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COMBATS D AIZENAY ET DE SAINT-GILLES

diers à cheval, mais ils le firent à contre-cœur. Ils discutèrent les plans du jeune général en chef, récriminèrent sur son inexpérience, et s'ils commencèrent par exécuter ses ordres, ce fut sans confiance et sans zèle. C'est au milieu de ce désarroi que les envoyés de Fouché rejoignirent le 29 mai,àMortagne-sur-Sèvres, le comte d'Autichamp. Celui-ci approuva l'idée d'un armistice ' , mais il fallait que les autres chefs y consentissent. Malartic se remit en route pour le centre delà Vendée. Déjà il avait écrit à Suzannet afin de lui exposer l'objet de sa mission. Suzannet communiqua la lettre à La Rochejaquelein et chercha à le convaincre de la nécessité d'un accommodement. Le général en chef se récria2. Seul entre tous, ou àpeu près, il croyait toujours au succès. Le surlendemain du combat d'Aizenay, où son armée de huit mille hommes s'était débandée devant les mille soldats de Travot, n'avait-il pas eu l'insolence d'écrire à celui-ci : « Comme commandant en chef de la grande armée de Vendée, je vous ordonne de vous rendre auprès de moi afin de prendre mes ordres. Vous seriez puni comme traître et rebelle si vous persistiez dans votre défection3. » Il comptait nourrir la guerre par les

1. Relation de Malartic (Arch. Guerre, Armée de l'Ouest). — D'Autichamp (Camp, de /<?/5 en Vendée, 62, 63 ) prétend qu'il répondit qu' « il ne voulait point entendre parler de ces propositions ». Mais si l'on se rappelle que d'Autichamp avait souscrit, le 23 mars, à des propositions analogues du colonel Noireau, alors qu'une insurrection vendéenne se liant par La Rochelle et Bordeaux avec celles du Languedoc et de la Provence eût pu donner de grands résultats, on peut difficilement douter qu'il ait repoussé les ouvertures de Malartic alors que la guerre de Vendée ne pouvait aboutir qu'à l'écrasement des royalistes et à la ruine du pays.

2. Canuel, 103-109. Cf. Relation de Suzannet. (Arch. Guerre, Armée de l'Ouest.)

3. La Rochejaquele'r à Travot, Cerisay, 23 mai (Arch. Guerre).

Cette étrange missive fut remise à Travot par Bossard, commandant la cavalerie vendéenne. « — Connaissez-vous le contenu de cette lettre? lui lit Travot. — Non. — Vous êtes heureux. Je vous aurais fait fusiller tout à l'heure. Je ne réponds pas à cette lettre. M. de La Rochejaquelein ne connaît pas Travot. » Déposition de Sapinaud. (Dossier de Travot. Arch. Guerre.)

réquisitions. Il envoyait aux maires Tordre de lever tous les hommes de vingt à cinquante ans et de subvenir aux besoins des femmes et des enfants, à peine de payer les frais de la guerre sur leurs propriétés1. Après une longue et assez vive discussion, Suzannet céda ou feignit de céder, et il fut arrêté que La Rochejaquelein, avec les quinze cents hommes de la division de son frère Auguste, partirait pour la côte où était signalé un second convoi anglais. Le corps de Suzannet et ceux de Sapinaud et du comte d'Autichamp, qui étaient à quelques marches, devaient suivre le mouvement et venir occuper le Marais en forces5.

Le 2 juin, au matin, La Rochejaquelein surveillait, à bord du vaisseau anglais le Superb, le débarquement des fusils, des munitions et de six pièces de campagne3, quand il reçut un « arrêté » de ses trois lieutenants, daté de Falleron, 31 mai. Cet ar-' rôté portait que, vu le découragement des paysans et la prochaine arrivée de renforts aux troupes impériales, ils renonçaient au mouvement concerté et « engageaient M. le marquis de La Rochejaquelein à revenir dans son pays pour y attendre que le commencement des hostilités sur les frontières permît de déployer toutes les forces de la Vendée ». A cette pièce officielle était jointe une très longue

1. Travot à Delaborde, 26 mai. Colonel Bourgeois à Saulnier, Parthenay, 31 mai. Ordres et proclamations de La Rochejaquelein, 15, 21 et 27 mai. (Arch. Guerre.)

2. Relation de Suzannet (Arch. Guerre, Armée de l'Ouest). Canuel, U 0-1 15.

3. Cf. Canuel, 121-125. Lettre du capitaine Ekitoë, s. 1. n. d., trouvée sur ie cadavre de La Rochejaquelein, le 4 juin. (Arch. Aff. étr., 1802.)

i/eux* vaisseaux de 74: le Superb, sur lequel l'amiral Motham avait «rboré son pavillon, et le Belhirophon, qui allait bientôt devenir si famcax, avaient convoyé les bâtiments de transport.

« On attende chaque instant de plus grands secours d'armes, écrivait mais je crains qu'il n'y ait point encore de troupes.» Ainsi il y avait projet d'un débarquement de troupes anglaises. Ekitoë ajoutait : « J'espère que les coquins (les soldats français) seront anéantis. »

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lettre de Suzannet où il multipliait les raisons et les excuses et qu'il terminait en ces termes : « Sont arrivés Malartic et La Béraudière. Ils sont chargés, comme tu ras lu parleurs lettres, de faire connaître que le gouvernement désire traiter avec nous. Nous avons répondu que nous ne voulions traiter qu'avec tout le monde ; qu'il fallait traiter ensemble ou périr ensemble. Mais tous les officiers auraient envie d'accepter un accommodement... Adieu, mon cher Louis. Tout le monde est d'avis de faire une suspension d'armes qui n'engage à rien et qui pourrait être utile par la suite pour s'organiser et marcher1. » On ne pouvait parler plus clairement. Sans doute, comme l'écrivait Suzannet, lui et les autres généraux vendéens ne voulaient traiter que d'un commun accord, mais cet accord existait entre eux. Il n'y manquait que le consentement de La Rochejaquelein. En n'exécutant pas les ordres du général en chef et en s'abstenant de le seconder, on se flattait de lui forcer la main. De là, l'arrêté de Falleron2.

Indigné, La Rochejaquelein y répondit par un ordre

1. Arrêté, Falleron, 31 mai. Lettre de Suzannet, Falleron, 1er juin fcit. par Canuel, H5-132).

2. Suzannet (Relation, Arch. Guerre) et d'Autichamp {Camp, de 1815 dans la Vendre) nient que les ouvertures de Fouché aient eu la moindre influence sur leur décision ; ils l'attribuent uniquement à la répugnance des paysans à se porter dans le Marais. Mais la lettre de Suzannet, que nous citons plus haut, la relation de Malartic (Arch. Guerre) et les deux lettres de Suzannet y annexées : à Malartic, 31 mai, et aux trois commissaires, 1er juin ; la Relation de Gabriel Du Chaffaut et le Mémoire au roi, du général Lamarque,sans parler même de l'argumentation très serrée de Canuel -Mém.. 133-440, et 397-407), réduisent à néant ces allégations.

De l'ensemble des témoignages il ressort clairement : 1° que sans s'engager avec Malartic. les trois généraux vendéens lui marquèrent les conditions qu'ils désiraient obtenir, et qu'en attendant une réponse de Paris, ils voulurent épargner à leurs hommes des fatigues et des pertes inutiles ; 2° que par leur inexécution des ordres de La Rochejaquelein, dont au reste ils supportaient l'autorité avec peine, ils espéraient l'amener, faute d'être soutenu, à accepterai eux-mêmes persistaient dans cette idée, les propositions de Fouché.

Les 2 et 3 juin, les généraux vendéens se ravisèrent et se mirent en mesure de marcher au secours de La Rochejaquelein, mais il était trop tard.

du jour relevant de leur commandement Sapinaud, Suzannet et d'Autichamp « pour avoir ajouté à l'infamie de la désobéissance celle de la plus noire trahison en prêtant l'oreille à un accommodement avec le tyran dévastateur de la France ! ». Puis, bien que sa situation fût devenue très périlleuse, il résolut de rester à la Groix-de-Vic jusqu'à l'achèvement du débarquement. Gomme il l'avait prévu, il ne tarda pas à être attaqué. La colonne de Travot était passée au travers de l'armée royale en retraite, et le comte de Suzannet avait négligé de la combattre ou même, assure le général vendéen Du Ghaffaut, s'y était refusé2.Le 2 juin, à trois heures de l'après-midi, l'avantgarde commandée par le général Grosbon prit position à Saint-Gilles et commença à fusiller avec les paysans établis sur la rive droite du Ligneron pour protéger le débarquement. Le lendemain, le combat de tirailleurs reprit au lever du jour. Le général Grosbon, qui s'était posté dans le clocher de Saint- Gilles afin de mieux voir les mouvements de l'ennemi,fut tué roide d'une balle à la tête. Un braconnier vendéen l'avait pris pour cible ; il finit par l'abattre. Vers le soir, La Rochejaquelein craignant de se laisser amuser par ces tirailleries, tandis que le gros de la colonne de Travot viendrait lui couper la retraite, se décida à interrompre le débarquement et à gagner le centre du Marais 3.

1. Ordre du 2 juin (cité par Canuel, 346-349). Cf. Relation de Suzannet. (Arch. Guerre, Armée de l'Ouest.)

2. Du Chaffaut, Relation des événements, ii-13. Cf. Lettre de Suzannet à d'Autichamp (citée par d'Autichamp, 88-80) et Rapport de Lamarque à Davout, Nantes, 9 juin (Arch. Guerre, Armée de l'Ouest). — Lamarque dit que Travot « perça à Légé le centre de l'armée vendéenne ». C'était une illusion de Travot. Le 1* juin, le corps de Sapinaud avait déjà évacué Légé, et Travot eu* seulement affaire à la petite division (400 hommes) de Du Chaffaut qui, espérant entraîner les généraux vendéens à revenir sur leurs pas pour le soutenir, attaqua l'arrière-garde de la colonne impériale.

3. Rapport de Lamarque, Nantes, 9 juin (Arch. Guerre). Canuel. Mém. sur la guerre de Vendée, i 58-16 J.

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