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L ENTREVUE DE NAPOLÉON ET DE NEY

sur la route de Bruxelles et prenez position aux Quatre-Bras*. »

Sur le terrain, en présence de Tennemi, le beau plan stratégique conçu à Paris par Napoléon se précise et se développe. Il comptait seulement, dans cette première journée, se porter sur le point de jonction présumé des deux armées alliées de façon à les y devancer. Maintenant, puisque ses adversaires lui en laissent le temps, il va étendre son champ d'action et les mettre dans l'impossibilité de se réunir. Le gros des Anglais venant de Bruxelles et le gros des Prussiens venant de Namur, les deux armées doivent nécessairement opérer leur jonction par la chaussée de Namur à Nivelles qui passe à SombrefTe et croise aux Quatre-Bras la route de Gharleroi à Bruxelles. L'empereur veut donc porter son aile gauche aux Quatre-Bras et son aile droite à Sombreffe ^ Lui-même, avec sa réserve,

1. Ce senties paroles mêmes d'Heymès Relation. 6-7), — sauf les derniersmots relatifs aux Quatre-Bras que l'aide de camp de Ney, dans une brochure écrite uniquement pour la justification du maréchal, a naturellement oublié de mentionner. Mais Gourgaud {Camp, de 1813, 46) et Napoléon {Mém., 81) disent positivement que Ney reçut le 15 juin l'ordre de marcher sur les (Juatre-Bras. Dans une conversation rapportée par Gourgaud [Journal, 1, 302 , l'empereur dit aussi : • Oui pouvait penser que Ney, qui me parla devant vous de l'importance des Quatre-Bras, négligerait d'occuper cette position? • Pour confirmer les dictées et les paroles de Sainte-Hélène sur ce point, il y a un témoignage important et un document décisif:

1° Grouchy {Observations sur la camp, de 1815, édition de Philadelphie, 1818, p. 32) dit que l'empereur, en sa présence, blâma la conduite de Ney « qui avait suspenilu le 13 le mouvement de ses troupes au lieu d'exécuter les ordres qui lui prescrivaient de se porter aus Quatre-Bras ».

2» Le Bulletin de l'Armée, « Gharleroi, 13 juin au soir • {Moniteur du 18 juin), porte :

• L'empereur a donné le commandement de la gauche au prince de la Moskowa, qui a eu ce soir son quartier général aux Quatre-Cheinius (Quatre-Bras), sur la route de Bruxelles. »

Ce dernier document, qui est péremptoire, me parait devoir clore toute discussion.

2. Grouchy dit positivement et à plusieurs reprises {Relation succincte, 13, et Appendices, IV, 32 et VII, 12 : déclaration de l'aide de camp Bella et notes sur les lettres de Jomini) que Napoléon lui donna non seulement verbalement, mais par écrit, l'ordre de poursuivre l'ennemi au delà de Fleurus et de Sombrefl'e, et même

s'établira à Fleurus, sommet du triangle formé par ces trois points, prêt à fondre, le lendemain, sur celle des armées ennemies qui s'approchera la première. Si toutes deux se dérobent, il gagnera Bruxelles sans tirer un coup de canon.

GroQchy arriva comme Tempereur achevait de donner ses instructions au maréchal Ney, qui partit sur-le-champ. Grouchy était parvenu une heure auparavant, avec les dragons d'Exelmans, au pont de Charleroi oii défilait encore la jeune garde; impatient de rejoindre son 1" corps de cavalerie, qu'il supposait engagé, il avait devancé la colonne et s'était porté à Gilly en un temps de galop. Après avoir reconnu cette position, il venait demander des ordres à Tempereur. Celui-ci monta aussitôt achevai, voulant se rendre compte par lui-même. Il était trois heures passées ; les dragons d'Exelmans avaient fini de déboucher à la suite de la garde, et la tète de colonne de Vandamme entrait dans Charleroi '.

Le général Pirch II avait établi sa division en arrière de Gilly, le front couvert par le ruisseau

de pousser des reconnaissances sur Gembloux. Celte assertion est confirmée par la lettre de Grouchy à Napoléon, Fleurus, 16 juin, o heures du malin (Arch. Guerre) : « Je réunis en ce mojnent mes troupes pour exécuter vers Sombrelîe le mouvement que V. M. a prescrit. »

Donc, malgré les dénégations de Napoléon dans la f[uinzième de ses Notes sur l'Art delà guerre, du général Rognial, il est certain que son objectif était d'occuper Sombreffe le soir du 15 juin.

« Si l'on avait occupé Sombreffe, dit l'empereur dans cette note dictée à Sainte- Hélène, cela aurait fait manquer toutes les manœuvres, car la bataille de Ligny n'eût pas eu lieu. » Mais, ainsi que je le démontrerai plus loin parles lettres mêmes de l'empereur, une bataille à Ligny était absolument hors de ses prévisions le soir du 15 et môme le malin du 16. Par conséquent, il ne pouvait vouloir manœuvrer, comme il l'a prétendu à Sainte-Hélène, pour amener une concentration des Prussiens sur ce point.

1. Grouchy, Observât, sur la Camp, de 1815, 61. Cf. Mêla tion succincte, 11, où Grouchy dit que les dragons débouchèrent avant le corps de Vandamme, et le Bulletin de l'armée (Moniteur, 18 juin) oîi on ht que le corps de Vandamme déboucha à l7'ois heures.

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boueux du Grand-Rieux. Quatre bataillons et une batterie occupaient les pentes des hauteurs boisées qui dominent le vallon depuis l'abbaye de Soleillemont jusqu'à Chatelineau ; trois autres bataillons se tenaient en réserve près de Lambusart ; un régiment de dragons observait la Sambre, de Cliatelet à Farciennes*. Trompé par l'extension de cette ligne de bataille, extension qui avait précisément pour but d'imposer aux Français, Grouchy évaluait les forces de l'ennemi à une vingtaine de raille hommes ^. L'empereur jugea au premier coup d'oeil qu'il y en avait tout au plus dix mille. Il arrêta avec Grouchy, investi verbalement du commandement de l'aile droite % les dispositions d'attaque. Une des divisions de Vandamme, secondée par la cavalerie de Pajol, aborderait l'ennemi de front, tandis que Grouchy le prendrait de flanc, en passant à gué le ruisseau, près du moulin Delhatte, avec les dragons d'Exelmans. On poursuivrait alors les Prussiens jusqu'à 5ombrefl"e oii l'on prendrait position \

Ces ordres donnés, l'empereur regagna Charleroi afin de presser la marche du corps de Vandamme °. [1 eût mieux valu qu'il restât à Gilly. En son absence, Vandamme et Grouchy mirent deux heures ï combiner leur attaque. Vers cinq heures et demie,

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