LE COMBAT DE LORIOL
ou six heures d'une mousqueterie peu meurtrière, le général Debelle ordonna la retraite. A ce moment, un garde national criant : A la trahison ! le frappa d'un coup de baïonnette dans les reins. On se replia sur Loriol, où des renforts arrivèrent dans la soirée et le lendemain : un bataillon du 39e détaché de la garnison de Lyon, 200 gardes nationaux de la Drôme et 100 gardes d'honneur levés à Valence par un garde général nommé Kresly. Un demi-escadron du 44e chasseurs, qui avait abandonné d'Escars après le combat de Montélimar, vint aussi se joindre aux impériaux. Bien que la blessure de Debelle fût très légère, il remit le commandement au colonel d'artillerie Noël et partit pour Valence afin, dit-il, d'y presser l'organisation des gardes nationales *.
Dans la matinée du 2 avril, l'armée du duc d'Angoulême arriva en vue de Loriol. Menacées par des forces quintuples, les troupes qui occupaient ce village se replièrent derrière la Drôme. Le colonel Noël soutint la retraite en s'établissant au débouché du pont avec deux pièces et le bataillon du 39°. Quelques volontaires et officiers à la demi-solde se postèrent, en tirailleurs sur les berges. Pendant qu'on fusillait d'une rive à l'autre, deux compagnies de
i. Rapports de Debelle, Loriol, 31 mars, et Valence, 12 avril. Rapport des officiers du bataillon d'élite de la Drôme, 4 avril (Arch. Guerre). Opérations de l'armée du duc d'Angoulême {Journal Universel, de Gand, n° 13). Interrogatoire de Debelle et déposition de d'Escars et de Kresly (Procès de Debelle, 13, 15-16, 19-20). Journal du colonel Noël (comm. par M. Noël).
Pour cette vaine défense de la Drôme, Debelle eut le double malheur d'être relevé de son commandement par Napoléon et déféré au conseil de guerre (qui le condamna à mort) par le gouvernement de Louis XVIII. Berryer insinua devant le conseil de guerre que le général avait quitté son poste de Loriol parce que, pris d'un soudain accès de repentir, il ne voulait plus combattre l'armée royale. On peut s'étonner, en effet, qu'un général abandonne son commandement devant l'ennemi pour aller sur les derrières organiser des gardes nationales. Quoi qu'il en soit, Debelle se rendit suspect aux deux partis, et les contradictions flagrantes qui existent entre ses rapports à Davout et ses réponses au président du conseil de guerre ne sont point faites pour éclaircir sa conduite.
voltigeurs du 10e de ligne, profilant d'une tranchée parallèle à la Drôme pour se défiler, atteignirent le pont. Alors, soit que ces hommes eussent réellement Tintention de passer aux impériaux, soit qu'ils employassent la plus odieuse des ruses de guerre, ils crièrent: Vive l'empereur! et s'engagèrent sur le pont au pas de charge. Les soldats du 39e leur ouvrirent leurs rangs ; les deux troupes fraternisèrent. Mais les grenadiers du 10e avaient suivi de près le mouvement des voltigeurs. Le bataillon du 39e, sans nulle défiance, se disposait à les accueillir comme il avait accueilli leurs camarades, lorsque parvenus aux deux tiers du pont, ils crièrent: « Ils sont à nous ! Vive le roi ! » et firent une décharge à bout portant. Cette agression avait-elle été concertée avec les voltigeurs, comme le prétendirent les soldats du colonel Noël, ou fut-elle seulement le résultat d'une méprise, comme on a cherché à l'établir dans les rapports subséquents? Les grenadiers, a-t-on dit, croyaient leurs camarades prisonniers; ils ont tiré pour les délivrer1. Quoi
,4. Cf. Rapport des officiers, sous-officiers et soldats du bataillon d'élite de la Drôme, 4 avril. Rapports de Debelle, 3, 8 et 11 avril. Rapport du colonel du 10e de ligne, 4 mai. (Arch. Guerre.) Journal du colonel Noël.
Le colonel Noël et les officiers du bataillon d'élite accusent formellement les soldats du 10e de ligne d'avoir agi par trahison. Debelle, qui d'ailleurs n'assistait pas à l'action, mais qui fut renseigne par les officiers du 39e, présente les faits de la même façon. Debelle ajoute môme que le 10e aborda le pont la crosse en l'air et un petit drapeau tricolore déployé. Mais le maréchal Suchet, chargé de faire une enquête, conclut dans son rapport (Lyon, 18 avril, Arch. Guerre) qu'il y eut méprise et non trahison. En conséquence, le colonel d'Ambrugeac, du 10e de ligne, destitué puis incarcéré fut mis en liberté.
Il faut remarquer cependant que jusque vers le milieu de mai, le 10e de ligne persista dans son royalisme. 300 hommes désertèrent quand il fallut prendre la cocarde tricolore. Parmi ceux qui restèrent au corps beaucoup criaient Vive le Roi! en passant dans les villages, et quelquesuns menaçaient de tirer sur l'empereur. (Dessaix à Davout, 24 avril. Colonel Higonet à Davout, 26 avril. Note au ministre, 3 mai. Fouché à Davout, 18 mai. Davout à Napoléon, 22 mai. Arch. Guerre.) Le 14 mai, Suchet, qui avait pourtant innocenté le 10e de ligne dans son rapport du 18 avril, demanda son licenciement à l'empereur. (Suchet à Davout,
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