Relation de Suzannet. (Arch. Guerre, armée de l'Ouest
l'était rendu de Gand à Londres, muni de lettres de Jaucourt1, et malgré les déclarations publiques de lord Castlereagh et de lord Liverpool que l'Angleterre, tout en combattant Napoléon, s'abstiendrait de soutenir la cause des Bourbons, il avait obtenu l'envoi d'armes et de munitions aux royalistes de l'Ouest. Dès le 10 mai, la frégate the Astrée louvoyait en vue de Saint-Gilles. La Rochejaquelein était à bord, attendant que les insurgés vinssent aider au débarquement des fusils et des cartouches. La prise d'armes fut fixée au 15 mai. Ce jour-là, et la nuit qui suivit, le tocsin sonna dans toutes les paroisses. Le surlendemain, Suzannet avait cinq mille hommes à Légé, d'Autichamp cinq mille à Jallais, Auguste de La Rochejaquelein deux mille aux Aubiers et Sapinaud quatre mille aux Herbiers. Déjà quinze cents habitants du Marais et du Pays de Retz s'étaient levés à l'appel de Robert et du jeune Gharette. Sur la rive droite de la Loire, d'Andigné allait réunir un millier de royalistes à Cossé; Desol de Grisolles commandait deux ou trois mille Morbihanais, et d'autres bandes tenaient la campagne dans l'Ille-et-Vilaine et les Côtes-du-Nord. Les insurgés étaient armés pour les deux tiers de fusils de chasse, de mousquetons et de vieux fusils de munition, pour l'autre tiers de fourches, de fléaux, de faux, de bâtons ferrés 8.
Secondé par les paysans du Marais, qui dispersent un corps de deux cents douaniers et gendarmes et repoussent une colonne mobile, le marquis de La Rochejaquelein débarque le 15 mai, à Saint-Gilles, ses
1. Jaucourt à La Châtre, Gand, 8 et 14 avril, 13 mai (Arch. An", étr., 646).
2. Relation de Suzannet etdAndigné (Arch Guerre). Canuel, Guerre de Vendée en 181 5, 32, 36,51, 55. DAutithanip. Camp de 1815 dans la Yend°e,M- 36, 41. Lettres à Davout: de Delabordeet de Noireau, Angers. 16 et 17 mai; de Charpentier, Nantes. 16 mai; de Vabre, Quimper, 29 mai; de Bicarré, Rennes. 31 mai (Arch. Guerre.)
2,000 fusils et ses munitions et opère sa jonction à Soullans avec les divisions de Suzannet et de Sapinaud. D'Autichamp occupe Boispréau, Chemillé, Cholet, évacués par la troupe. Près des Eschaubroignes, Auguste de La Rochejaqueiein attaque le 26e de ligne et le force à la retraite. Bressuire est pris, Ancenis, les Sables, Napoléon-Vendée sont menacés1. Aux dix-sept ou dix-huit mille insurgés de la Vendée et aux quatre ou cinq mille Angevins et Bretons en armes sur la rive droite de la Loire, le général Delaborde peut opposer tout au plus quatre mille hommes de troupe de ligne, la gendarmerie départementale et, avec les douaniers et forestiers, les gardes nationaux fédérés « qui n'existent encore que sur le papier » et deux ou trois cents volontaires organisés par Travot sous le nom de chasseurs de la Vendée 2. La situation est grave, mais Delaborde, qui demande à être relevé de ses fonctions, « ses forces physiques le trahissant », et ses lieutenants, Charpentier, Bigarré, Noireau, Dufresse, Travot, s'exagèrent le péril. A les entendre, les rebelles sont quarante mille, et dix mille Anglais s'apprêtent à débarquer. Laval, Nantes, Saumur, Niort vont être attaqués. Les gardes nationales ne veulent point se battre, les douaniers désertent, les gendarmes eux-mêmes ne sont pas sûrs. « C'est la guerre civile comme en 93, écrit Charpentier, tout le Morbihan se lève à la voix du duc de Berry. » « Rennes est en danger, écrit Bigarré, j'ai dix mille insurgés autour de moi. Bientôt il faudra six cents hommes pour porter une dépêche de Rennes
1. Relation de Suz£nnet* (Arcn- Guerre.) D'Autichamp, Camp, de ISfo dans la Vendée, 36, 42-44. Canue1' Guerre de Vendée en 1815, 37-40, 55-58. Lettres à Davout: de Delaborde 16 mai î de Noireau, 17 et 30 mai; de Saunier, 10 mai. Directeur des-contributions de Beauprëau à Delaborde, 18 mai. Dufresse à d'Erlon, Niort, 21 mai. (Arch- Guerre.)