II. Départ de Napoléon pour Fleurus (neuf heures et demie
III. Concentration de l'armée prussienne au nord du ruisseau de Ligny. — Immobilité de l'armée anglaise dans la journée du
15 juin. — Le bal de la duchesse de Richraond (nuit du 15 au
16 juin).
IV. Arrivée de Wellington aux Qiiatre-Bras (16 juin, dix heures). — L'entrevue de Wellington et de Blûcher au moulin de Bussy, près Ligny (une heure après midi).
L'occupation de Sombreffe et des Quatre-Bras dans la soirée du lo juin ne s'imposait que comme complément de la belle opération stratégique conçue par Napoléon. Que Grouchy et Ney n'eussent pas pris possession de ces deux points, c'étaient seulement des contre-temps^Le but essentiel du mouvement de l'armée française, qui était de se porter, dès le premier jour, sur la ligne de contact des Anglais et des Prussiens, n'en était pas moins atteint\Presque sans coup férir et malgré des retards dans la marche de plusieurs colonnes, l'empereur avait passé la Sambre, fait sept lieues sur le territoire ennemi et
établi son armée au centre des cantonnements des Alliés. Il avait 124 000 hommes bivouaques dans un triangle de trois lieues de côtés ^
L'ennemi paraissait en désarroi. De toute la journée, on n'avait pas aperçu un uniforme anglais. Les Prussiens n'avaient montré de masses nulle part ; ils avaient faiblement disputé les passages de la Sambre, et leur défense peu opiniâtre, quoique
1. Positions de l'armée française dans la nuil du 13 au 16 juin :
AILE DROITE : GBOLCHY
Quartier général de Grouchy à Campiuaire.
Corps de cavalerie de Pajol et d'Exelmans entre Lambusart et Campinaire.
Cuirassiers de Milhaud sur la rive droite de la Sambre.
3^ corps (Vaudamme) : La droite en avant de Winage, la gauche dans le bois de Soleillemont (ou bois de Fleurus).
4' corps (Gérard^ : Division Hulot à Chatelineau. Divisions Pécheux, Vichery et Berthezène à Châlelet. Cavalerie de Maurin à Roussieux.
(Grouchy à Soult, Campinaire, 16 juin, 3 heures du matin. Vandamme à Soult, La Cens de Fontenelies, 1.5 juin, 10 heures du soir. Soult à Delort, Charleroi, 15 juin (au soir). Gérard à Soult, Châlelet, 13 juin (au soir). (Arch. Guerre.)
AILE GALCHE : NEY.
Quartier général de Ney à Gosselies.
Division de cavalerie de la garde de Lefebvre-Desnoëtles à Frasnes.
2' corps (Reille) : Division Bachelu à Mellet. Divisions Foy et Jérôme Bonaparte à Gosselies. Division Girard à Wangenies. Cavalerie de Pire à Mellet.
P"" corps (d'Erlon) : Division Durutte et Donzelot entre Jumet et Gosselies. Division Marcognel a Marchienne. Division AUix à Thuin. Cavalerie de Jacquinot : 1" brigade à Jumet ; 2° brigade à Sobray.
Cuirassiers de Kellermann encore à l'aile droite, au nord de Chatelineau.
(Lefebvre-Desnoëlles à Ney, Frasnes, 16 juin à 5 heures et demie du malin. Ney à Soult, Gosselies, 16 juin, 7 heures du malin. Girard à l'.eille, Wangenies, 15 juin, 11 heures du soir. (Papiers de Gourgaud, Arch. de la famille.) Relation de Reille. D'Erlon à Soult, Marchienne, 13 juin, 4 heures du soir, et Jumet, 13 juin [au soir]. (Arch. Guerre.)
RÉSERVE : l'empereur
Quartier-impérial à Charleroi.
Jeune garde à Gilly.
Vieille garde à pied et division de cavalerie de la garde de Guyot, entre Gilly et Charleroi.
Grand parc en arrière de Charleroi.
6" corps (Lobau) sur la rive droite de la Sambre.
(Gourgaud. Camp. Je 1815, .51, Lobau à Soult, sur la hauteur en avant de Jamioulx, 13 juin, 8 heures du soir. (Arch. Guerre.) Relation manuscrite du général Petit. (Collection Morrison, de Londres.) (Notes du capitaine de Stuers des chasseurs à pied de la garde (comm. par M. de Stuers).
habile et vaillante, de Gilly et ae Gosselies, semblait avoir eu pour objet bien plutôt de protéger une retraite que de couvrir une concentration.
Quand l'empereur, rentré à la nuit à Charleroi^ eut pris connaissance des rapports de Grouchy et de Ney-, il s'imagina donc que les Alliés, déconcertés par son agression imprévue, se repliaient vers leurs bases d'opérations, les Prussiens du côté de Liège et de Maëstricht, les Anglo-Belges du côté d'Anvers. La direction de retraite des avant-postes prussiens, de Thuin sur Marchienne, de Fontaine-L'Evêque et de Marchienne sur Gosselies, de Charleroi et de Gosselies sur Fleurus, était de nature à confirmer cette présomption. Si les Prussiens avaient manœuvré dans le dessein de se réunir aux Anglais, ils se seraient retirés vers le nord : ils avaient battu en retraite vers le nord-est, découvrant la route de Bruxelles. La résolution que Napoléon, jugeant sur les apparences, prêtait à Blûcher et à Wellington, lui assurait la victoire. Plus les armées alliées s'éloigneraient l'une de l'autre, plus il deviendrait facile de les battre. Autre chose était d'attaquer les Anglais quand les Prussiens se trouvaient à une marche de
1. L'empereur avait quitté le champ de bataille vers htiit heures, quand il avait vu l'ennemi en pleine retraite. Rentré à Cliarleroi,dans l'hôtel d'un maître de forges nommé Puissant, où était établi le quartier-impérial, il s'était jeté sur son lit pour quehjues instants en attendant les rapports. (Napoléon, Corresp.. 22 055. Cf. Gourgaud, 50.) — L'hôtel de Puissant existe encore avec sa décoration intérieure de style Empire. Il est situé sur la rive droite de la Sarabre.
2. Gourgaud, Camp, de 1815, 50. Journal manuscrit de Gourgaud. {Comm. par le vicomte de Grouchy.)
Le rapport de Grouchy, Campinaire, 10 heures du soir (Arch. Guerre) dut être transmis au quartier-impérial vers onze heures. Quant à celui de Ney, écrit à Frasnes, ou plus vraisemblablement à Gosselies entre neuf et dix heures, il dut arriver vers minuit. — On pouvait douter que Ney eût envoyé un rapport le soir du 15 juin, car il n'y en avait aucun témoignage. Mais une lettre de Ney du 16 juin, 7 heures du matin, qui se trouve dans les papiers de Gourgaud (Arch. de la famille) porte : « Le premier corps est à Julmet {sic). Mon rapport d'hier en fait mention. » il n'y a donc plus aucun doute.
;eux-ci, et autre chose si ^Yellington et Blucher liaient séparés par dix ou quinze lieues.
L'empereur arrête son plan dans la matinée du 6 juin, vraisemblablement à six heures, peut-être )lus tôt^ Avec Grouchy et Faile droite', il se porera sur Sombrefîe et Gembloux. Si un corps prusien se trouve encore dans l'une ou l'autre de ces positions, il l'attaquera. Le terrain ainsi reconnu ou éblayé à l'est, il rappellera sa réserve, provisoirement postée à Fleurus, et rejoindra avec elle Ney et 'aile gauche aux Quatre-Bras. De là, il marchera Isur Bruxelles par une étape de nuit. 11 compte que la tête de colonne pourra arriver à Bruxelles le 17 juin, à sept heures du matin^.