LES RÉSISTANCES LOCALES
30 mars, un garde de la compagnie écossaise, qui avait conservé son sabre, en menaça un charretier peu disposé à crier : Vive le roi ! Celui-ci l'abattit à ses pieds d'un coup de manche de fouet *,
Pendant les cinq jours qui s'étaient écoulés entre la rentrée de Napoléon aux Tuileries et le licenciement de la Maison du roi à Béthune, on avait reconnu le gouvernement impérial dans les deux tiers de la France. Le drapeau tricolore fut arboré le 21 mars à Laon, à Bar-sur-Ornain, à Troyes, à Rouen; le 22, à Beau vais, à Amiens, à Châlons-sur-Marne, à Besançon, àCaen; le 23, à Strasbourg, à Nancy, à Mézières, à Glermont-Ferrand ; le 24, à Lille, à Verdun, à Tours, à La Rochelle, à Nantes, à Brest, à Saint- Brieuc, à Cherbourg *. Dans plusieurs villes, on n'avait môme pas attendu l'arrivée des courriers de Paris pour se prononcer. A Chaumont, on prit dès le 18 mars les couleurs nationales. Le 19, on célébrait solennellement à Fort-1'Ecluse le retour de Napoléon. Le 20, la foule acclamait à Epernay les régiments en révolte qui allaient rejoindre l'empereur sous les ordres du général Rigau. Le 21, le général Pinoteau proclama l'empire à Périgueux devant les troupes et la population enthousiastes3. A Rennes, depuis le 19
1. Extraits des lettres des préfets de la Somme, du Pas-de-Calais et de l'Oise, 25 et 30 mars et 1" avril Arch. nat. F. 7, 3147). Guillemin, le Patriotisme des Volontaires royaux, 78-81. Général Blanmont à Davout, Abbeville, 29 mars. (Arch. Guerre.)
2. Correspondance générale du 21 au 26 mars (Arch. Guerre). Extraits de la Corresp. des préfets, aux mêmes dates (Arch. Nat. F. 7, 3oiia, F. 7, 3147, F. 7, 3740, F. 7, 3774). Rapport de Viotti (Procès du général Rigau, 18).
3. Général Chabert à Drouot, Chaumont, 31 mars. Procès-verbal, Fort- Ecluse, 19 mars. Général Dosnon à Davout, Châions, 22 mars. General
Pinoteau à Napoléon, Périgueux, 21 mars. (Arch. Guerre.)
mars, on se concertait pour un mouvement bonapai tiste. Le 22, les généraux Pire et Bigarré et les colonels signifièrent au duc de La Xrémoille envoyé par le duc de Bourbon dans l'Ille-et-Vilaine afin d'y lever des volontaires royaux, que le vœu du peuple et de l'armée était de proclamer Napoléon. Le prince et le préfet quittèrent aussitôt la ville tandis qu'on y saluait le drapeau national par cent et un coups de canon. Le lendemain seulement les nouvelles de Paris arrivèrent à Rennes *.
Presque partout, la Révolution s'opéra pacifiquement, souvent avec le concours même des autorités civiles et militaires nommées par le roi. A Strasbourg, c'est le maréchal Suchet qui proclame l'empire ; à Lille, c'est Mortier ; à Rouen, c'est Jourdan ; à Cherbourg, c'est Vedel ; à Troyes, c'est Boyer de Rebeval ; à Bourges, c'est Amey ; à Brest, c'est l'amiral Bouvet. Ils reconnaissent le fait accompli de cette restauration avec l'empressement qu'ils ont mis à reconnaître le fait accompli de la précédente. Augereau qui, le 16 avril 1814, a dit à ses soldats en parlant du drapeau royal : « Arborons cette couleur vraiment française, » leur dit, le 22 mars 1815 : « c'est en vain que sur nos drapeaux blancs, on chercherait quelque souvenir honorable2. » Plus d'un préfet montre le môme zèle et manifeste les mêmes sentiments. Le 21 mars, le préfet de l'Aisne rend la liberté aux généraux Lallemand et à leurs complices détenus dans la citadelle. Le 24, le préfet de l'Oise prescrit la mise sous séquestre des biens des émigrés, en exécution des décrets de Lyon. Le préfet de la Corrèze informe Carnot qu'il a reçu en môme temps des or-