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Las Cases, Mémor., Il, i76. CL iMontholon Récits

d'Empire. En disgrâce sous Louis XVIII, Grouciiy fut envoyé à Lyon, le 31 mars, pour combattre le duc d'Angoulême. Promu maréchal à la suite de cette couite et facile campagne, il fut mis à la tête de l'armée des Alpes, puis rappelé à Paris le 8 mai. L'empereur comptait lui donner les quatre corps de cavalerie de l'armée du Nord. C'est comme commandant en chef de la cavalerie que Grouchy entra en Belgique le 15 juin. Pour son malheur, il allait, dès le lendemain, être chargé d'un commandement plus important encore.

Le choix d'un major-général préoccupait beaucoup l'empereur. Par qui pourrait-il remplacer Berlhier? Le prince de Wagram n'était ni un capitaine, ni un organisateur, ni un esprit élevé ; mais il possédait des connaissances techniques étendues, et il avaif porté à la centième puissance les qualités d'un bon commis. Infatigable, consciencieux, diligent, prompt à saisir les ordres les plus compliqués, habile à les traduire dans tous leurs détails avec une exactitude, une précision et une clarté parfaites, ponctuel enfin à les transmettre au moment déterminé, il avait été pour Napoléon un instrument accomplie Avec lui, l'empereur était tranquille: les ordres étaient rédigés de telle sorte que ceux qui les recevaient

1. Il va sans dire qu'un major-général, en certains cas véritable chef des armées, doit avoir les qualités de conception et de commandement direct qui manquaient compiclement à Berlhier, mais dont, lui, n'avait pas besoin. Autre chose est d'être chef d'état-major de Guillaume I»'' comme Moltke, et chef d'élat-major de Napoléon.

n'avaient aucun doute ni aucune hésitation sur la façon de les exécuter. Et ces ordres arrivaient toujours, Berthier dût-il faire porter chacun, s'il le croyait prudent, par huit officiers prenant huit routes différentes \ On disait Berlhier alfaihli de corps et d'esprit. En 1814, cependant, sa correspondance témoigne que sa plume avait gardé son activité et sa lumineuse précision. L'empereur, qui se souvenait des services du prince de Wagram pendant la dernière campagne, le regrettait et ne désespérait pas de le voir rentier en France. « — Cette brute de Berthier! disait-il à Bapp, il reviendra. Je lui pardonne tout, mais à la condition qu'il mettra son habit de garde du corps pour paraître devant moi\ »

Berthier, en effet, voulait rentrer en France^. Il n'était pas allé à Gand. Dès le 24 mars, il avait pris congé de Louis XVIII, à Ostende, et était venu rejoindre sa femme et ses enfants au château de Bamberg, dont son beau-père, le duc Guillaume, frère du roi de Bavière, avait la jouissance \ Le 3 avril, il

1. La veille de la bataille d'Eylau, un seul de ces huit officiers arriva au quarliergétiéral de Bernadutte. — Ce fait est rapporté par l'intendant-général Denniée. (Cité par Pierron, Méthodes de Guerre. Il, 1531.)

2. Rapp, Àlém., 343. Cf. MoUien. Mém., IV, 199 : « L'empereur regrettait de ne plus avoir Berthier. « C'était, disait-il, le meilleur des majors-généraux. Il saisissait mieux que tout autre toutes mes pensées, tous mes plans, et les faisait mieux comprendre aux chefs de corps. » Il en parlait sans amertume et disait seulement : « Je voudrais le voir en capitaine des gardes du corps. »

L'empereur ordonna le 10 avril seulement (Corresp., 21 790), c'est-à-dire quand il n'était plus probaljle que Berthier revint en France, de le raver de la liste des maréchaux. Son premier ordre, du id mars, sur les radiations ne concerne que Marmont, Augereau, Victor, Gouviou Saint-Cyr et Oudinot. (Lettre à Davout. 27 mars. Arch. nat. AF. IV, 907.)

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