LA GUERRE CIVILE DANS LE MIDI
la reprise de Lyon eût produit une très grande impression en France, et avec les dix ou douze mille hommes déjà sous les armes, que Ton espérait renforcer bientôt au moyen des gardes nationales, des volontaires et des dépôts de la Lozère, de l'Ardèche, de l'Aveyron et de la Haute-Loire, l'expédition pouvait réussir. Napoléon ayant emmené presque la totalité des troupes qui s'étaient ralliées à lui, Lyon et Grenoble se trouvaient à peu près sans garnison. Suivant le plan arrêté avec Masséna, le vicomte de Bruges, le baron de Damas et les généraux d'Aultanne, Gompans, Ernouf et Rey, l'armée royale devait opérer en trois colonnes. Le corps de droite, commandé par Ernouf et fort de 5,000 hommes (58e et 83e de ligne, 3,000 gardes nationaux des Bouches-du-Rhône et du Var et une batterie d'artillerie), déboucherait par Sisteron, surprendrait ou tournerait Grenoble et se porterait sur Vienne. Le corps du centre, composé du 10e de ligne, du 14e de chasseurs, du 1er Régiment étranger (La Tour d'Auvergne), de quatre escadrons de volontaires à cheval, de six bataillons de volontaires du Gard, de Vaucluse et de l'Hérault et de deux batteries du 3e d'artillerie, en tout 5,500 fusils et sabres, était sous les ordres immédiats du duc d'Angoulême. Il devait passer le Rhône à Pont-Saint-Esprit et remonter ce fleuve jusqu'à Vienne où il ferait sa jonction avec la colonne d'Ernouf pour marcher vers Lyon. Le corps de gauche, en formation sous Rey, s'avancerait par la rive droite du Rhône tandis qu'à l'extrême gauche Compans, avec les dépôts et les gardes nationales de la Haute-Loire, le seconderait s'il était besoiii et contiendrait l'Auvergne ' .
1. Lettres interceptées du duc à la duchesse d'Angoulêrre Pont-Saint- Esprit, 3t mars {Journal de V Empire, 9 avril). Relation des upérations du
Los royalistes avaient l'ardeur et la confiance. On disait: « La guerre civile est l'espoir des Français. » Les volontaires à cheval se promettaient d'enfoncer au premier choc la cavalerie impériale. Le comte de Guiche, attaché h l'état-major, écrivait à sa mère : « ...Je me sens inspiré. Voici mon pressentiment : dans un mois le roi de France sera dans sa capitale ! Il nous faudra pendre et fusiller plusieurs de ces indignes hommes. L'ivraie doit être jetée au feu. Alors nous serons tous purs et dignes de notre roi l. »
Le 29 mars, la tête de colonne du duc d'Angoulême déboucha de Pont-Saint-Esprit sous les ordres du vicomte d'Escars et entra à Montélimar. La population était dans l'épouvante. On disait que les miquelets allaient massacrer tous les bonapartistes et mettre la ville au pillage V Le lendemain, h la sortie de Montélimar, les royaux virent s'avancer une troupe ennemie d'environ 400 hommes : fusiliersvétérans, officiers à la demi-solde, sous-officiers en retraite et gardes nationaux volontaires (la plupart de ceux-ci sans cartouches). C'était tout ce que le général Debelle avait eu le temps de rassembler pour la défense du département de la Drôme. Un parlementaire de Debelle ayant été d'abord reçu à coups de fusils par les tirailleurs, puis renvoyé hautainement par le vicomte d'Escars, le combat s'engagea. Après cinq
duc d'Angouiême (Journal Universel, de Gand, n8 13). Mémoire manuscrit de Merle (cité par Braquehay, Le général Merle, 203). Rapport de Teste à Bertrand, Paris, 29 mars. Masséna à Clarke, Marseille, 17 mars. Lettres et ordres du duc d'Angoulôme, d'Aultanne, d'Ernouf, Nîmes, Pont-Saint- Esprit, Aix et Sisteron, du 15 au 28 mars. Rivière à d'Aultanne, Toulon. 22 mars Situation du général Berge, 9 avril. (Arch. Guerre.) Rapport de Mouton à Davout, Paris, 28 mars (Dossier de Mouton, Arch Guerre).
i Lettre de Montpellier, 22 mars (Arch. nat. F 7, 3774). Général Laffitte à Davout, Foix, 8 avril. (Arch. Guerre.) Lettre interceptée de Guiche, Pont- Saint-Esprit, 29 mars (Journal de VEmpire, 9 avril.)
î, Lettre interceptée du duc à la duchesse d'Angoulôme, Pont-Saint- Esprit, 30 mars. (Journal de l'Empire, 9 avril) Déposition de Kresly, ifrooèt de Debelle, 18-19,)