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LA PRISE DE CHARLEROI

pont à la baïonnette. Reille fit aussitôt déboucher le 2^ corps, mais le pont étant étroit, les quatre divisions et la cavalerie n'eurent achevé leur mouvement qu'au milieu de l'après-midi. Le 1" corps, qui suivait le corps de Reille, ne commença de traverser la Sambre qu'à quatre heures et demie ^

Pajol, lui aussi, fut retenu longtemps devant la rivière. Arrivé entre neuf et dix heures à la tête du pont de Charleroi, le l"" hussards tenta un hurrah. Cette vive attaque échoua sous le feu nourri des tirailleurs embusqués dans les maisons et derrière la barricade. Pour forcer la position, il fallait de l'infanterie. Pajol se résigna à attendre le corps de Vandamme dont il se croyait suivi à courte distance. Comme on sait, ce corps d'armée avait levé ses bivouacs quatre heures trop tard. Vers onze heures, Pajol vit arriver non point Vandamme, mais l'empereur lui-même avec les marins et les sapeurs de la garde et la jeune garde de Duhesme. Informé du retard de Vandamme, Napoléon avait envoyé l'ordre à la division Duhesme de quitter son rang dans la colonne centrale pour se porter à vive allure vers Charleroi par un chemin de traverse. Sapeurs et marins s'élancèrent sur le pont et déblayèrent la barricade, ouvrant le passage aux escadrons de Pajol. Les Prussiens s'étaient déjà retirés. Les cavaliers, gravissant au grand trot la rue escarpée et sinueuse qui traverse Charleroi du sud au nord, les poursuivirent jusqu'à la bifurcation des deux routes. Pajol détacha le l^"" hussards sur la route de Bruxelles pour éclairer la gauche et s'engagea avec-

I. Reille à Soult, Gosselies. 11 juiu, 9 heures du soir. Relation de Reille. D'Erlon à Soult, Marchienne, 15 juin, 4 heures et demie du soir. Notes de Pajol. (Arch. Guerre.) Damitz, 1, 64. Wagner, IV, 12.

le gros de sa cavalerie sur la route de Fleurus pal laquelle les Prussiens débusqués de Gharleroi opé-j raient leui' retraite \

Il était un peu plus de midi^ L'empereur acclam( par les habitants^ traversa Gharleroi. Il s'arrêta ai pied des glacis éboulés \ à quelque cent mètres ei deçà de l'embranchement des routes de Bruxelles| et de Fleurus, près d'une petite guinguette appelée la Belle-Vue. De là, on dominait toute la vallée de la Sambre. Il descendit de cheval, se fit apporter! une chaise de la Belle-Vue et s'assit au bord de h route. Les troupes défilaient. En l'apercevant, cavaliers et fantassins poussaient des vivats qui couvraient les roulements des tambours et les éclats des trompettes. L'enthousiasme tenait de la frénésie; des soldats sortaient des rangs « pour embrasser 1( cheval de leur empereur^ ». Selon un témoin, Napoléon s'assoupit bientôt, et le bruit des acclamations

1. Notes de Pajol sur la journée du 15 juin, (Arch. Guerre.) Gourgaud, 44. Napoléon, Ji/e')»., 79. Damitz, I, 63-16. Journal manuscrit de Gourgaud. {Communiqué par le vicomte de Grouchy.)

2. Les notes de Pajol et le Bulletin de Vannée [Moniteur, 18 juin) concordent sur l'heure où Pajol, que l'empereur suivait de prés, traversa Gharleroi ; midi. Les documents allemands disent : onze heures et demie.

3. Napoléon, Corresp., 22Ù55. Récit de VAmbigfi, de Londres, LU, 422. Traditions locales. — A Gharleroi. les Piussiens s'étaient rendus odieux.

4. Les fortifications de Gharleroi qui dataient du .wn" siècle avaient été démantelées pendant les guerres de la Révolution.

5. Merode-VVesterloo, Mem., 1, o48. Notes manuscrites du colonel Baudus (comm. par M. de Mouteiion). Traditions locales.

La Belle-Vue a été démolie il y a une quinzaine d'années. Elle se trouvait à la gauche de la route, à environ 150 mètres au sud du point où est aujourd'hui le passage à niveau du Grand-Central-Belge.

l'entrevue de napoléon et de ney. 121

ne put le réveiller \ Ce court instant de sommeil lia rien qui surprenne si l'on songe que ce jour-là, à midi, l'empereur était resté sept ou huit heures à cheval, et si Ton se rappelle qu'il avait le don de dormir quand il le voulait et qu'il profitait souvent de cette faculté, même sur le champ de bataille.

Gourgaud, qui avait accompagné le l®' hussards sur la route de Bruxelles, revint, vers deux heures, annoncer que les Prussiens se montraient en forces à Gosselies. L'empereur le dépêcha aussitôt à Marchienne, av.ec Tordre pour le général Reille de marcher sur Gosselies. Inquiet néanmoins pour sa gauche jusqu'à l'exécution de ce mouvement, il fit établir sur la route de Bruxelles, à deux kilomètres de Charleroi, un des régiments de jeune garde de Duhesme et une batterie à cheval. Peu après, il donna l'ordi-e à Lefebvre-Desnoëttes de se porter au soutien du l"' hussards avec la cavalerie légère de la garde (lanciers et chasseurs), et il dicta à Soult une lettre pour d'Erlon , enjoignant à celui-ci de marcher sur Gosselies afin de seconder Reille -. Cette lettre venait d'être expédiée, — il était un peu plus de trois heures, — quand survint le maréchal Ney^.

■ 1. Notes précitées du coloael Baudus. — Baudus était alors commandant, attaché à l'état-major du major-général. Il se trouvait ainsi eu situation de bien voir les clioses.

2. Journal manuscrit de Gourçaud. Notes de Pajol. (Arcli. Guerre.) Soult à d'Erlon, en avant de Charleroi, 15 juin, 3 heures. (Registre du major- général.) Cf. Napoléon, Mém., 80-81. Gourgaud, Camp de 1815, 45-40.

3. La ([ueslion, très importante, de l'heure où Ney rejoignit l'empereur, a suscité des innombrables discussions. Heyraès [Relation, G) dit : sept heures. Pajol (Notes sur la journée du 15 juin. Arch. Guerre) dit : midi. Gamot (lettre rectificative, Annales militaires, octobre 1818) dit : dans l'api'ès-midi . Tous les historiens disent : de quatre à cinq heures.

De l'ensemble et de la concordance des témoignages cités ci-après, il est hors dé doute que l'entrevue de Ney et de l'empereur eut lieu entre trois heures et trois heures et quart au plus tard, peut-être même vers deur. heures et demie :

1° Gourgaud (Journal manuscrit) dit que Ney prit le commandement avant l'attaque de Gosselies ;

Arrivé le 13 juin à Avesnes, en poste, sans ses chevaux et avec un seul aide de camp, Ney n'avait — , trouvé, le lendemain, qu'une carriole de paysans 4|! pour aller à Beaumont. Là, dans la matinée du 15, il avait acheté deux chevaux au maréchal Mortier, rendu impotent par une sciatique soudaine, et avait piqué sur Charleroi en longeant les colonnes. Les soldats le reconnaissaient ; ils paraissaient heureux de le revoir, « Ça va marcher ! criaient-ils, voilà le rougeaude »

L'empereur, qui voulait aussi que « ça marchât », dit au maréchal : « — Bonjour, Ney. Je suis bien aise de vous voir. Vous allez prendre le commandement des 1" et 2® corps d'armée. Je vous donne aussi la cavalerie légère de ma garde, mais ne vous en servez pas. Demain vous serez rejoint par les cuirassiers de Kellermann. Allez, poussez l'ennemi

2" Gourgaud (Campagne de iSIS, 46) dit que le maréchal Ney arriva près de l'empereur au moment où le corps de Reille se portait de Marchienne sur Gosselies ;

3° Roiilc (Relatiou, Arcli. Guerre) dit que Ney vint prendre le commandement du i' corps quand ce corps d'arniOe, ayant débouché de Jumet, marchait sur Gosselies ;

4» Ney lui-mûmc (lettre au duc d'Otranto, 20 juin. Journal de l'Empire, du 29 juin) dit qu'il arriva à Charleroi au nionienl où l'ennemi se repliait sur Gosselicset ([ue liienlùl a|)r6s il poussa l'ennemi et l'obligea d'évacuer Gosselies.

Or, de la guinguette de la Belle-Vue, point où Ney rencontra l'empereur, jusquà l'intersection du chemin de Jumet et de la grande route (point où vraisemblablement Nej rejoignit Reille), il y a 5 kil. 500 mètres. Pour faire ce trajet, Ney dut mettre environ une demi-heure. 11 put donc rejoindre Reille avant quatre heures. C'est en ellet avant quatre heures (|ue, d'après le témoignage des auteurs allemands et hollandais, l'altaque de Gosselies commença. (Damitz, 1, 67, Reiche, 11, 410, von Ollech, 101, Treuënfeld, 103 et 128, van Lôbén, 123. Cf. Clausewitz. 30, Plotho. 30, Wagner, IV, 14, etc.)

Un mot encore pour prouver le peu de véracité d'Heyraès. A l'entendre. Ney dut quitter Beaumont vers onze heures. Si donc il n'était arrivé à Charleroi qu'à sept, il aurait mis huit heures pour faire 20 kilomètres ! lui, un cavalier avec un cheval tout frais, lui Ney, quandle canon grondait!

1. Lettre de Ney au duc d'Olrante, 20 juin. Heymès, Relation, 0). — Ou a vu (ISl.")), Il, 53-34) que Ney fut appelé à l'armée seulement le 11 juin, l'einpereur ne s'éiaul déterminé qu'au dernier moment à lui douner un commandement.

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