‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 217 sur 272 · HOSTILITÉ DES MAIRES · texte numérisé non relu

HOSTILITÉ DES MAIRES

pose que du moins les ci-devant nobles soient déclarés inéligibles ou encore que la possession de domaines nationaux devienne une condition d'éligibilité * . Ces objections sont trop tardives. L'empereur a pu rapporter une mesure autoritaire, il n'ose point revenir sur une mesure démocratique2.

Les élections municipales eurent lieu au mois de mai et donnèrent les résultats prédits. Les deux tiers des anciens maires que le gouvernement espérait voir remplacés furent réélus. Or, comme l'écrivait le général Lucotte, commandant à Périgueux, tout dépendait des maires : contributions, départ des rappelés, organisation des gardes nationales, élections, esprit public3. Pour se faire élire, quelques-uns avaient promis qu'aucun habitant de la commune n'aurait à payer un sou d'imposition ni à rejoindre l'armée. Ils tinrent parole. Forts des suffrages de leurs concitoyens, ils bravaient préfets, généraux, commandants de gendarmerie. Celui-ci ordonnait au bedeau de jeter bas, la nuit, le drapeau tricolore ; celui-là suspendait les poursuites contre les contribuables ; un troisième faisait arracher les affiches administratives aussitôt après les avoir fait poser. D'autres entravaient la mobilisation des gardes nationales, opposaient aux engagements volontaires des formalités insurmontables, refusaient le logement aux détachements de passage, cachaient chez eux les réfractaires, répandaient le bruit de l'assassinat de Napoléon. Un maire du Pas-de-Calais disait qu'il vaudrait bien

1. Lettres diverses, mai. Cf. Corresp. des préfets, mai. (Arch. nat. Pi», I, 20, F. 7, 3044% et F. 7, 3774.)

2 Sur les représentations qui lui furent adressées, Camot ajourna cependant dans plusieurs départements l'exécution du décret du 30 avril. (Note du ministère de l'intérieur, 19 mai. Arch. nat. F. 7, 3044*. )

3. Lucotte à Davout, Périgueux, 2 juin (Arch. Guerre). — Lemarrois exprimait ces mômes idées (à Davout, Rouen, 11 avril, Arch. Guerre).

mieux « marcher contre l'infâme tyran que contre les Alliés », et un maire d'Ille-et-Vilaine s'écriait en pleine place publique qu'au retour des Bourbons il n'aurait plus besoin de chevaux, car il ferait traîner sa voiture par des bonapartistes1.

Le roi émigré avait aussi des auxiliaires parmi les magistrats, les prêtres, les professeurs, les agents du fisc, les juges de paix, les employés subalternes de toutes les administrations 2. Le premier président et neuf conseillers de la cour de Rennes, la cour d'Aix tout entière, les tribunaux de Marmande, de Périgueux de Libourne, de Loudéac refusèrent le serment. La cour de Bordeaux se posa ce cas de conscience : « Pouvons-nous condamner ceux qui crient: Vive le roi ! nous qui avons condamné, il y a un mois, ceux qui criaient : Vive l'empereur! » Des juges de paix de l'Ouest se faisaient agents de guerre civile3. Le 27 avril, un conseiller à la cour de Nîmes entraîna les habitants de Saint- Gilles à une révolte qu'il fallut de l'infanterie et de la cavalerie pour maîtriser. Des fonctionnaires se montraient sans cocarde tricolore au chapeau. On négligeait de rétablir les aigles sur les bâtiments de l'Etat; d'où ces réflexions des paysans et des ouvriers : « Il

1. Note du ministère de l'intérieur, 19 mai. Lettres et rapports divers, avril-mai. Correspondance des préfets, mai-juin (Arch. nat. F. 7, 3044», F *• I, 26, F. 7, 3774.) Rapports à l'empereur des officiers d'ordonnance Résigny et Planât {Portefeuille de Buonaparte, 110, 116). Corresp. générale, mai-

uin (Arch. Guerre).

2. Napoléon àFouché,!* avril; à Mollien et à Gaudin, 17 avril et in mai ;à Carnot, 30 avril et 8 mai; à Cambacérès, 22 mai. (Arch. nat. AF. IV*, 60. AF. IV, 907.) Rapport général sur le clergé, 26 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1935.) Cf. Carnot, Corresp., 36, 62-63, 111-H4. Correspondance générale, avriljuin (Arch. Guerre), et corresp. des préfets, avril-juin. (Arch. nat. F. 7, 3774.)

3. Caffarelli à D//vout, Rennes, 20 avril. Lucotte au même, Périgueux, 23 avril. Ambert a Davout, Nîmes, 29 avril. Davout à Cambacérès, 7 juin. Cambacérès à btivout, 17 juin. (Arch. Guerre.) Rapports des préfets des Côtes-du-Nord, 23 avril ; du Lot-et-Garonne, 1er juin ; de la Gironde, 3 et 12 juin, etc., etc. (Arch. nat. F. 7, 3740, F. 7, 3774, F»c, I, 24.)

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