‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 156 sur 272 · Suchet à Clarke, Strasbourg, 17 mars. (Arch. Guerre · texte numérisé non relu

Suchet à Clarke, Strasbourg, 17 mars. (Arch. Guerre

« de ne pas faire de mal au roi, mais de ne jamais tirer sur le Petit Caporal ». Dans les casernes de Paris, on entend : Vive le père la Violette! Aux portes de La Flèche, le comte de Lucé a cette conversation avec un fantassin : « — Vous allez à Paris? — Oui, mais le petit général y sera avant nous. — On vous a trompé. Il est peut-être mort en ce moment. — Vous n'en savez pas plus long que notre colonel. Il nous l'a dit... Est-ce que vous croyez que jamais un soldat français se battra contre l'empereur pour votre Louis XVIII1 ?» A Orléans, le 17 mars, un régiment reprend la cocarde tricolore sous les yeux mêmes du général Dupont 5.

Avec l'assentiment du conseil, Glarke fit tenter une dernière démarche auprès des grenadiers et chasseurs de France (ex-grenadiers et chasseurs à pied de la vieille garde). Il espérait en s'assurant la fidélité des grognards rallier toute l'armée au roi. Le général Mathieu Dumas accepta la mission d'aller acheter la vieille garde moyennant « le rang d'officier pour chaque soldat et la noblesse pour chaque officier ». Les grenadiers marchaient déjà au-devant de l'empereur sous le commandement du général Roguet, leur colonel à la suite. Mathieu Dumas rejoignit le 18 mars, à Chaumont, le maréchal Oudinot abandonné par la garde. Aux ordres du duc de Reggio,à ses promesses d'avancement, de croix, de gratifications, les officiers assemblés avaient répondu : « — Il est trop tard.

1. Général G xard à Clarke, Le Mans, 18 mars. D'Auiichamp à Clarke, Angers, 20 mars. Vitrolles à Clarke, 13 mars. Clarke à Maison, 13 et 18 mars. Préfet de la Haute-Vienne à Clarke, 1 6 mars . De Lucé à général Girard.. La Flèche, 16 mars (Arch. Guerre). Vitrolk «, Mém., II, 350. Lamarque, Mém., I, 27.

2. Récit précité d* la comtesse Dupont, 86. — A la suite de cet acte que Dupont, de peur dune sédition, ne crut pas devoir répriirer, ce général fut remplacé dans son commandement par le maréchal Gourion Saint-Cyr (Vitrolles, Mèm.% II, 362-363. Clarke à Gouvion, 19 mars Arch. Guerre).

Nous regrettons de ne plus pouvoir vous obéir. Nous avons reçu des ordres de l'empereur et nous sommes déterminés à les exécuter1. » En même temps que les grenadiers avaient quitté Metz, les chasseurs avaient quitté Nancy sous la conduite du général Porret de Morvan, un de leurs majors. Après avoir vainement tenté de s'opposer au départ de son régiment, le colonel, le général Gurial, suivit la colonne d'étape en étape à petite distance. Le troisième jour, Curial prit son parti. Il entra brusquement dans l'hôtel où déjeunait le corps d'officiers et dit : « — Messieurs, me reconnaissez-vous encore pour votre colonel? » — « Oui, général, vous êtes toujours notre colonel. Mettez-vous à notre tête pour rejoindre l'empereur, et vous verrez si nous ne vous obéissons pas2. »

Dans lia soirée du 18 mars, deux officiers d'un royalisme éprouvé apportèrent aux Tuileries des nouvelles de l'armée du duc de Berry .On ne pouvait plus compter sur les troupes. Déjà le 6e lanciers, placé aux avantpostes, s'était déclaré et occupait le pont de Montereau pour l'usurpateur. Bonaparte devait avoir dépassé

1. Clarke à Oudinot, 14 et 17 mars. Rapport au général Hulot, s. 1. n. d. (18 ou 19 mars) (Arch. Guerre). Jaucourt à Talleyrand, 1 4 mars (Arch. Aff. étr., 680). Cf. Friant à Napoléon, Troyes, 20 mars (Arch. nat. AF.1V, 1940), et Mathieu Dumas {Mém., III, 161) qui dit bien qu'il fut chargé d'une mission pour la garde, mais qui a grand soin de ne point préciser quelle était cette mission.

2. Général Girod de l'Ain (aide de camp de Curial en 1815), Dix ans de Souvenirs, 375-376. Cf. la lettre précitée de Friant (Arch. nat. AF. IV, 1940). Rapp. du maire de Vaucouleurs, 21 mars. Capitaine Binot à Gressot, Nancy, 21 mars (Arch. Guerre). — Les ordres de l'empereur du 12 mars et de Drouot et de Bertrand du 13, de rejoindre la colonne impériale entre Auxerre et Sens, avaient été communiqués aux chasseurs comme aux grenadiers.

Auxerre1. Depuis la veille, on connaissait à ladour la défection du maréchal Ney *. Le roi n'hésita plus. Il résolut incontinent de quitter Paris le lendemain. Il passerait en revue à midi sa maison militaire, et aussitôt après il s^ mettrait en route pour Lille sous l'escorte de ces escadrons 3. Dans le Nord, les troupes ne montraient pas encore un trop mauvais esprit, grâce peutêtre à lademi-popularité de leur nouveau commandant en chef, le duc d'Orléans 4 ; les habitants étaient en majorité royalistes ; enfin on serait près de la frontière. Le lendemain, à son lever, le roi donna ses ordres au maréchal Marmont, chargé pour la circonstance du commandement supérieur des gardes du corps et des compagnies rouges. Marmont ne reparla plus d'une défense des Tuileries, mais il représenta à son souverain qu'il vaudrait mieux aller au Havre ou à Dunkerque, « où l'on pourrait recevoir des secours par mer ». Le roi qui, au fond de soi-même, n'avait aucune idée de résistance, écouta sans y répondre les paroles de Marmont et réitéra ses ordres. Vitrolles, aussi belliqueux que Louis XVIII était pacifique, svfpplia le roi de se retirer à La Rochelle où la moitié de la France viendrait à lui. Ses prières restèrent vaines. Tout ce qu'il obtint fut que le départ pour Lille serait différé jusqu'à la nuit. « — Il n'y a pas besoin du soleil pour éclairer la honte de cette fuite», dit-il en. a parte. La revue eut lieu néanmoins. Le roi passa devant le front des compagnies nobles, en calèche, au grand galop, selon son habitude, puis il rentra aux Tuileries où la garde nationale venait

1. Vitrolles, Mém., II, 350. Cf. Fabry, Itinéraire. 131, et chef d'escadrons Hupais à Colbert, la Chapelle-la-Reine, 19 mars (Arch. Guerre).

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