Gourgaud, Journal de Sainte-Hélène, I
« rance que Grouchy manœuvrerait pour s'opposer à une « marche de flanc des Prussiens; mais il nous semble que « pour lui donner une pareille interprétation, il fallait y « voir ce qui n'y était pas ; car pour s'opposer à n'importe « quel mouvement des Prussiens, il aurait fallu com- « mencer par les joindre, et Grouchy ne disait même pas « qu'il y eût réussi. »
Mais dans sa lettre Grouchy disait textuellement : « Si la masse des Prussiens se retire sur Wavre, je les suivrai dans cette direction afin qu'ils ne puissent gagner Bruxelles et de les séparer de Wellington. » C'était bien là «une assurance». Et cette assurance Grouchy aurait pu la justifier, puisque M. Grouard (p. 188, 191) reconnaît, comme moi, que si le maréchal avait marché le 18 juin, de grand matin, sur Mousty et Oltignies, « les résultats la journée pouvaient être entièrement transformés ».
D'ailleurs, si l'on se reporte à mes pages 283 et 324, incriminées par le colonel Grouard, on verra qu'après avoir dit que la promesse de Grouchy et les renseignements transmis par lui étaient bien faits pour rassurer l'empereur, j'ajoute que Napoléon aurait dû, néanmoins, suspecter l'exactitude de ces renseignements et pressentir les difficultés qu'aurait Grouchy à tenir sa promesse.
Page 346, lignes H à 14 : Il était environ une heure et demie... Depuis UQ quart d'heure ou une demi-heure, la batterie de 80 pièces tirait à coups précipités.
Le colonel Grouard (p. 154) veut que la grande batterie ait ouvert le feu dès midi; et il fonde cette opinion : 1° Sur mon assertion de la page 300 qu'à midi on entendait à Walhain la canonnade de Mont-Saint-Jean. « Ce n'est pas, « dit-il, les quelques pièces employées àHougoumont qui « pouvaient produire un pareil fracas. » 2" Sur le récit de Napoléon où il est dit que la grande batterie commença le feu à midi.
Je réponds : 1° Pour l'attaque et la défense de Hougoumont, il n'y avait pas que « quelques pièces employées ».
Il y eut successivement deux et peut-être trois batteries de Reille, les deux batteries de Kellerman, et trois batteries, puis deux ou trois autres de la droite anglaise; soit environ dix batteries, la plupart à 8 pièces.
2° Napoléon dit en effet {Mém. pour servir à V histoire, (143) que la grande batterie commença le feu à midi, mais c'est par une erreur de mémoire, car il a dit précédemment (137) (( qu'avant de donner le signal, il voulut jeter un regard sur le champ de bataille » (avant que la fumée de la canonnade ne limitât la vue) et qu'il aperçut des troupes dans la direction de Saint-Lambert. Or c'est à une heure seulement que l'empereur aperçut ces troupes, puisqu'il n'en est pas fait mention dans la lettre de Soult à Grouchy, écrite à u)ie heure, et qu'il en est parlé, au contraire, dans le post-scriptum de cette lettre, écrit peu après ime heure.
Je maintiens donc que la grande batterie ouvrit le feu vers une heure.
Page 350 : les IIollando-Belges (de Bylandt) lâchent pied, repassent en désordre les liaies du chemin d'Ohain.
M. le colonel de Bas. de l'armée hollandaise (p. 1195-1196), se fonde sur un rapport officiel des Archives militaires des Pays-Bas pour m'objecter : 1° que la brigade Bylandt n'était pas établie en avant du chemin d'Ohain ; 'i^ qu'elle ne lâcha pas pied en désordre, mais qu'elle rétrograda de cent à deux cents mètres.
J'oppose à ces assertions le rapport du général Kempt à Wellington, du 19. juin iSio, et les lettres écrites au capitaine Siborne par des officiers des 28^ 32% 19" et 92' anglais. Il ressort de ces divers documents : 1° que les Anglais de Kempt et de Pack, se trouvaient en seconde ligne, en arrière du chemin, tandis que la brigade Bylandt était déployée en première ligne, à la hauteur du bataillon du 9o* qui occupait la Sablonnière, soit en avant du che-' min; 2" que cette brigade, à l'approche des colonnes
françaises, se retira en mauvais arroi^ — Que d'ailleurs, comme le dit M. le colonel de Bas, les soldats de Bylandt se soient vite ralliés et aient concouru à la contre-attaque des Anglais, je le crois volontiers. Je suis si loin de toute prévention contre l'armée belge ou l'armée hollandaise que les journaux de Bruxelles ont constaté, quand a paru Waterloo, que, le premier de tous les historiens français, j'ai exposé la part importante prise à la campagne de 1815 par l'état-major et les troupes hollando belges.
Page 485, lignes 24à 27: Napoléon eût occupé Bruxelles... et combiné quelque marche foudroyante contre l'une ou l'autre des deux armées ennemies.
M. Navez (pp. 7, 9) convient que l'empereur pouvait vaincre Wellington et Blïicher si, battant en retraite sur des lignes divergentes ils s'offraient isolément à ses coups. Mais il objecte qu'au cas où les Quatre-Bras et Sombreffe eussent été occupés dès le 15 juin au soir, ces deux généraux se seraient retirés si loin de l'armée française que celle-ci n'aurait pu suivre ni l'un ni l'autre, et qu'ils auraient attendu dans une complète inaction que l'entrée en France des armées austro-russe eût contraint Napoléon k repasser la Sambre.
Comment Wellington, à moins de rembarquer son armée à Anvers ou de se replier en Hollande, aurait-il pu éviter une bataille contre Napoléon? Quant à Blucher, peut-on admettre qu'il se fût résigné, lui si ardent et si présomptueux, à ramener ses 117 000 Prussiens à Liège ou à Aix-la-Chapelle et à attendre là, pendant quinze jours et plus, que l'entrée en ligne des Austro-Russes rappelât les Français en France. Bien plus vraisemblablement, Wellington et Blïicher, séparés le 15 juin par la manœuvre de Napoléon, auraient cherché à se réunir au nord de
1. Rapport de Kempt, Genappe, 19 juin. Supplementary der petitry of Wellington, X, 534). Waterloo LeUen, 349, 361, 382, etc. — Cf. Siboriie, Histonjof iVor, H, 5, 7, qui rapporle (ju'uue coinpa^uie de grcuadieis du 'iS" anglais fui culbutée par des Belges eu fuile.
Bruxelles ou à l'est de cette ville, à Tirlemont par exemple, comme cela avait été convenu à la fin de mars entre le prince d'Orange et le général Kleist^ C'est pendant ces marches de concentration qu'ils auraient offert à Fempereur l'occasion d'une victoire et peut-être de deux. C'était, en tout cas, ce que supposait Napoléon puisque le 16 juin, au matin, son plan était d'aller occuper Bruxelles-.
M. Navez dit encore qu'il ne s'agissait pas pour l'empe- 1 reur d'éloigner les armées qui lui étaient opposées, mais " de les « écraser » et de « les écraser sans délai ».
Cela est évident, mais Napoléon, tout Napoléon qu'il était, ne pouvait avec une seule armée « écraser » deux armées réunies. Et c'est précisément pour cela qu'il cherchait d'abord à éloigner ces deux armées l'une de l'autre afin de se trouver ensuite à même de les « écraser » l'une après l'autre.
Pages 503, ligne 33 à 504, ligne 1 : Groiichy... ne devait pas hésitera entreprendre cette marche (par la rive gauche de la Dyle).
Tout en reconnaissant que ce mouvement « aurait pu « changer considérablement les choses », le général von Lettow-Vorbeck dit : « Mais cette idée n'aurait pu venir à « Grouchy parce que cette marche eût été juste le contraire « des ordres qu'il avait reçus. »
Je ne comprends pas. Les ordres écrits de l'empereur à Grouchy étaient textuellement de suivre les Prussiens et de savoir s'ils avaient pour objectif de se réunir aux Anglais^. Mais comme Grouchy avait avec lui, non un parti de cavalerie, mais une armée de 33000 hommes, il est évident que Napoléon lavait chargé, non d'un service