‹ 1815: La première restauration - Le retour de l'Ile d'Elbe - Les cent joursChapitre 222 sur 272 · Corresp. générale, du 10 avril au 10 mai. (Arch. Guerre · texte numérisé non relu

Corresp. générale, du 10 avril au 10 mai. (Arch. Guerre

3. Lettres h Davout du conseil d'administration du \'t" de ligne. 1 1 mai ; du colonel du 6e de ligne, 21 avril; de Fouehé, 18 mai; de r.,marrois, 18 mai (Arch. Guerre). Rapport du préfet de Montauban, 9 mai. (Arch nat. F. 7, 3044*.)

vement du port a affamé le bas-peuple. « La misère est grande, écrit le général Verdier, il est facile d'exciter les pauvres gens. » Les bourboniens n'y manquent point et recrutent leurs agents parmi les vagabonds, les ruffians, les repris de justice et même les^anciens septembriseurs. (Le plus fougueux royaliste est un nommé Mollin qui se vantait jadis « d'avoir mangé du foie de la Lamballe ».) Les manifestes de Louis XVIII sont affichés sous la protection de portefaix armés de bâtons. Les officiers et les soldats ne peuvent sortir seuls sans être insultés, menacés, maltraités. Un capitaine qui regagne le fort Jean est assassiné. La gendarmerie hésite à arrêter les perturbateurs, et la garde nationale les protège ouvertement. Le maréchal Brune, commandant le corps d'observation du Var et gouverneur de la 8e division militaire, reçoit des lettres ainsi conçues : « Coquin, si tu as le malheur de te rendre à la revue des Allées, ton affaire est faite. Ta tête doit être placée au haut du clocher des Accoules. » Un soir, une patrouille de gardes nationaux tire sur des officiers qui créent : Vive l'empereur ! « ce cri étant considéré à Marseille comme une provocation. » Un autre soir, la populace assiège à coups de pierres le café des officiers, place Necker. Le 5 mai, le poste du 83e prend les armes et fait feu sur une bande d'émeutiers qui entourent la caserne en criant : Enfonçons la porte ! Vive le roi ! Mort aux bonapartistes 1 !

Les soldats qui sont sous les drapeaux restent aussi enthousiastes et aussi résolus qu'ils l'étaient le

1. Verdier à Davout, 27, 29, 30 avril, 8, 14, 21, 26 mai. Brune et Roederer à Davout, 30 avril, 4, 8, 14, 18, 21 mai. Fouché à Davout, Il mai. Ordre de Brune, Marseille, 13 mai. (Arch. Guerre, Corresp. générale et Corps d'observation du Var.) Durand, Marseille et Nîmes en 1815, I, 13-14, 30. Rapport de police, Marseille, 30 avril. Rapport de Rey à Napoléon, Marseille, 4 et 7 mai. (Arch. nat. F. 7,3784, et AF. IV, 908.)

20 mars, mais les mêmes sentiments n'animent pas tous les hommes en congé. Dans l'Ouest et dans le Midi, où d'ailleurs il y a toujours eu de la répugnance pour le service, et dans plusieurs départements du Nord, ils subissent l'influence de l'esprit de révolte. Ils écoutent les conseils des parents et des amis, se rendent aux raisons des orateurs de cabaret, se laissent gagner par la prime à la désertion qui leur est offerte sous forme d'argent, de refuge, de promesses. « La désertion, écrit-on de Lille, perd chaque jour son caractère de gravité. Dans la langue de ce pays, déserter c'est faire preuve de loyauté et de fidélité. » Aux revues d'appel, il se présente seulement la moitié ou le quart des inscrits. A Bordeaux, le 11 mai, les rappelés se ruent sur les membres du conseil de revision en criant : Vive le roi ! Il faut les baïonnettes du 62e pour maîtriser ces furieux. Dans le Languedoc, la Provence, la Normandie, l'Artois, la Flandre, ce sont les mêmes tumultes1. L'empereur donne l'ordre de suspendre les levées dans les départements de l'Ouest, espérant par cette mesure empêcher l'insurrection vendéenne2. Les marins de La Bastide et Berck, rappelés en vertu de l'inscription maritime, déclarent qu'ils ne partiront pas. Ceux de Dieppe montent en barques pour déserter en Angleterre ; deux coups de canon tirés de la batterie du goulet arrêtent à la sortie du port leur petite flottille 3. Dans la moitié de la France, les gardes nationaux mobilisés ne sont pas moins récalcitrants. A Dunkerque, dixhuit partent sur deux cent quatre ; à Alençon, cent

1. Correspondance générale, avril-juin (Arch. Guerre). Extrait de la Corresp. des préfets, avril-juin, et rapports à l'empereur et à Fouché, maijuin (Arch. nat. F. 7,3774, et AF. IV, 1034, AF. IV, 1937, AF. IV, 1939). •2. Rapport de Davout à Napoléon, 11 mai. (Arch. nat. AF. IV, 1936.) 3. Géraud, Journal intime, 222. Rapport de Berck, il juin. (Arch. nat., F. 7, 4774.) Lemarrois à Davout, Rouen, 12 mai (Arch. Guerre).

sept sur doux mille cent soixante. Les bataillons de Rouen et de Beauvais sont exclusivement formés de remplaçants l.

Mis en route par petits détachements, les rappelés et les gardes nationaux mobilisés ont à subir des tentatives d'embauchage dans les gîtes d'étape. Le 2 mai, les habitants du village de Saint-Bonnet (Gard) parlent si bien que tous les hommes d'un détachement, dirigé sur Nîmes, rebroussent chemin et rentrent chez eux. Le 12 mai, une châtelaine des environs de Montbrison fait déserter trentehuit soldats en leur lisant le Journal du Lys et en donnant 30 francs à chacun d'eux8. La gendarmerie étant impuissante à faire rejoindre la foule des insoumis et des déserteurs et à réprimer les séditions, il est formé des colonnes mobiles dans cinquante-deux départements 3.

Dans la France agitée, Paris reste calme. « On est aussi tranquille que si ce singulier changement de scène ne s'était pas produit, » écrit le comte de Montlosier. On est tranquille mais on est triste. L'argent devient rare. La rente, qui avait atteint le cours de 78 au commencement de mars, tombe à 68, à 57, à 54 *. Les recettes des théâtres baissent de plus d'un

1. Extrait de la Corresp. des préfets, mai-juin. (Arch. nat. F. 7, 3774.) Cf. Rapport général à l'empereur, 31 mai (Arch. nat. AF. IV, 1935) et Etat des gardes nationales d'élite (AF. IV, 1936).

2: Rapport du 1' de police, Montpellier, 4 mai (Arch. nat., AF. IV, 1937). Général- Beurret à Davout, Montbrison, 12 mai. (Arch. Guerre.) Cf. Circulaire de Davout, du 20 mai, sur les mesures à prendre contre les embaucheurs, et la lettre de Fouché à Davout, 6 juin (Arch. Guerre).

3. Etat des colonnes mobiles, à la date du 5 juin. (Arch. Guene.)

4. Dé 78 fr. 75, cours du 4 mars, la rente tomba à 08.25 le 19 mars et re-

tiers ■ . Le commerce souffre. Dans les boutiques désachalandées, on maudit tout bas le retour de Napoléon. Les dames de la Halle, qui se piquent de royalisme, chantent :

Dieu ! rends-novs notre père de Gand.

La bourgeoisie est soucieuse, plutôt hésitante et défiante que franchement hostile. L'empereur y compte même des partisans. « Il faudrait changer d'opinion selon chaque personne à qui l'on parle, » dit Barry. Il faudrait d'autant plus changer d'opinion selon chaque personne à qui l'on parle que bien des gens ont deux opinions (ou paraissent en avoir deux), témoin Royer-Collard, doyen de la Faculté des Lettres, qui prête solennellement, devant ses collègues de la Sorbonne, le serment à l'empereur et envoie Guizot comme émissaire à Gand. L'impression dominante est le sentiment du provisoire. On se réserve, on attend les événements pour se déclarer. Aura-t-onou n' ura-t-on pas la guerre? Voilà la question. Et, si puissant est le désir de la paix, que jusqu'au lo mai des gens raisonnables en conservent encore l'espérance2. Les partisans des Bourbons se bornent à annoncer que le gouvernement va réquisitionner

monta le 20 mars à 73,50. Elle oscilla entre 71 et 69 à la fin de mars, entre 68 et 67 jusqu'au 12 avril et tomba à 58 le 14 avril (après la publication du rapport de Caulaincourt sur l'état des relations extérieures). Elle était à 57 fr. à la fin d'avril, à 56 à la fin de mai, à 54 le 10 juin.

1. Moyenne des recettes de l'Opéra; — de la Comédie-Française. Février : 3,900 fr. 2,900 fr.

Avril-mai : 2,450 fr. 1,600 fr.

(Arch. de l'Opéra. Arch. de la Comédie-Française.) — Il faut d'ailleurs tenir compte de la différence des saisons.

2. Montlosier à Barante, Paris, 23 mars, 6 et 20 avril. Barante à sa femme, 15 mai, 19 mai. (Barante, Mém>, II, U9-149.) Hobhouse, Lettres, I, 23. Barry, Cahier d'un réthoricien, 43,49, 72, 79. Miss Williams, Relation, 52, 53. Notes de Rousselin (Collection Begis). Huss à Fouché, Paris, 22 mars. Rapport de Real, 8 avril (Arch. nat., F. 7, 3168, et AF. IV, 1934.)

Sur Koyer-Collard. voir le Journal de l'Empire, 18 et 19 mai, et Guizot, Mém., I, 82-83

l'argenterie chez les particuliers, à pronostiquer la victoire des Alliés, à parier dix louis contre un que Wellington sera à Paris avant un mois, à faire ces jeux de mots : « Les soldats de l'île d'Elbe sont revenus avec leur cartouche. Bonaparte finira avec un boulet !» et à afficher des placards comme celui-ci : « Aujourd'hui, grande représentation au théâtre de l'Ambition, place du Carrousel, au bénéfice d'une famille indigente de Corse. On donnera L'empereur malgré tout le monde, farce tragi-comique ; Les princes et princesses sans le savoir, folie burlesque ; et le ballet des Esclaves. On terminera par une Entrée de Cosaques*. » Les royalistes font une guerre d'épigrammes et de fausses nouvelles. Ils ne cherchent pas, comme à Marseille, à Bordeaux, en Vendée, à fomenter des troubles, car il leur manque l'appui de l'élément populaire.

Le peuple de Paris, ils le savent bien, est tout à Napoléon. Les travaux se ralentissent et menacent de s'arrêter ; les ouvriers n'en exaltent pas moins celui qu'ils appellent leur père. Ils fraternisent avec les sojdats, chantent la Marseillaise, encouragent les camelots qui crient dans les rues : « Achetez des cocardes tricolores. Elles sont moins salissantes que les blanches. Elles dureront plus longtemps. » Les ouvriers disent : « L'empereur ne nous laissera toujours pas mourir de faim. Nous comptons sur lui et il peut compter sur nous. L'an dernier, on n'a pas voulu nous donner des armes. Mais si l'ennemi revient devant Paris, il faudra bien nous en donner et on verra comme nous nous en servirons2. » Et

1. Rapports de Real, 31 mars, 8 avril, 15 avril. Rapport de police, 10 avril (Arch. nat., AF. IV, 1934, et F*0 I, 26.) Notes de Rousselin. Montlosier à Rarante, H avril. (Rarante, Mém., II, tii.) Lettre à Wellington, Paris, 1er mai. (Dispatchs of Wellington, Supplément, X, 213.)

2. Rapports de Real, 2», 3i mars, 3, 4, 5,8, 12, 15 avril. Huss à Fouché.

ce a'étaient pas là des paroles après boire. Les faubourgs présentèrent une Adresse à l'empereur pour demander des armes, et on forma avec cette population vingt-quatre bataillons de tirailleurs1. Au restej malgré ses embarras financiers, Napoléon s'était préoccupé de la détresse de la classe ouvrière. On reprit les travaux du Louvre, de la fontaine de l'Eléphant, du nouveau marché Saint-Germain. Dès le 28 mars, quinze cents terrassiers, maçons, menuisiers et peintres y étaient employés; à la fin d'avril, leur nombre s'élevait à trois mille. A la même époque, deux mille armuriers, forgerons, serruriers, taillandiers, dinandiers, ébénistes étaient organisés en ateliers pour la réparation des fusils. Dans le courant de mai, quatre mille ouvriers travaillèrent aux ouvrages de défense de Montmartre, de Belleville et du Mont-Louis2.

A Paris, si l'ordre est quelquefois troublé, c'est par les manifestations bonapartistes : promenades triomphales à travers les Tuileries et le Palais-Royal du buste de Napoléon couronné de violettes et de lauriers, pèlerinages diurnes et nocturnes à la colonne de la Grande-Armée, feux de joie à la barrière d'Italie et à la barrière du Trône où les faubouriens chantent la Marseillaise, brûlent des drapeaux blancs et des proclamations de Louis XVIII 3. Le 2 avril, la garde impériale donne un immense banquet aux garnisons de

22 mars. (Arch. nat., AF. IV, 1934, F. 7, 3168.) Cf. Barry, 43, 79, et Miot de Mélito [Mém., III, 427) : « L'empereur fut jusqu'au dernier moment le roi du peuple de Paris. »

1. Moniteur et Journal de l Empire, 15 et 16 mai, Napoléon, Corresp., 21907. Général Dumas et Davout à l'empereur, l«r et 7 juin. (Arch. nat., AF. IV, 1935, AF. IV, 1940.)

2. Rapports à l'empereur, 28 mars, 30 avril, 24 mai. Davout à l'empereur, 14 avril. Dejean à l'empereur. 2, 15, 17, 24 mai. (Arch. nat., AF. IV, 1935. AF. IV, 1940.) Napoléon, Corresp., 21710, 21714, 21732, 21869. Cf. Hobhouse, Lettres, I, 254. — Entre autres projets d'édilité. Napoléon voulait faire démolir les maisons du carré du Louvre.

3. Rapports de police, 25 mars, 10 et 19 avril, 2 juin. Rapport de Real, 3 avril. (Arch. nat., F. 7, 3200*, F. 7, 3940, AF. IV, 1934.)

Grenoble et de Lyon et aux gardes nationaux qui ont été de service le 20 mars. Quinze mille soldats et miliciens s'attablent dans le Champ de Mars1 ; mille oi liciers dînent ensuite sous les galeries de l'Ecole militaire. Les toasts se succèdent : à l'empereur! à l'impératrice ! au prince impérial! Puis tous les officiers tirent soudain leurs épées, les croisent au-dessus des tables et jurent de mourir pour la patrie. Une voix crie : A la colonne ! On prend un buste de l'empereur. Les tambours battent, la musique joue la Marseillaise, un long et tumultueux cortège se met en route vers la place Vendôme. Quelques officiers montent le buste au faîte du monument tandis que les habitants s'empressent d'allumer lampions et chandelles. Ceux qui tardent un peu à faire cette illumination spontanée reçoivent comme premier avertissement une volée de cailloux dans leurs fenêtres. Le 18 avril, la milice parisienne rend à la garde impériale, dans la grande salle du Conservatoire des Arts et Métiers, le banquet du Champ de Mars. Ce sont encore des Vive l'empereur! des Vive la liberté ! des chants patriotiques2.

Chaque soir à l'Opéra, aux Français, à Feydeau, le parterre réclame la Marseillaise et Veillons au salut de lEmpire; le public des loges subit ces auditions le plus souvent à contre-cœur, quelquefois en murmu-

i . Les journaux des 3 et 4 avril donnent ce chiffre de 15,000, qui ne parait pas exagéré La garde impériale s'élevait au mois de mars à 7,390 hommes, sans compter le bataillon de l'île d Elbe. (Davout à Napoléon, 21 mars. Arch. nat. AF. IV, 1940 ) Les troupes de Grenoble et de Lyon présentes à Paris, à 6,690 hommes (Durrieu à Lobau, 1er avril. Arch. Guerre). Enfin il y avait eu 2,813 gardes nationaux de garde aux Tuileries le 20 mars (Laborde, Quarante-huit heures de garde, 12).

Le repas des officiers fut fourni par Véry et coûta 35 fr. par tête, soit 37,800 fr. pour 1,080 officiers. (Drouot à Napoléon, 26 et 31 mars. Napoléon à Drouot, 31 mars. Arch. nat., AF. IV, 1949, et Arch. Guerre, carton de la corresp. de Napoléon.)

2. Moniteur, 3 avril, Journal des Débats, 4 avril. Hobhouse, Lettres, I, 259- 260. Barry. Cahiers d'un rhétoricien, 67. Rapport de Real, 3 avril. (Arch. nat.. AF.IV. 1934.)

rant et en protestant1. Les royalistes et les modérés s'indignent des motions faites à la Société libre des Amis cle la patrie et de l'humanité, nouvellement fondée sous la présidence honoraire de Carnot, et dénoncent les soirées du théâtre Montansier, transformé en café-concert, comme des saturnales odieuses. C'est un véritable club, à la différence qu'on y chante au lieu d'y parler. Des sous-officiers de la garde font le service d'ordre, le programme se compose non seulement de la Marseillaise, du Ça ira, du Chant du Départ, de saynètes contre les émigrés, d'hymnes napoléonistes, mais aussi de chants qui appellent tous les peuples de l'Europe à la liberté et à la révolution2.

Il ne se passait guère de jour que des gens du peuple ne vinssent crier : Vive l'empereur ! sous les fenêtres des Tuileries. Les royalistes prétendirent que ces rassemblements étaient payés par la police, qui enrôlait à cent sous la séance tous les commissionnaires et tous les décrotteurs de Paris. On a si beau jeu dans notre pays à mettre la police en cause ! Il semble certain, au contraire, que l'empereur, heureux tout d'abord de ces acclamations, en fut vite importuné. Dans les premiers jours, il s'était montré à la foule dans un dessein de popularité. Il se créa ainsi une sorte de servitude envers les enthousiastes et même envers les simples curieux. On conte que des individus

4. Journal des Débats, 16, 18 avril. Journal universel de Gand, nos 3 et 5. — La bourgeoisie avait une telle répugnance pour les chants de la Révolution que des musiciens de la garde nationale ayant commencé Veillons au Salut de l'Empire, Acloque, chef de la 11e légion, les arrêta en disant: « — Tant que je commanderai, on ne jouera pas des airs incendiaires. » (Rapp. de Real, 1er juin. Arch. nat. F. 7, 3774.)

2. Rapports de Real, 1er, 3, 4 avril. (Arch. nat., AF. IV. 1934.) Hobhouse, Lettres, I, 205-206. — Une partie du répertoire du café Montansier fut publiée en avril, mai et juin 1815, dans un recueil périodique ayant pour titre : Le Bouquet de violettes ou la Réunion des B^ves Parmi ces chansonsT il s'en trouve une de Méry.

se firent une industrie de cette exhibition. Pour quelques pièces de monnaie, ils criaient : Vive l'empereur ! jusqu'à ce que le souverain eût paru au balcon. Une des causes qui engagèrent Napoléon, au milieu d'avril, à quitter les Tuileries pour l'Elysée fut vraisemblablement le désir de se dérober à ces ovations tyranniques. Le charme, en cette saison, du beau jardin de l'Elysée, où il pouvait se promener et converser à l'abri des regards, le détermina aussi à changer de résidence1.

Les malveillants ne manquèrent pas d'attribuer l'abandon des Tuileries à certains scrupules et à la peur des assassins. Gomme si Napoléon s'était fait jadis un cas de conscience de « souiller la demeure des rois » et comme s'il s'enfermait à l'Elysée pour n'en jamais bouger ! Presque chaque jour, il passe en revue, au Carrousel ou aux Champs-Elysées, des régiments qui partent pour les frontières. Le dimanche, il va entendre la messe dans la chapelle des Tuileries ; à l'issue du service, ii y a audience publique. Puis c'est un déjeuner à la Malmaison avec la princesse Hortense, Mole, Denon et La Bédoyère, ou une excursion à la maison de la Légion d'honneur de Saint- Denis. Ce sont des visites aux Invalides , à l'Ecole polytechnique, au Muséum d'histoire naturelle, aux ga leries du Louvre, chez le peintre David, à qui l'empereur remet la croix de commandeur devant le tableau des Thermopyles, aux travaux du Champ de Mars, aux ouvrages de Montmartre et de Charonne, aux ateliers d'armes, à la filature de Richard Le-

1. Napoléon à Joseph, 25 mars (Arch. nat. AF. IV, 907). Cf. Relation du Père Maurice (Arch. Aff.étr.,1816). Fabry, Itinéraire de Buonaparte, 179-iSO. Miss Heléna Williams, Relation d-cs événements, 69-70. Barry, Cahiers, 87-88. Hobhouse, Lettres, I, 28-29, et Guizot {Mém., I, 72) qui dit : t ...Je vis clairement Napoléon se retirer en haussant les épaules, plein d'humeur sans doute d'avoir à se prêter à ces démonstrations. »

noir. Napoléon fait ces promenades sans escorte, accompagné seulement d'un ou deux aides de camp : Drouot, Flahaut, Gorbineau, La Bédoyère. Dans les quartiers populeux, il descend de voiture, marche au milieu de la foule, s'arrête pour causer avec les ouvriers et les femmes du peuple1.

L'empereur voulut se montrer une fois à l'Opéra et une fois à la Comédie-Française. A l'Opéra, il arriva à l'improviste, au commencement du ballet de Psyché. Mais aux Français, sa présence était en quelque sorte annoncée par le choix du spectacle. L'affiche portait : La Mort d'Hector, et l'on savait que l'empereur aimait particulièrement cette tragédie de Luce de Lancival. La salle était comble : 4953 francs de recettes ! Avant le lever du rideau, on demanda la Marseillaise et le Chant du Départ. « On était au milieu de la troisième scène, raconte Hobhouse, quand Napoléon entra; tout le monde se leva en jetant des cris qui retentissent encore à mes oreilles. Les vivats continuèrent jusqu'à ce que l'empereur, après avoir salué à droite et à gauche, se fut assis; alors on recommença la pièce. » Tous les vers qui pouvaient paraître faire quelque allusion à la situation présente — ils étaient très nombreux2 — furent applaudis avec enthousiasme. A ces mots :

C'était Achille!

Il reparaît enfin ! . . .

1. Moniteur, Journal des Débats, Journal de Paris, Gazette de France, avril» mai. Hobhouse, Lettres, I, 281. Mlle Cochelet, Mém., III, 33-38.

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