Davout à Exelmans, Paris, 23 mars {Corresp
Voilà un document décisif qui prévaut contre tous les racontages. U est bien dit dans le Journal Universel, de Gand (n° 1), qu'avant que Mortier eût reçu l'ordre de Davout, le préfet du Nord avait reçu un premier ordre analogue par le télégraphe. Mais Fleury de Chaboulon {Mém., I, 305) affirme que cette dépêche, attribuée calomnieusement à Bassano, ne fut jamais envoyée ; et dans ses Notes sur les Mém. de Fleury, Napoléon dit : € Le duc de Bassano n'a pas été chargé de transmettre au préfet d? Lille l'ordre de faire arrêter le roi. Un tel ordre n'aurait pas passé par l'jutorité civile, c'est au commandant militaire « Lille qu'il eût été adressé. » Ainsi, ces instructions, si elles eussent été envoyées, l'auraient été à Mortier par Davout. Or la lettre précitée de Davout prouve
Le comte d'Artois et le duc de Bcrry, qui cheminaient avec la Maison militaire, ne furent pas menacés davantage. La cavalerie d'Exelmans avait l'orclro de presser la retraite des gardes du corps et des compagnies rouges, mais sans les attaquer. Dès le
23 mars, les vedettes avaient pris le contact avec l'arrière-garde de la colonne royale, dont la marche était retardée par les cavaliers démontés et une batterie à pied qu'escortaient les Cent-Suisses. « Si Exelmans eût voulu, dit Marmont, il aurait pu causer beaucoup de désordre et nous faire éprouver d'assez grandes pertes, mais il n'avait pas l'ordre d'agir aveevigueur. Tout se passa d'une manière très pacifique !. » Le
24 mars, cependant, il y eut une alerte. Le 3e régi-
qu'il ne les envoya pas. Davout ne pouvait écrire en même temps à Mortier d'arrêter le roi et à Exelmans de le laisser partir pour la Belgique.
Cette question d'un ordre d'arrêter le roi a été souvent discutée. Thiers dit que Mortier avait reçu non l'ordre positif d'arrêter Louis XVIII, mais des pouvoirs pour l'arrêter si la chose paraissait nécessaire. Viel-Castel pense « que l'empereur se proposait seulement d'effrayer le roi et de le pousser plus promptement hors du territoire ». Ces conjectures sont plausibles, mais ni Thiers ni Viel-Castel n'ont eu connaissance de la lettre de Davout à Exelmans. Autrement , il est probable qu'ils auraient purement et simplement révoqué en doute l'envoi de ce prétendu ordre. Pour nous, tant qu'on ne produira pas à l'appui de l'existence de cet ordre un document de la valeur de la lettre de Davout, nous continuerons à croire qu'il n'a pas été donné.
4. Marmont, Mém., Vil, 101. Guillemin, ha Patriotisme des Volontaires, Si. Exelmans à Davout, Saint-Denis, 21 mars, et Amiens, 24 mars (Arch. Guerre). Cf. Fleury de Chaboulon, Mémoires, I, 304 : « Les ordres donnés à Exelmans portaient seulement de pousser pied à pied, hors de la France, le roi et les princes. Jamais il ne lui fut commandé de s'assurer d'eux. » — Dans les Notes sur les Mémoires de Fleury de Chaboulon, Napoléon a dit, il est vrai : « Les ordres donnés à Exelmans étaient ce qu'ils devaient être. Faire prisonniers la garde, les princes et le roi si cela était possible. Toute autre conduite eût été un crime envers la France.» Mais c'est là une de ces fanfaronnades de dureté coutumières à Napoléon dans ces Notes qu'il ne faut consulter qu'avec une extrême réserve. Il en existe deux textes différents, qui sont souvent contradictoires, et la Commission de la Correspondance ne les a pas reproduites dans les Œuvres de Sainte^ Hélène, ipavce qu'elle n'y a reconnu ni le style ni la pensée de Napoléon*. Ce qui est certain, c'est que sur ces quarante-huit Notes, plus de trente sont manifestement inexactes ou absolument paradoxales. On jugera de la singulière disposition d'esprit où se trouvait Napoléon quand il les écrivit en lisant les Notes sur les pages 23, 24, 27, 29, 30. Ou l'empereur fait de l'ironie, ou il est sous l'influence de auelque aberration.
. ment de lanciers s'étant engagé étourdiment au milieu des troupes royales qui faisaient halte aux portes de Béthune, gardes du corps, mousquetaires, suisses, chevau-légers, volontaires royaux de l'Ecole de droit coururent tumultueusement aux armes. La Maison militaire, bien qu'elle eût semé sur la route un grand nombre de traînards et d'éclopés, comptait encore plus de 3,000 hommes1. Les lanciers se formèrent en bataille en criant : Vive l'empereur ! Le duc de Berry, exaspéré, galopa vers eux, suivi seulement de quelques officiers, et apostropha rudement un chef d'escadrons qui portait la croix de Saint-Louis. Puis s'approchant, l'épée nue, d'un brigadier, il lui en appuya la pointe sur la poitrine en disant : « — Crie : Vive le roi !... Un grade, deux grades. Crie : Vive le roi ! » Le lancier effaçant le corps et rabattant du bois de sa lance Fépée du prince, cria: Vive l'Empereur ! De plus en plus furieux, Berry s'élança alors vers un autre lancier qui était sorti du rang : « — Reste dans le rang ou je te f... mon sabre dans le ventre jusqu'à la garde. » Le soldat recula et se tut. De leur côté, les officiers du prince, nommément le général Piquet, tentaient par des moyens moins violents mais non plus efficaces d'embaucher les lanciers. A la fin, le colonel fit faire demi-tour à son régiment et le porta en arrière 2.
Les troupes royales, rentrées dans Béthune, allaient se remettre en marche vers Lille quand on apprit que le roi avait quitté cette ville pour gagner la frontière
1. Cf. Rapport d'un courrier, 21 mars. Blanmontet Testé à Davout, Abbeville et Arras, 23 mars. Guillemin, Le Patriotisme des Volontaires, 55.
2. Rapports à Davout du colonel du 3e lanciers et de l'aide de camp Laloy, Lille, 26 mars, et Arras, 25 mars (Arch. Guerre). Cf. Marmont, Ment., VII, 101. Guillemin, Le Patriotisme des Volontaires royaux, 59-G3. Teste à Davout, Arras, 24 mars. (Arch. Guerre.) — Le 3e lanciers ne faisait
Koint partie de la division Exelmans. Le général Testé sachant que la [aison militaire emmenait douze pièces de canon avait de sa propre utorité envoyé à Arras ce régiment pour les reprendre.
et que la garnison avait pris la cocarde tricolore. Les princes et Marmont résolurent tout aussitôt de se rendre également en Belgique. Ils partirent incontinent avec environ trois cents gardes du corps et mousquetaires choisis parmi les mieux montés. Quant aux trois mille autres soldats-officiers formant la Maison militaire, le comte d'Artois décida de les licencier. Vraisemblablement, il craignait que l'argent ne manquât pour entretenir à l'étranger un corps aussi nombreux. Le général de Lauriston, qui après la mort de Nansouty avait été nommé capitaine des mousquetaires gris, fut chargé du licenciement. L'opération commença dès le lendemain, 25 mars, non sans résistance et sans tumulte. Les gardes du corps, les chevau-légers, les volontaires criaient à la trahison et accusaient Lauriston de les avoir vendus à Bonaparte. Deux cents s'évadèrent de Béthune, dont les portes étaient fermées par ordre supérieur, et émigrèrent. Les autres se résignèrent à rendre chevaux et armes et reçurent des feuilles de route régulières * . En regagnant leurs foyers, quelquesuns eurent à subir des vexations et même des mauvais traitements de la part des détachements qu'ils croisaient sur les chemins et des paysans chez lesquels leurs uniformes n'étaient pas plus aimés que dans l'armée. Plusieurs de ces gardes, il est vrai, ranimaient les rancunes par leur arrogance persistante, leurs injures et leurs menaces contre l'empereur qu'ils parlaient d'assassiner. C'étaient eux souvent qui provoquaient les rixes. Près de Beauvais, le
i. Marmont, Mêm., VII, 101-102. Guillemin, Le Patriotisme des Volontaires royaux, 66-77. Exelmans à Davout, Doullens, 25 mars. D'Erlon à Davout, Lille, 25 et 27 mars. (Arch. Guerre.) — Le Journal Universel, de Gand(n° i), rapporte naturellement les choses d'une façon toute différente. A l'entendre, la Maison militaire n'aurait pu suivre les princes à cause du mauvais Étal des chemins. Rentrée à Béthune, elle y aurait été cernée par les impô' riaux et bientôt après licenciée contre la volonté du comle d'Artois!