LA GUERRE CIVILE DANS LE MIDI
réchal Pérignon, qui avait refusé de s'associer au mouvement delà garnison, se retira dans sa terre de Montech f .
En apprenant les événements de Bordeaux, l'empereur avait dii de la duchesse d'Angoulême : « C'est le seul homme de sa famille2. » Le duc d'Angoulême montra cependant que lui aussi était un homme
Parti de Bordeaux le matin du 10 mars, il avait en dix jours passé ou séjourné à Agen, à Montauban, à Toulouse, à Montpellier, à Nîmes, à Pont-Saint-Esprit, à Avignon, à Marseille, à Toulon, et était revenu après cette rude tournée à son quartier-général de Nîmes. Le prince fut accueilli presque partout avec enthousiasme pai la population, avec froideur par les troupes. Les régiments stationnés à Montpellier, à Avignon et à Tarascon manifestaient de telles dispositions que l'on crut prudent de ne point les employer. Le 63e de ligne, en garnison à Nîmes, avait le même esprit. Le duc d'Angoulême ayant distribué de l'argent aux soldats, ils le burent à la santé de Napoléon, et le comte de Bruges ayant fait part au colonel qu'il y avait vingt croix pour son régiment, celui-ci refusa d'établir un état de propositions3. On se croyait assuré, il est vrai, de la tidélité du 1er régiment étranger, du 14e de chasseurs et des 10% 58e et 83e de ligne; et sept ou huit mille volontaires du Var, des
î.Delaborde a Davout, Toulouse, 4 avril. Rapp. précité de Chartran (Arch. Guerre). Mém. pour le général Delaborde, 15-10. Vitrolles, Mém., II, 418-420. 428. Villèle, Mém., 1, 296. Davout, Corresp., 1556, 1562
2. Mémoires inédits de Barras (communiques par M. Georges Duruy).
3. Lettres à Soult et à Ciarke, de Lapoype, Agen, 11 mars; de Laplane, Monlauban, 11 mars; de Delaborde, Toulouse, 12 mars; de Masséna, Marseille, 17 mars, etc. Rapport de lavocat Teste à Bertrand, Paris, 29 mars. Rapport du colonel Teulet, Nîmes, 4 avril. (Arch. Guerre.)
Bouches-du-Rhône, de Vaucluse, du Gard, de l'Hérault étaient déjà enrôlés ' .
Dans les deux tiers de la France, le peuple presque tout entier acclamait l'empire, et la bourgeoisie tenait pour la royauté ; mais dans le Midi (et particulièrement dans le Gard, où la question religieuse se mêlait à la question politique) la division existait parmi les classes populaires comme parmi les classes moyennes, et c'était chez les paysans et chez les ouvriers qu'il y avait le plus d'exaltation royaliste. Sauf quelques vieux chevaliers de Saint-Louis, les gardes à cheval et un faible bataillon d'étudiants de Montpellier, les volontaires n'appartenaient donc pas à l'élite de la population. Ils n'avaient point de chemises, leurs pantalons étaient en loques et « ceux qui possédaient une paire de souliers voulaient ne servir que comme officiers ». On les arma tant bien que mal. Quant à l'habillement, beaucoup d'entre eux reçurent, pour tout uniforme, une fleur de lys de drap rouge. Les paysans donnèrent à ces volontaires le sobriquet de miquelets8.
'Dès son arrivée à Nîmes, le duc d'Angoulême avait projeté de marcher sur les derrières de Bonaparte el de réoccuper Lyon ; mais une dizaine de jours s'étaient passés avant qu'on eût armé et organisé les bataillons de volontaires. La nouvelle du départ du roi ne changea pas sa résolution. Malgré cet événement,
î. Masséna à Clarke, Marseille, 17 mars. Rapport de Teste à Bertrand, Paris, 29 mars (Arch. Guerre). Cf. Lettres interceptées du duc à la duchesse d'Angoulême, Pont-Saint-Esprit, 30 et 31 mars (Journal de l'Empire, 9 avril.) Relations des opérations du duc d'Angoulême (Journal Universel, de Gand, n° 13.)
2. Général Merle à d'Aultanne, Nîmes, 23 mars. Rapport précité de Teste (Arch. Guerre). Mémoire manuscrit du général Merle (cité par Braquehay, Le général Merle, 202-203). Durand, Marseille et Nîmes en 1815, I, 39-40. II, 47-48, 50, 69, III, 7-9, 17-22. Cf. sur l'esprit de Nimes, lettres du préfet du Gard, 28 février. (Arch. nat. F. 7, 3147). Suchet à Davout, Nîmes, 22 avril, Fouché à Davout, 10 mai (Arch. Guerre).