Benjamin Constant, Mém., II
le vœu ardent du parti libéral, car il y voyait la garantie de la nouvelle constitution, « la puissance delà Chambre étant telle qu'elle rendait impossible toute tentative de retour au despotisme1 ». Jusqu'à la réunion de l'Assemblée, au contraire (et aucun délai n'était fixé dans l'Acte additionnel pour les élections législatives), « la Benjamine » pouvait rester lettre morte. Espérant que cette dernière concession ferait tomber toutes les défiances et désarmerait les opposants, Joseph et les plus dévoués serviteurs de l'empereur, ceux en qui il avait la plus entière confiance, l'engagèrent à convoquer les collèges électoraux8 ; quelques-uns, dit-on, l'en sommèrent presque, menaçant de donner leur démission. Des conseillers d'Etat le poussèrent à cette illégalité, à cet abus de pouvoir, à ce non-sens : procéder à l'élection d'une assemblée en vertu d'une constitution qui était soumise à la sanction du peuple et sur laquelle on commençait seulement de voter. L'empereur était à peu près seul contre tous. 11 céda. Le 1er mai parut au Moniteur un décret portant convocation des collèges électoraux à l'effet d'élire des députés à la Chambre des représentants qui serait réunie après la proclamation de l'acceptation de l'Acte additionnel3
Le préambule de ce décret était une sorte d amende honorable. L'empereur s'excusait du mode de rédaction et de votation de la constitution. « Nous n'avions, dit-il, que l'alternative de prolonger la dictature dont nous nous trouvions investi par les circonstances et la confiance du peuple, ou d'abréger les formes que nous nous étions proposé de suivre pour la rédaction
1. Benjamin Constant, Mém., II. 35, 72-74. Cf. La Fayette, V, 424.
2. Cf. La Fayette, Mém., V, 422-423. Boulay de la Meurthe, 260. Thibaudeau, X, 330-331, Esquisse historique sur /-? Cent Jours, 6.