Napoléon, Mém., 93-94. Cf. Gourgaud
2. Soult à Ney, en avant de Fleurus, 16 juin, 3 heures un quart. (Registre du major-général. Bibliolh. Nationale, Mss. F. Fr. 4366.) Soult ajoutait : « L'ennemi est pris eu flagrant délit au moment où il veut se réunir avec les Anglais. » — C'était une fau=;e interprétation. Les Pnissiens attendaient un appui des Anglais, mais ils in manœuvraient nullement pour se réunir à eux.
lui ^ L'empereur fit réflexion que ces 20000 hommes pourraient faire une défense assez tenace pour empêcher le prince de la Moskowa d'opérer à temps le mouvement contre l'armée prussienne. Sa belle combinaison tactique risquait d'avorter. Il ne se flattait pas, comme on l'en a blâmé à tort, de gagner deux batailles le même jour. L'important pour lui, ce n'était point de remporter une demi-victoire sur Blûcher et une demi-victoire sur Wellington ; c'était de contenir les Anglais et d'exterminer les Prussiens. L'empereur pensa que pour contenir les Anglais il suffirait à Ney du seul corps de Reille, et que pour tourner la droite de Bliicher il suffirait du seul corps de d'Erlon. 11 résolut de faire exécuter par ce général, dont il supposait avec raison que les troupes n'étaient pas encore engagées, le mouvement décisif précédemment prescrit à Ney. En conséquence, il envoya directement au comte d'Erlon l'ordre de se porter avec son corps d'armée en arrière de la droite de l'armée prussienne. Il va sans dire que le porteur de cet ordre adressé à d'Erlon devait aussi le communiquer au maréchal Ney ^.
1. Lobau à Napoléon, en avant de Charleroi, 16 juin. {Arch. Guerre. Armée du Nord.) — Cette lettre n'a pas d'indication horaire; mais, d'après ce qui est rapporté de l'état des affaires au moment où Janin quitta Frasnes, celui-ci dut en partir vers midi et demi. Au traùn moyen de 10 kilomètres à l'heure, il dut être de retour à Charleroi (à la fourche des routes de Bruxelles et de Fleurus) vers detix hewes. C'est donc vers deux heures que Lobau envoya sa lettre à l'empereur, laquelle dut arriver a Fleurus, entre trois heures et quart et trois heures et demie.
Sur la mission de Janin, voir 1815, 11, 143. — Quand Janin quitta Frasnes, vers midi et demi il n'y avait pas 20 OOu ennemis aui Qualre-Bras. Il y eu avait 7 000 à peiae. Mais la grande extension du front des Hollandais avait trompé cet officier.
2. « ...Au moment où l'affaire était fortement engagée sur toute la ligne, l'empereur m'appela et me dit : • J'ai envoyé au comte d'Erlon l'ordre de se diriger avec tout son corps d'armée en arrière de la droite de l'armée prussienne. Vous allez porter à Ney le duplicata de cet ordre, qui a dû lui être communiqué. Vous lui direz que, (juclle que soit la situation où il se trouve, il faut absolunieiH que cet ordre soit exécuté, que je n'atlache pas une grande importance à ce qui se passera aujourd'hui de son côté ; que l'affaire est toute où je suis, car je veux eu Cuir avec
En même temps, l'empereur, voulant avoir toutes ses forces dans la main, fit écrire à Lobau, maintenu provisoirement à Gharleroi, démarcher sur Fleurus\
La bataille était engagée. Vers trois heures, trois coups de canon tirés à intervalles égaux par une batterie de la garde ont donné le signal de l'attaque ^ Sans daigner préparer l'assaut par son artillerie, Vandamne lance contre Saint-Amand la division Lefol. Sur l'air : La victoire en chantant, joué par la musique du 23% la division s'avance, formée en trois colonnes, précédées chacune d'un essaim de tirailleurs. Devant le front ennemi, le terrain, dépourvu de tout arbre, de toute haie, forme une nappe de blés mûrissants, hauts déjà de quatre à cinq pieds. La
Tarmée prussienne. Quant à lui, il doit, s'il ne peut faire mieux, se borner à contenir l'armée anglaise. • (Colonel de Baudus. Eludes sur Napoléon, 1, 210-211.)
Selon Baudus (Notes manuscrites commiiniqui-es par son petit-fils, M. de Montenon), le porteur de l'ordre ik d'Erlon était le colonel de Forbin-Janson. — Selon Gamot [Réfutation, 16 et 19), Heyniès {Relation, 14), le général Brue, brigadier de Durutte (Lettre au capitaine Cliapuis. Sentinelle de l'Armée, 24 février 1838), et ei>fin Chapuis, ancien capitaine au 83", corps d'Erlon {Journal des sciences milit., 1863, 1" semestre, 390), c'était le colonel Laurent. — D'Erlon (Lettre au duc d'Elchingen, Docum. inédits, 64), dit : le général La Bédoyère. — Le même d'Erlon {Vie militaire, 93) dit : un officier d'ordonnance. — Le général de Salles, commandant l'artillerie du 1" corps {Souvenirs, Revue de Paris, 13 janvier 1895) dit : un sous-oflicier de la garde.
Sur la question si controversée de l'ordre au comte d'Erlon, voir plus loin, pp. 205- 209 et les notes.
1. Soult à Lobau, en avant de Fleurus, 16 juin, 3 heures et quart. (Registre du major-général.)
Comme je l'ai déjà fait remarquer (1815, II, 143, note 2) l'empereur aurait pu mettre le 6'^ corps en marche sur Gosselies dès neuf heures du matin. Dans cette position, Lobau se fût trouvé à même de se porter plus vite, pour tout mouvement commandé, soit vers l'aile droite, soit vers l'aile gauche.
2. Ponlecoulant, Souvenirs militaires, 92. Cf. Pantin des Odoards (alors colonel du 22", corps Vandarame) Journal, 429. — Gneisenau, Wagner, Napoléon, Gourgaud disent é|.'ak'mcnl ; ti'ois heures.
marche y est lente et pénible, et si les épis cachent à peu près les tirailleurs, les colonnes sont parfaitement visibles. C'est sur elles que les batteries dirigent leur tir; des boulets enlèvent des files de huit hommes. Les Prussiens, eux, sont à couvert, embusqués dans les maisons et derrière les remblais de^ terre et les haies vives qui enclosent les vergers. A cinquante mètres du village, les soldats de Lefol bondissent jusqu'aux premières clôtures. Les décharges à bout portant n'arrêtent point leur élan ; en moins d'un quart d'heure de furieux combat, l'ennemi est chassé des vergers, des maisons, du cimetière, de l'église. Mais les Prussiens de Jagow se rallient sur la rive gauche du ruisseau, et bientôt, soutenus par quatre bataillons de Steinmetz, ils se disposent à une contre-attaque. La batterie divisionnaire de Steinmetz tourne son feu contre Saint-Amand où s'allument plusieurs incendies, et le 24* régiment passe le ruisseau à La Haye pour prendre les Français en flanc. Vandamme fait déployer la division Berthezène à la gauche de Lefol, et, d'après les instructions antérieures de Tempereur, il donne l'ordre à la division Girard, en position au nord de Wangenies, d'attaquer le Hameau et La Haye \
Pendant que Lefol a abordé Saint-Amand, la division Pécheux, du corps de Gérard, s'est portée contre Ligny en trois colonnes d'attaque sous le feu des batteries prussiennes. La colonne de gauche et la colonne du centre enlèvent les haies et les clôtures des abords du village, puis elles se replient,
1. Lefol, Souvenirs, Cl-62. Rapport de Gneisenau. Damitz, I. 102-104. Wagner. IV, 28-20. Gourgaud, 58. Napoléon, Mém., 95. Von Ollech, 148-149.
La division Girard, détachée la veille au soir du corps de Keille (1815, H, 129, noie 1), se trouvait former l'extrême gauche de l'armée corabattaut à Ligny.
décimées par la moiisqiieterie très drue et très rapide qui part du vieux château et des premières maisons. Le 30'' de ligne, colonne de droite, pousse plus avant. Il s'engage dans le chemin creux que domine la ferme de la Tour, bâtiment à murailles de forteresse d'où grêlent les balles ; il pénètre jusque sur la place de l'église. Là, le régiment, littéralement entouré d'ennemis embusqués dans les maisons, dans le cimetière, derrière les vieux saules et les buissons du ruisseau, se trouve au centre d'un quadrilatère de feux. En un instant, toute la tête de colonne est foudroyée ; vingt officiers et près de cinq cents hommes tombent tués ou blessés. Les survivants se retirent en désordre et vont se rallier dans leur position primitive \
Deux nouvelles attaques ne réussissent pas mieux. Des batteries de 12 de la garde viennent renforcer l'artillerie de Gérard qui n'a fait jusqu'alors que coiitre-battre l'artillerie ennemie. Elles ouvrent le feu sur Ligny. Les boulets effondrent les maisons, ricochent dans les rues ; les toitures de chaumes s'enllamment et croulent, allumant l'incendie sur dix points différents. Pour la quatrième fois, la division Pécheux, maintenant secondée par une brigade de la division Vichery, marche aux Prussiens. Dans un ardent combat, succession d'assauts contre chaque maison, les Français s'emparent de presque toute la partie haute du village ^
Ligny se compose de deux rues parallèles à la Ligne et séparées par ce ruisseau : la rue d'En-Hautau sud,
1 . Journal du capitaine François, du 30" de ligne. {Revue Armoricaine, 1828.) Cf. Damilz, llû. Wagner, IV, 36. — « A trois heures et quart, le 4« corps aborda le village de Ligny. » Napoléon, Mém., 91.
2. Journal du capitaine François. Rapport de Gneisenau. Damitz, 110-HI. Wagripp, IV, 36-37. Gourgaud, .ï8. Gérard, Quelques Observations, 54. Relation de Siraou-Lorière. (Arch. Guerre, Armée du Nord à la date du 16 juin.)
la rue d'En-Bas au nord. Entre les deux rues se trouv^ent quelques chaumières éparses, la place de l'église 3t une vaste prairie communale qui desend en glacis jusqu'à la Ligne. Débusqués de la ferme de la Tour et de la rue d'En-Haut, les Prussiens reprennent position dans le cimetière, dans l'église, dans les maisons de la place. Les soldats de Pécheux s'avancent vaillamment sous les feux croisés. Les uns se ruent dans les maisons, les autres escaladent les talus du cimetière. A ce moment, un gros d'ennemis qui s'est rallié à l'abri de l'église charge les Français désunis par ces assauts multiples. C'est sur la petite place, trop étroite pour le nombre des combattants, une poussée terrible, un corps-à-corps sans quartier. On se fusille à bout portant, on frappe à coups de baïonnette, à coups de crosse, à coups de poing. « Les hommes s'égorgeaient, ditunofficier prussien, comme s'ils avaient été animés d'une haine personnelle. Il semblait que chacun vît dans celui qui lui était opposé un mortel ennemi, et qu'il se réjouît de trouver l'occasion de se venger. Personne ne songeait à fuir ni à demander quartier \ »
Les Prussiens finissent par plier. Ils abandonnent les maisons, l'église, le cimetière, et se retirent en mauvais arroi par les deux ponts de la Ligne. On les poursuit la baïonnette aux reins. Plus d'un est précipité dans le lit bourbeux du ruisseau. Sur la rive gauche, cependant, l'ennemi, renforcé par les deux derniers bataillons de la division Henckel, se reforme et fait tète. Des Prussiens tirent des haies et des touffes de saules qui bordent le ruisseau, tandis que
1. Damitz, 1, 112-113. Lettre du général Romme à Gourgaud, Paris, 27 mai lSi3. PapifF'^dp Goursaiid.) Lettre du quartier-impérial de Fleurus, 17 juin. (Arck. Aff. (élranjsères, 18u2.)
d'autres tirent, par-dessus leurs camarades, des maisons de la rue d'En-bas et des meurtrières pratiquées dans les murs de la grosse ferme de la rive gauche. Malgré ce terrible feu en étages, des soldats du 30" et lu 96" franchissent les ponts et repoussent les tirailleurs contre les maisons. Mais Jagow amène quatre bataillons au secours de Henckel. Les Prussiens rejettent les assaillants sur la rive droite ; ils tentent même de repasser les deux ponts. C'est au tour des Français de défendre le ruisseau. On se fusille d'un bord à l'autre, à quatre mètres, à travers la fumée. Il fait un temps d'orage dont la chaleur suffocante ajoute encore à celle des coups de feu et des incendies allumés par les obus. Ligny est une fournaise. Dans les bruits du combat, on entend les cris horribles de blessés qui brûlent vifs sous les décombres en flammes *.
Grouchy, de son côté, a commencé son attaque contre la gauche prussienne. Sa cavalerie a chassé de Boignée les postes ennemis, et la division Hulot, du corps de Gérard, passée sous son commandement immédiat, menace Tongrinelle et tiraille devant Potriaux avec les Prussiens de Lûck".
Sur tous les points, de nouvelles batteries entrent en action, la fusillade se précipite. Depuis La Haye jusqu'à Trongrinelle, on combat sur les deux rives de la Ligne d'où s'élève, comme d'un fleuve infernal, un rideau de feu et de fumée.
1. Lettre précitée du général Romrae à Gourgaud. Damitz, I, 112-113. Wagner, 37-38. Relation de la dernière campagne de Bonaparte, ^V. Lefol, Souvenirs, G8. Cf. Rapport de Gneisenau, précité : « Ce combat peut être considéré comme un deg plus acharnés dont l'histoire fasse mention. »
2. Ordre de Napoléon à Grouchy, 16 juin. (Arch. Guerre, Armée du Nord.) Rapport de Hulot (corara. par le baron Hulot). Grouchy, fielat. succincte, 10. — Wagner (IV, 41) dit que l'action ne commença qu'à six heures à Sombreffe et à Baiâtre ; c'est vrai, mais elle commença beaucoup plus tôt à Boignée, à Tongrinelle et k Potriaux.
Sur les quatre heures, l'action s'est encore étendue à l'ouest. Girard a lancé sa division contre le Hameau et La Haye. L'assaut est si prompt, si résolu, si ardent, que les Prussiens terrifiés lâchent pied presque sans coup férir ^ Blûcher, solide à son centre, intact à sa gauche, voit sa droite débordée. Il veut la dégager par une vigoureuse contre-attaque. Il lui faut à tout prix se donner de l'air de ce côté, car c'est par là qu'il compte déboucher plus tard avec les Anglais dont il attend toujours le concours. Le feld-maréchal n'hésite point à dégarnir sa réserve, La division \ Pirch II, la seule du corps de Zieten qui ne soit pas encore au feu, marchera de Brye contre La Haye et Saint- Amand, tandis que la cavalerie de Jûrgass, du corps de Pirch I", et la division Tippelskirch, du même corps, en tout 47 escadrons- et 9 bataillons, se porteront sur Wagnelée d'où elles fondront sur j le flanc des Français ^ '
Formée en colonnes de bataillon, l'infanterie de Pirch II aborde à la baïonnette les soldats de Girard, déjà sortis de La Haye pour tourner Saint- Amand oij les Prussiens de Steinmetz sont rentrés en forces et réoccupent plusieurs points. La division Girard plie sous l'attaque de ces troupes fraîches, se retire dans La Haye, et, après une lutte opiniâtre, abandonne la moitié de ce hameau. Avec un chef comme