vedettes françaises de Marbais, rejoignît l'arrière-garde de Zieten et rapportât à Wellington l'avis que l'armée prussienne allait se concentrer à Wavre. Autrement, Wellington, ignorant s'il pouvait compter sur l'appui des Prussiens, « aurait sacrifié Bruxelles et replié son armée derrière l'Escaut^ ». De Wavre, les Prussiens n'auraient pas été rejoindre les Anglais derrière l'Escaut!

Je rappellerai aussi que Gneisenau, qui ne voulait pas s'en donner plus qu'il n'en avait fait, n'a dit d'aucune

1. Ce sont les propres paroles de Welliuglon à l'aide de camp de Gneisenau, Mas- Bow, le 17 juin à neuf heures du malin, aux Qualre-Bras. (Mùffling, Aus meinem Leben, 208.)

façon dans son rapport au roi de Prusse, du 17 juin, qu'il a prescrit la retraite sur Wavre en vue d'une jonction immédiate avec l'armée anglaise. Il dit, au contraire, que c'est Wellington qui, le malin même, lui a proposé de faire ce mouvement et « qu'il le fera si des munitions lui arrivent ^ ».

Je rappellerai encore que même dans la nuit du 17 au 18 juin, Gneisenau, malgré la proposition de Wellington et bien qu'il eût son armée rassemblée à Wavre et ravitaillée, hésita beaucoup à s'engager dans cette nouvelle opération-. Il est permis de supposer que si Blticher, fait prisonnier à Ligny comme il s"en fallut de peu, ne s'était pas trouvé à Wavre pour communiquer son feu à Gneisenau, l'armée prussienne n'aurait pas combattu à Waterloo.

Page 268, lignes 10 à 13 : Wellington... eût été forcé d'accepter une bataille virtuellement perdue ou d'opérer une retraite désespérée.

Et P.\GE 49o, LIGNES H à 17 : Attaquée à la fois... l'armée anglaise n'aurait pu éviter un désastre.

A entendre le colonel Grouard (p. 121-122), «Wellington « qui avait 45000 hommes aux Quatre-Bras et plus de « 20000 hommes à Nivelles aurait réussi à se dérober en « se couvrant d"abord de la Dyle, qui est guéable presque « partout. 11 aurait sans doute essuyé quelque dommage « mais sans gravité et il aurait eu toujours son armée « réunie le soir à Mont-Saint-Jean ou au delà. »

M. Navez dit aussi (p. 15 ) : « Wellington, qui fai- « sait surveiller la route conduisant du champ de bataille « de Ligny aux Quatre-Bras, aurait été prévenu du mou- « vement de Napoléon assez tôt pour battre en retraite « en temps utile. »

1. Rapport au roi de Prusse, Wavre, 17 juin, deux heures après midi (cilé par von OUech, 1041 — Ainsi, seize heures après avoir décidé sou mouvemeut sur Wavre, et bien que des circonstances inespérées imposassent une jonction avec .les Anglais, Gneiseneau ne s'attribuait nullement l'idée de cette reprise d 'oirensive et déclarait même qu'il ne s'y prêterait que sous conditions.

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