LA MORT DE LA ROCHE JAQU ELEIN
Le 3 juin, les vendéens avaient atteint Saint-Jeandes-Monts quand un paysan apporta la nouvelle que Travot, arrivé à Rié, venait de détacher à leur poursuite la brigade du général Estève. La Rochejaquelein envoya Tordre aux paroisses du Marais de prendre les armes pour attaquer les bleus sur leur flanc pendant qu'il les combattrait avec la division de son frère. Les Maréchains ayant mis un peu de lenteur dans leur mouvement, il se trouva engagé seul, le 4 juin, contre la brigade d'Estève. Les débuts de l'action furent -cependant favorables aux vendéens qui, abrités derrière les haies et les fossés, repoussèrent trois assauts. Estève feignit de battre en retraite afin d'attirer l'ennemi en terrain découvert. Les paysans électrisés abandonnèrent leurs abris et se jetèrent en avant, dans la direction de la ferme des Mathes, mais ils s'arrêtèrent bientôt, à la vue de l'infanterie qui avait fait volte-face et les attendait rangée en bon ordre. Une charge à la baïonnette les balaya. A ce moment même, le marquis de La Rochejaquelein entendait à sa gauche les cris et les premiers coups de fusil des gens du Marais. Il ordonna à son chef d'état-major, le général Ganuel, de rallier les fuyards ; et voulant voir ce qu'allait produire la diversion qu'opéraient les Maréchains, il vint se placer sur une petite éminence, à portée de carabine des impériaux. Le lieutenant Lupin, des gendarmes' de Paris, le reconnut, dit-on, et dirigea sur lui le feu de ses hommes. On vit La Rochejaquelein tomber de cheval puis se relever en chancelant. Il s'agenouilla, fit le signe de la croix et retomba la face contre terre1.
i. Rapport de Laraarque à Davout, Nantes, 9 juin. Rapport générai de Lamarque, Clisson, 24 juin. (Arch. Guerre, Armée de l'Ouest.) Canuel tGi 168. Beauchamp, III, 185.
Quand ils eurent vu tomber La Rochejaquelein, les gendarmes s'avance-
La mort de La Rochejaquelein acheva de désorganiser l'insurrection. Les gars du Marais et les paysans des environs de Bressuirc, qui venaient de combattre sous les ordres immédiats du marquis, brûlaient de le venger, mais les vendéens ne demandaient pour la plupart qu'à rentrer chez eux. Cette guerre les laissait indifférents, car ils ne confondaient pas avec la sanglante dictature de la Convention le gouvernement impérial qui avait rétabli le culte catholique et qui, pendant douze ans, leur avait donné la paix intérieure. Ils s'étaient levés entraînés par les paroles, les menaces, les promesses des nobles, les uns pour obéir à une sorte de point d'honneur, les autres dans la crainte d'être chassés des fermes, ou dans l'espoir d'une haute solde et du pillage. Or, ils n'avaient reçu ni solde ni vivres ; les armes mêmes et les munitions promises manquaient ; on les fatiguait par des marches et des contre-marches inexpliquables ; dans presque toutes les rencontres ils avaient été battus. Ils étaient découragés *.
Les chefs ne l'étaient guère moins, bien qu'ils s'efforçassent de cacher leurs vrais sentiments. D'Autichamp, Suzannet et Sapinaud exprimèrent
rent, prirent les papiers qui étaient sur lui et l'enterrèrent. Le lendemain, •Canuel retrouva le cadavre, d'après les indications d'un paysan, et le fit inhumer dans le cimetière du Perrier.
1. « Beaucoup de paysans marchent par force, sans être animés de l'esprit de «3. » Lamarque à Davout, Angers, 31 mai. — « Les campagnards ne prennent les armes qu'avec répugnance. » Bigarré à Davout, Rennes, 4 jum# , La moitié des gens marchent par force. » La Riboisière à Napoléon, Nantes, 5 juin. — « Marchent seulement jusqu'à présent les domestiques de ferme et les vagabonds à qui les nobles donnent jusqu'à dix francs par jour. » Barouillard à Carnot, Bressuire, 6 juin. (Arch. Guerre.) Cf. Relations de Suzannet, de d'Andigné et de Malartic. Rapport du lieutenant de gendarmerie de Paimbœuf, 25 mai. Lettre à Davout, Nantes, 29 mai- (Arch. Guerre, Armée de l'Ouest.) Rapport de Résigny, Niort, 2S mai. [Portefeuille de Buonaparte, 107-108). D'Autichamp, Camp, de Vernies 71. DuChaffaut, Relation, 16. Cf. Pasquier, Mém., III, 189.