CLARKE MINISTRE DE LA GUERRE
Enfin, celles du nord et de l'ouest furent dirigées sur Melun où se formait une armée de réserve commandée par le duc de Berry. On commença d'établir dans cette ville des approvisionnements pour 60,000 hommes pendant deux mois, et l'on forma un équipage de campagne de loO bouches à feu et de 400 voitures '.
Comme si toute l'armée française à l'effectif de paix n'était pas assez nombreuse pour résister aux mille grognards de Napoléon, on appela les réserves. Par ordonnance royale du 9 mars, il fut enjoint à tous les officiers, sous-officiers et soldats en congé limité de rejoindre leurs corps sous trois jours, et à tous les hommes en congé illimité de se rendre dans le plus bref délai au chef-lieu de leur département pour y être organisés en bataillons, escadrons et batteries de réserve. Les officiers à la demi-solde qui ne pourraient trouver place dans les nouveaux cadres seraient réunis en bataillons ou compagnies sous la dé nomination de gardes du roi. Ce n'est pas tout. Une seconde ordonnance du même jour prescrivit l'organisation immédiate des trois millions (fie) de gardes nationales pour la garde des places et la sûreté intérieure ainsi que la levée, parmi ces gardes nationales, de bataillons et d'escadrons de volontaires destinés à combattre en ligne avec l'armée2.
Les députés qui s'étaient réunis dès le 7 mars au Palais-Bourbon, au nombre de soixante-neuf, avaient ouvert officiellement la session le 10 mars par le vote d'une adresse au roi. Les paroles n'en étaient pas moins sincères que celles de l'adresse de la chambre des pairs votée dans la soirée de la veille3. Le parle-
1. Lettres et ordres de Soult, 7, 8, 9, 10 et 11 mars ; de Ciarke, 12 et 3 mnrs (Arch. Guerre). Rapport de Davout à Napoléon, Il mars (Arcfc. nat. AF IV, 3940).
Kl. Ordonnances du roi du 9 mars (Moniteur, iï mars). 3. Journal des Débats, 10 et 11 mars.
ment montrait un zèle ardent pour le roi qu'il identifiait maintenant avec la constitution1. Louis XVIII, il est vraï, ne publiait plus une ordonnance ou une proclamation sans y parler de « la liberté de son peuple », et de la Charte, « son ouvrage libre et personnel, la règle régulière de sa conduite depuis une année, la loi fixant à jamais les destinées des Français 2 » . Afin d'avoir dans chaque département un foyer de résistance constitutionnelle, le roi, sur l'avis de Montesquiou, convoqua le 41 mars les conseils généraux en réunion extraordinaire. Par ordonnance du même jour, fut remise en vigueur la loi du 4 nivôse an IV, punissant de mort les embaucheurs et déclarant coupable d'embauchage tout individu qui aurait distribué quelque écrit des rebelles, et tout soldat ou citoyen qui, appelé à défendre la patrie, abandonnerait ses drapeaux ou ne les rejoindrait pas3.
A l'exemple de Glarke et de Montesquiou, M. de Jaucourt, qui en l'absence de Talleyrand avait le portefeuille des Affaires étrangères, ne restait pas inactif. En recevant, le 7 mars, le corps diplomatique, I^ouis XVIII avait eu la dignité de ne faire aucune allusion à l'aide qu'il pourrait être forcé de demander aux puissances étrangères. Or, le même jour 7 mars, Jaucourt, oubliant qu'il était Français, adressa cette circulaire aux ministres accrédités à Paris. « ... Le roi est persuadé que les puissances, naguères alliées non contre la France mais contre Bonaparte, s'empresseraient au besoin de joindre leurs forces aux siennes pour réprimer et pour venger toute atteinte aux principes de la légitimité et de la justice 4. »
1. La Fayette, Mém., V, 265-367. Vitrolles, Mém., II, 302-304.
2. Ordonnances des 9 et 11 mars, réponse à l'adresse delà Chambre des députés, etc., etc.
3. Ordonnancedu 11 mars (Moniteur, 13 mars. Journal des Débats, 14 mars).
4. Circulaire aux ministres étrangers, Paris, 7 mars (Arch Aff.étr., 680)-