‹ 1848-1852Chapitre 4 sur 7 · SI · texte numérisé non relu

SI

•hôiite depuis trente années. Le principe de non-intervention était passé à Tétat de tradition dans la politique française. Le ehaeun pour soi y ehaeun chè% soi » était devenu une n^xime de gouvernement. Y manquer une fois» une seule, en faveur d'un peuple aux abois, c'était déjà bien de Taudace pour des courages taillés sur le patron de M. Dupin.

Des soupçons, des craintes sur le buHéritable de Texpédition, comment en concevoir? A la tête du gouvernement se trouve un homme qui a combattu dans sa jeunesse pour la liberté italienne, et qui a même perdu un frère à la malheureuse bataille de Forti. Au conseil des ministres préside un vieux libéral, qui a versé les plus larges flots de son éloquence sur les insurgés romagnols, sur les victimes d'un gouvernement de despote semi-temporel, semithéocratique, qui a l'inquisition pour base, le bagne pour instrument et la misère pour résultat, comme disait alors M. Barrot dans sa généreuse indignation.

A leura côtés cependant siège un homme qui n'est encore connu que par l'éloge de laSaint-^ Barthélémy et de l'émigration . *

Et cet homme a un frère dans les conseils du. pape, un abbé, un monsignor, diplomate

OU espion^ je ne sais de quel étage, lequel peut fort bâen être rinstrumeut d'une confrérie fameuse, dont la main cachée tiendrait les fils de cette ténébreuse intrigue. Il y a là de quoi éveiller bien des inquiétudes. Et les réponses ambiguës des ministres à la commission de TAssembléc n'ont rien de très-rassurant.

Le rapport est fait séance tenante. Force discours. Plus on parle, moins on s'entend. — Hais enfin, qu'allez^-yous faire à Rome? Vous y présenterez-Yous en amis ou en ennemis? Iriez-vous, par hasard, y rétablir le pape? — Nous allons en protecteurs de la liberté, répondent les ministres serrés de près ; notre intention n'est pas d'imposer aux populations des Etats romains un gouvernement quelconque à rencontre de leur volonté*

— Eh bien ! partez !

L'armée expéditionnaire débarque à Giyiia- Yecchia, s'en empare de vive force et marche sur Rome, bannières déployées, l'artillerie en avant : Feu ! voilà les PROTECTEURS !!1

La première attaque est repoussée. Le monsigncHT de là-bas avait sans doute prédit qu'on serait reçu les bras ouverts par les honnêtes gens du pays, qui valent à peu près les nôtres. C'est ainsi, en effet, que furent reçus les Prus-

si^ns, en 1792, par les honnêtes gens de Verdon, «i les GosaqpneBr^fl 1^4, ptr les ho»ft^tés gens de la Tille de Tfoye6# Mais il par»! t qq'àKome loiii n'était pa^ hmnêles gms/L^rmée française aux oJndref des Jésuites, l^armée ennemie (car e'eat le mot vrai, si l'oii âe met à la place des snsiégési), TapmAe libératrice à ceups de canen, fut reçue à œups de fdsil par toute la pojwlation d'une grande ville indignée, armée et secondée dans son ardeur par un gouvernement dévené. — C'est usmailen* tendu, penser M. Odilon 6arrot..-^G^est un malheur, disent quelques miiiistrea. — C'est un bonheur, se disent les Jésuites, le pavflt6n français est engagé, la goerre inévitaUe. Un Français ne recule pas.

Le sang avait coulé, et te sang de la liberté» des deux parts. Le canon avait tràné. L-écho en retènlit( dans l'Assemblée française. Grandes rumeurs :-^Nous sommes trompée I qu'en s explique enftn i Pour toutes explications; les ministres se rejettent dans leur labyrinthe d'équivoques, d'ambiguïtés, de lâches i^iensonges; et PÂssemblée, revenue dé sa surprise, vote, le 7 mai^ ce mémorable ordre du jour ».

« Le gouvernement est invité à prendi^e des « mesures pour que Te^pédition de Rome lie

« soit pas |)lus> louglomps dciournée de son « bot. »

L'ordre était positif. On l'esquiva. On louvoya^ On fit semblant de négocier. Un diplonate de bonne foi, iibiisé par son ittinistre, partit pour Rome avec dea instruÂtiona ^ui niellaient qu'un leurre/ car te général en chef feoevait^ par le même ^eoarrier, des iiistitictiona contrairesi Maie il Isillait gagner, du temps. L'Assemblée aidait encore trois sémainea à vivre. I|ie jour même die sa disparition, le â8 mai, le général Oadihot recevait Tordre d'attaqner 9ome à outrance si. la popi^ation ne se rendait à merci.

Oh ! que ces pratique» sont dignes d'une grande nation! Quelle riche moisson de gloire on y recueille! Le gouvernement 4u neveu n'a plu0 rien à envier au gouvernement de ron(Je. La campagne de Rome vaut cent fois,. à elle seule, les Pyramides et Marengo !

On sait le rëate. Le si^e de Rome dura tout un mois. Pm's, la ville fut prise d'assaut. Puis» les soldats mutiléa 4e la liberté se sauvèrent sur tontes les routes, poursuivis en ièîe par les Français , ramassés en queue par les Autrichi^is, qui n'en fusillaient que quelques-uns pour ne pas fiiire tort à la potence. Et l'Assem«

blée législatÎTey sentinelle atancée de la contrerévolu tion, approuva tout, ratifia tout» vanta les bourreaux, insulta les victimes, et, de mois en mois,, vota tous les crédits qui, de douze ceni mille francs, ont fini par s'élever à soixatUe millions! Noas sommes si riches!

Cependant il y avait des engagements pris. Des hommes graves, des hommes d'honneur comme MM. Louis Bonaparte et Odilon BarrcMt, ne jettent pas leur parole au vent. On occupait Rome : c'était bien. On y apportait la vraie liberté. C'était mieux. Le moment était venu d'appeler le peuple romain à se prononcer librement, par l'organe. du suffrage .universel sur le choix de son gouvernement. Hélas! il en devait être de la vraie liberté comme du bois de la vraie croix : à Rome comme ailleurs on n'en a pas encore vu l'ombi^e. Eu revanche, le despotisme y e^i une cruelle réalité.

Un jour, toutefois, le 18 août 1849, M. Louis Bonaparte éprouva un sentimeM, je n'ose pas dire de honte ni de remords, mais pour le moins, un sentiment de regret. Il écrivit à Fun de ses aides de camp une lettre qui fit grand bruit. Dans cette épître il se plaignait que l'armée française ne reçût pas à Roipe tous les égards qui lui étaient dus. Puis, il posait au

rétablissement du pape quatre coudilions inflexibles :

Sécularisation de Tadministration ; Gouvernement représentatif, Gode Napoléon; Amnistie générale.

G'était là sans doute la vraie liberté promise. Or, de ces quatre conditions combien le gouvernement apostolique en accepta-t-il? Aucune.

Cette lettre du 18 août, cette lueur de courage, s'évanouit bien vite. Le tour était joué. Et si le président de la République n'était luimême en cause, je dirais : le crime était commis, crime conçu, prémédité et exécuté avec toutes les circonstances propres à le rehausser; le mensonge au début, le mensonge au milieu, le niensonge à la fin, tout depuis la perfidie la plus enfiellée dans la bouche de M. de Falloux, jusqu'à la niaiserie la plus sublime sur le front de M. Odilon Barrot, où la goutte de sang ne s'eiTacera jamais. Mais j'ai hâte de sortir de cette lamentable histoire. Au point de vue qui m'occupe, je ne puis que conclure ainsi :

Le lendemain de l'expédition de Rome , la

réaction catholique et royaliste pouvait répéter à M. Louis Bonaparte ce qu'elle avait dit au général Ç^y^iguaq le len^emaÎQ de h transportation : TU ES A MOI I

ïïM tilerre «e m^riÊÊ^M riilkévlelir

Taeiàmoil

Ei en «ffdt t

La guerr« ûé Rome ^'ackevait à peine» que la défi le plus imole&t partait éé là tribaue française : « Ce qu'il nom faut muinienanit € c'est lu guerre de Rûme à Viûtétiewr. *

A tout ce qui peûseï à tout ce qniJcài^oane» à tout ce qui èxamiDé, à ioul oo qui Critique, à tout ce qui écrite à imi m qui parle ^ à tout ce qui TÎt^ a tout m qui vèui vivre, à tout ce qui se permet d'avoir sur un sujet quelconque une opinion quelconque, guerre, guerre à

mort I ténèbres et silence I jésuites et gendarmes I le salut de l'Eglise est à C0 prix I

Reconnaissez-Yous cette voix? Je l'ai entendue à travers les âges, semant la malédiction sur sa route, dominant les gémissements de l'humanité, et damnant les hérétiques jusqu'au pied du bâcher.

Je l'ai entendue à la Chambre des pairs, le 14 janvier 1848, déclamant contre les libéraux suisses, secouant la mollesse de M. Guizot , . et réclamant hautement la guerre de Suisse à Vintérieur.

Je l'ai entendue enfin (mais n'est-ce pas une illusion ?), je l'ai entendue, revenant de Bruxelles, le lendemain d'une révolution, le 1"^ mars 1848, douce comme un chant de sirène, et se ressemblant autant que le reptile du printemps ressemble au reptile de l'hiver; je Tai entendue criant à tue-tête sur les places publiques : Liberté de conscience I Liberté d'examen I Liberté d'enseignement I Liberté de la presse f Liberté de réunion ! Liberté d'association I Liberté pour tous I Liberté pour rien 1 et de reste l j'ai l'exemplaire à la main.

Frac de pair, culotte rouge, manteau noir ; grand seigneur en 1847, grand démagogue en 1848, grand sacristain en 1849; Protée quant

aux formes, Loyola quant à Tessence, imper^ lurbable dans son commerce, sauf l'espèce et la qualité de Torviétan, M. de Montalembert.

Il criera qu'on lui fait tort. — Penh ! ne vous en mettez pasren peine. lien a reçu bien d'autres et à bout portant sans sourciller. Demandez à M. Victor Hugo I M. Loyal a bon dos. Certains héros de Rabelais gagnaient leur pauvre vie à recevoir des coups de trique. Laissez donc mon cher collègue gagner le ciel à sa façon ^

Ëh ! il nous a jeté maintes fois à la tête les ossements de nos pères, qu'il traite de scélérats, le saint homme ! Il vit fort bien des suffrages^ du peuple, contre lequel il aboie, le pauvre homme 1 II ne . prêche que guerre cl massacres, le doux agneau du bon Dieu ! Et, quand je flaire le jésuite sous le républicain de circonstance, il ne me sera pas permis de tirer un peu le bout de l'oreille qui passe !

La guerre de Rome à l'intérieur ! tel est, au ■ l** janvier 1850, le programme de la réaction, programme qui porte le n"" 4, et la série n'est pas close.

A l'œuvre !

Une première remarque a frappe tous les esprits. Il serait par trop étrange que le peu-*

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plO) appelé à participer aux affaires publiques, pût 86 rÂunir, discuter et s'éclairer précisément sur les affaires publiqueSi Gomment! les candidats qui sollicitent la ooniiance de leurs concitoyens, les représentants qui ont à rendre compte de leur mandat s'adresseraient directement au peuple assemblé 1 Mais ce serait le comble du désordre t Le* véritable esprit du suffrage universel consiste à distribuer au peuple par la main du propriétaire, du patron, du curé et du gendarme, des bulletins de vote où les noms seront aussi connus du peuple que ceux des mandarins de la Chine. Qu'on y pourvoie! Caveant eonsules t

D'ailleurs, c'est ce même droit de réunion, ne l'oublions pas^ c'est ce droit contesté et méconnu qui a mis le feu aux poudrée en fé^ vrier. SoitfQeter le peuple avec Id première palme de sa Révolution, quoi 4? plus piquant! Le droit de réunion sera aboli.

11 y a bien un léger obstacle. Je veux parler de ce chiffon de papier qui s'intitule la Gonsti** ttition de 1848. Le droit de réunion y est écrit en gros caractères avec bien d'autres ; mais il est avec les Gonstitutions des accommodements. On ne supprimera pas» on Mspendra pour un an, sauf à renouveler. Tout dépend

d'ailleurs do la manière de rédiger les l6is« Voici, en trois lignes, Pesprit de colloque j'ai vu voter :

c( Les clubs sont interdits.

« Les réunions sont permises»

« Sont tonsidéréis comme club9 iùutes Uê réwnions^ »

Sipiple afTairo do gobelets. Passons à d'au-» très oxereîces.

Le droit d'association a bien son mifito aussi* Quand yélova le soleil de Février, les esprits sérieux se demandèrent quelle idée nouvelle il ferait Aclore dans le monde. Et des quatre coins de l'horizon politique s'éleva un eri unanime : AssœUitumi Fraternité en aetîon i Que ce soit là le tribut de la Révo* luIioKi de février à Inhumanité 1 *

Aussi ce droit sacré sans lequel les hommes tomberaient eu-dessous des loups qui s'asso*» cient librement dans les forêts >^e droit obtintil une mention honorable dans la grande charte de 1^48. Restait toutefois la mise en esuvre. La voiei :

Droit de s'associer» pour une partie do ehasse, par exemple, ou pour jouer aux boules, oui; mais pours'occuper des affaires publiques, qui sont les affaires de tous, serviteur I Vous

votlà en pleine société secrète. Et qu'est-ce qu*une société secrète? Texpérience vous l'apprendra à vos dépens.

Vers la fin de 1848, quelques citoyens, représentants du peuple pour la plupart, voyant la République menacée, imaginèrent de contracter entre eux une alliance défensive soas le nom- de Solidarité républicaine. Ils en avaient bien le droit, ce me semble, en pleine République surtout, lorsqu'én face d'eux les ennemis de la RépubliquiB créaient un comité d'attaque qui projetait ses rayons par toute la France. Riches de souscriptions et patronés par le gouverSiement, MM. les royalistes inondaient le pays de gros livres, de petits livres, de brochures, : de journaux et de correspondances. Les républicains nje les imitèrent que de loin, car ils ont le défaut de n'être pas riches, outre le malheur d*être assez mal vus du gouvernement de la République. Néanmoins ils firent bonne contenance. Annoncée, publiée, affichée, répandue partout au grand jour qui nous éclaire, la Solidarité faisBiii son chemin. Société secrète ! Procès !

Procès, arrestations, scellés, main mise, détention, jugements et condamnations par des juges affiliés à la Société rivale à titre d'amis

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de Fardreet d'honnêtes gens. Vos adversaires continueront leur honnête commerce, mais quant à tous, allez tous faire... solidariser sur le« pontons : si veut la loi, si veut Téquîté surtout!

Mais pourquoi aussi vous constituez-voUs en société politique ? Voyez ves adversaires ! Us ont comité central, comités de départements et comités locaux. Ils vont, ils viennent, ils correspondent; ils distribuent des brochures par milliers, des journaux par millions, et des bulletins par milliards. Vous croyez qu'ils font de la politique? Pas le moins du monde : ils font de r ordre. — Passez : la loi n'a pas affaire à vûus.

A Paris, dans l'Ouest et dans le Midi, pullulent des sociétés de Saint-Henri, de Saint- Michel, de Saint-Hubert, que sais-Je? Il s y fait un petit commerce de petites médailles, de petits portraits, de petites croix et de chapelets bénits. De temps à autres^ après boire, on y crie : Vive Henri V I à tas la République ! Et V(ms prenez cela pour de la politique ! Erreur, c'est de la bienfaisufice toute pure. — Passez : la loi est borgne, à droite elle n'y voit jamais .

Il y a encore les sociétés du 10 Décembre, de la Redingote Grise, du Petit Chapeau, du

Pelât V^rre et du Grourdin ; ta on <urte t Fbe V Empereur! tiyec accompagnement de coups de bâtoQ «iuries pasMnta. Mais il est évident que la pùliiiqae est étrangère au but de eee honorables sociétés. Tout au plus, pourraît<>on les qualifier de eovimertialeif en raison de leur petit trafic de places et de traiteiâients ; mais k» ^mmer^ n e$t pas interdit par nos lois, que je sache, -^ Passes 1 Jla loi est aTcuglé» elle n'y voit plua du tout.

Ypilà de bona exemples I Voilà comment ii faut se conduire quand on veut échapper aux perquisitions, aux mandats d'amener, et aur* tout aux réquisitoires de MM. les procureurs des prisons de la République. Il y a deux ans^ après les désastres de la SùM^rité^ les républicains pal^urent profiter de la leçon : renonçant à la politique, en apparence du moins^ vingt-sept associations onvrièrea de Paris, pro^ fesaeurs, instituteurs, tailleurs, bottiers, cha* peliers, menuisiers, cuisiniers et autres, se renfermèi^ent dans leut* spécialité et se déye* loppèrent sur une grande échelle, encouragées qu'elles y étaient par un yote de TÂssembiéè constituante. Mais la feinte était trop grossière» M. Carlier ne prit pas le change : quarantesept personnes furent arrêtés, les livres saisis»

et les associations ruinées. Il ne fiit pas ùifli* ciiô de prouver aux vingt^sept assooiatrons ayant enseignes sur rues et boulMfuesouverte» fuselles éUiaiit àe belles et bohnes sociétés secrètes. Les professeurs de musique proféssaietil des' bâmok anarobiques; tes inslituteurs avaient inslitoé des alphabets séditieux^ lé^ iaillenrs taiilnient des complots en plein drap, que }es cuisiniers cuisinaient au- fond de }euH marmites. Les chapeliers ne mantaieni ^ttê deft.bft|iiiéts ptirygiens; et, quant aui menu isiars^ que pouvaient41s metmîsep àelre chose que des planchei» à g»î)lotiiies? Ah i yé\x9 dissi* mules dans vos livres de cemmeree, en stylé du mdUer, d^épouvantables» conspirations i V&s mains courantes de ftl, d^ai^ifles, de côteleltf s et de pointes de Paris, recèlent, en termes cachés, dee programmes politiques! Yos balances trhnesti^ielles cofttieiïnent, perdait et apùiff h liquidation de ht vieille société (hrééite par M. Prondhon. Halle-là î vous awrez âeti nouvelies du jnry de Rgiris, où ne siège pas urt membre des associations, mais, en revanche, beaucoup de négociants qui se psissefatrent bien de voire concurrence.

Associations de Paris et de province, potiTsuivies ;

Cercles démocratiques, fermés ;

Sociétés de secours mutuels, datant d'un siècle, dissoutes ;

Lieux publics où Ton jouait séditieusement aux domiaos, fermés et ruinés.

Qu'est-ce que tout cela ? misères 1 Légères escarmouches de la guerre de Rome à Tintérieur. Nous en yerrons bien d'autres ; car la' guerre sera longue, si j'en juge par l'incroyable opiniâtreté des républicains.

La presse gênait (la mérité gêné toujours). Mais comment s'y prendre avec une liberté qui date de loin, qui a déjà enterré plusieurs monarchies et qui s'étale insoleùiment en tête de toutes nos institutions depuis soixante ans? Gomment? Ce qui se concède en gros, .on le rat^ trape en détail. Ce n'est p^s plus malin quecela.

a Les dtayem ont le droit de publier lear$ « opinion8f en se conformant aux lois» »

Si Jean Bonhomme lisait cet article 23 de la Constitution, il serait triomphant ; mais Jean Bonhomme n'est pas de force à lire ce corn* mentaire sous -entendu : « aux lois qui se combineront de manière à rendre ce droit illusoire pour les pauvres et même dangereux pour les riches, d

D'abord, pour imprimer, il faut un impri-

meur, et les brevets d'imprimeur dépendent du ministre de l'intérieur, qui les délivre ou les retire à sa volonté, pour ne pas dire à son caprice. Cela est si vrai, que votre serviteur, représentant des Pjrénées-Orientales, ne parviendrait pas à faire imprimer dans le département des Pyrénéen-Orientales un simple calendrier.

Je serai plus heureux ailleurs» soit. Mais, si ma publication est périodique, si c'est un journal, il me faut, au préalable» déposer un cautionnement. Et pourquoi? — Ah! c'est qu'il fajut une garantie à la société, en raison des délits que je puis commettre. «» Une garantie en espèces, à propos de délits éventuels! Nous voilà bien iMais alors demandez -en à tout ie monde. Demandez-en au conducteur qui peut me verser, au batelier qui peut me noyer, au cocher qui peut m'écraser, au pharmacien qui peut m'empoisonner , à l'avocat qui peut me ruiner, au passant qui peut .casrser mes vitres. Des délits ! mais il n'y a citoyen mettant le pied dans la rue, ou même restant au coin de son feu, qui ne puisse en commettre ! Soyez conséquents alors» et que personne ne se meuve, n'aille, ne vienne ou ne demeure sans cautionnement. Mais non ; vous

Fa venir, dépouillez-les du présent, chassez-les comme lépreux de la commune, qu'ils aillent tenir école au désert ! Puis, restreignez le programme de l'enseignement ; retranchez-en rfaistoire. Que nos enfants apprennent de mémoire, à coup de leçons et de fouet, les hauts faits d'une bourgade de voleurs qui vivait, il y a quelque deux ou troi« mille ans, dans un coin de l'Asie, c'est assez pour leur instruction. Quant à l'histoire dé nos pères^ lettre close, à moins qu'on ne la travestisse. Des droits et des devoirs du citoyen, des premières notions de la vie civile, pas un mot. Et qu'en feraient-ils? Pour eux la loi et les prophètes se résument en trois mots : obéir y servir et se taire : c'est la consigne de la caserne, c'est la consigne du couvent, ce sera celle de la France si... Mais la réponse de Royer-CoIIard me revient en mémoire : // vous faudra dix ans pour pervertir la jeunesse française; or, dans dix ans vous n'existerez plus.

Mm lot dm SI mal.

Le temps presse. J'esquisse. J'ai renoncé à tout peindre. Une Assemblée où bouillonnent toutes les passions du passé , où les modérés montrent le poing; où les gens de bon ton vomissent rinjure grossière, où le président n*a qu'une oreille et la majorité qu'un mot : la censure! une loi de déportation proposée par un ancien proscrit contre des hommes qui ont flétri la proscription ; une administration furibonde qui n'a que la colère et la menace sur les lèvres ; une main-basse exécutée à fond de train sur tous les fonctionnaires suspects de

loi de ténèbres qui se Yotait alors à rAssem-

blée nationale.

t M, dé Flotte, transporté de juin. Yainqueiirs

et vaincus se donnaient la main par-d^éssus les

barricades, et s'unissaieilt dans un,e touchante

réconciliation.

M* Vidal, enfin, républicain socialiste des plus distingués. Le peuple réclamait les conséquences pratiques de sa Révolution.

Eclats de rire d'abord au camp de la réaction; stupeur ensuite. Les trois républicains étaient élus.

Mais c'est impossible ! Mais nous sommes le jouet d'un songe ! Mais un tel vote est cent fois pipe que des barricades! Mais c'est une triple insurrection! Mais la bourgeoisie ne saurait voter avec le peuple ! Mais ce fleuve de sang que nous avions creusé, à dessein, après juin, entre la ville et les faubourgs, ne saurait se tarir ainsi! Nous sommes trahis, débordés, pillés, assassinés, morts ! Soient dénoncés à rirrdignation des honnêtes gens, soient mis en état de blocus et voués à la ruine les commer* çants qui ont voté pour des républicains, «lous réserve de mesures plus efficaces pour l'aevnir.

Et la menace s'exécuta. Et les proscriptions

morales commencèrent. Et des établissements considérables furent mis en interdit. Sans respect pour l'indépendance des votes, sans honte et sans pudeur, les journaux de Tordre signalèrent dans leurs colonnes les négociants de Paris soupçonnés de faire cause commune avec le peuple. Oncques ne fut pareil scandale. Oh! les honnêtes gens! que je les reconnais bien là !

Revanche ! revanche ! Il y a' eu surprise (comme en février). C'est toujours la protesta tioïi des vaincus. Ah 1 il vous faut une revanche ! eh bien! c'est l'un des élus, c'est M. yidai lui-même. qui va vous l'offrir. Elu le même jour dans la Seine et dans le Bas-Rhin, M. Vidal opte pour le Bas-Rhin, et laisse un siège vacant à Paris.

Pour le coup, il ne s'agit que de s'y bien prendre. D'abord, un ministre xle l'intérieur trop mou, M. Ferdinand Barrot, cède la place à M. Baroche, qui, en sa qualité d'ancien procureur général, doit apporter à ses nouvelles' fonctions toute la fougue du réquisitoire, outre qu'il connaît à fond les clubs révolutionnaires pour les avoir présidés lui-même en d'autres temps. Avec M. Baroche, la victoire sera remportée de haute lutte. Ses trois cheveux se hé-

rissent déjà siir son icrârie eh sîgiié de tribniphé. M. Baroché va devancer ta justice de ta réaction.

Vingt candidats sont présentés, contrôlés, pesés et ballottés. On suppute leurs chances. lies nuances sont sacriâées au Iriotnplie de la couleur. Après de vÎTès discussions, qui laissent un peu d^aigretir, prélude dé dissensions futures, un candidat définitif est adopté. Ùest un brave garde national, soldat de l^ordré au 2S juin 1848, qui a eu le ùialheur de perdre son fils, frappé de dix-sëpt balles à ses côtés, M*Leclerc.

Le choix était habile. Rallier là garde nationale, surexciter l'esprit de corps, battre le rappel contre une insurrection de bulletins, se donner pour auxiliaires tous ceux qui, d'une opinion ou de Vautre, volèrent au secours de Tordre menacé, et faire passer un candidat à la faveur de cette confusion de drapeaux, c'était de la haute diplomatie. Je soupçonne fort M. Thiers d^y avoir miâ la main.

Mais, par contre, la provocation était un peu forte. 11 y avait, dans le choix du candidat, un tel renversement du sens moral, un tel cynisme de perversité, qu'il frappa et révolta jusqu'aux plus indiitérents. Exploiter, après deux

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Attëi leB Motenirti d'bne guerre etvile; ^eréolamer de l'émeiite^ au nom de l'ordre ; redresser les barricades au moaieiii où le peu^ pie ea dispereaii ks deraier e vestiges ; voilà ce que-, pour son bonneur» la pôpulaiioa de. Paris ne supporta point i Admis déjà i)ux soirées de M. Dupin, traité de collègue, daguer-> réotypé et colloque dans la galerie des représentants^ le candidat malheureux dut battre en retraite. M» Eugène Sue fut élu. Mais M. Dupin se vengea, il ne Tinvita jamais.

Nouveaux cris de fureur. Mais non, ce n'est plus de la fureur, c'est de la rage. Le jour de la proclamation de Mi Eugène Sue^ j'ai regretté que les tribunes publiques n'euâsent pas été réservées aux pensional^ires de certaine grande maisoi^ des environs dd Paris^ J'aurais voulu savoir en fiiveiir de qui se fut faite la compa^ raison.

A ce degré de folie, on ne raisonne plus. Xerxès^ en pareil cas,» faisait battre de verges ! 'Océan. Le peuple sera fustigé.

Ah I le peuple ne veut plus descendre dtos .a rilel ahl il nous refusé des 43 juin dont nous tirons si bon parti 1 ah 1 il se réfugie dans réoteule, dans I^insurtection, dans l'anarcliie» àsihs le ckaee du suffrage universel t Soit. Mous

le traquerons jusque-là. Il faudra bien qu'il en fiorte. Si le peuple ne vote plus, il voudra se battre . Nou s le tenons .

Je Tafiirme devant Dieu et devant mes concitoyens, je l'affirme avec M. Véroa lui-même, qui, revenu sur son opinion» ne voit plus dans l'a loi du 51 mai que la machine la plus infer^ nale pour allumer en France sur tous les points la guerre civile : il n'y a pas en d'autre pensée dans la conception de l'œuvre capitale de la r ^action : la guerre civile !

' Loi qui attente an droit le plus sacré de l'homme et du citoyen, loi c[ui pulvérise les assises de notre droit public, loi de guet-apens qui exige trois ans de domicile lorsqu'on n'est séparé que par deux années des grandes élections qui doivent décider du sort de la France; loi impie et dégradante, qui destitue l'homme de son droit p'bur Tattribuer à la matière ; loi sauvage, qui ameute les fils contre les pères^ les ouvriers contre les patrons et sème la haine dans toutes les communes, dans toutes les fa* milles; loi contre nature, qui frappe de déchéance l'artisan, l'ouvrier, le médecin, l'avocat, tous ceux à qui la nature de leur profession ou les exigences de l'industrie font du déplacement un 46Voir; loi de loterie, qui laisse à la

négligence. d'un fonctionnaire, au caprice d'un autre, au hasard le plus souvent, Je soin de vous classer parmi les citoyens ou dans la vile multitude; loi de caste, qui, dès la première application» rejette quatre millions d*liommes de la nation; loi hypocrite, enfin, qui n'ose pas dire son véritable nom, ni avouer son véritable but. Non, non ! ce n'est pas une loi. Ce ne fut jamais qu'un placard de guerre civile, et rien de plus.

Et votée d'urgence 1 Et par qui ? Par les partisans du système des deux Chambres ; par des politiques qui redoutent, pour les Assemblées uniques, la précipitation, les surprises, les égarements momentanés ! Ils n'avaient que cette objection à nous faire, lors de la grande discussion de 1848. M.^dilon Barrot k délayait encore dans de longues phrases à la tribune le It) juillet dernier. Et M. Odilon Barrot a voté d'urgence la loi du 31 mai, la plus grave, la plus énorme des lois I Vraiment, je ne sais sll reste encore en France un atonie de cette antique et sainte bonne foi qui faisait la devise de nos pères. Mais un peuple qui ne qualifierait pas sévèrement ces hypocrisies éhontées serait à jamais déchu !

L'urgence se motiva. Un avocat motiverait

là ^^U } J'mtends enotr e M< Barôohe s^éefier: it QOflfitd de pareilles questions, soiil posiet ^ ^U^dd êll6è dgiteiit le pays^ elle» réoiai&ënt «ne ptoïttptë solutioti« » Argmiienl «omraode» et qui ti*eïige pas de grands frais d'iinrentioii I Pc^ ëèt soi-tbêffie une question bràlante, «éor Fagitàtido dans le pays pmr s'en faire un ar^ gnnieht ; et débiter cela sans rire i des barbes blail(^es,ee Aérait du haut cofiiiqne si le drame n'était pas trop sérieux. Eh! mes maîtres» il f â dur lé tapis, depuis tantôt six mois, une question qui brûle' aussi quelque peu. Grâce i vos menées, la révision tient le pays en état de fiévi^é, et je ne vois pas que tous tous pressiez d'en finir, malgré une première et solennelle décision dé F Assemblée. Tenez, je ne suis pas de TOlre école, je «élirai pas que votre conduite ti'est qu'un mensonge permanent, je veux rester poli, je me contenterai de dire que vous fauchez, barrettes et barroefaez depuis que Vous éles au pouvoir. C'est bien asse2<

Ironie ! Divinité de Proudhon t tes sectatedrs abondent, M; fiaroche institue une commission lié burgraves pour attaquer le suffrage uni^ VêréëU et il y fourre, entre antres, M. de Montebelio, M. de YatimesniU et M. de Montalem-

bétt;

l"" M. de Montebello, dont il a demandé luimême la mise en accusation le 22 février, lorsquil devançait la justice du petiple;

T M. de Yatimesnil, qui a écrit ceci le 50 mars 1848 :

c( ÉGALITÉ ! expression qui serait vide de « sens, si Von refusait aux uns ce que Von occ< cordeaux autres, »

« On ne saurait toucher au droit d'un seul « individu sans que ceux de la nation tout en- « tière soient menacée* )^

D'un seul ! Et deux ans après quatre millions d'exclus I

5° M. de Montalembert enfin ; mais pourquoi prononcé-je encore ce nom? Une palinodie de plus ou de moins rGompterez-vous?

« Priver un seul paysan de rexeroicé facile^ et naturel du suffrage ilniverseU c*tkt un crime. LE PEUPLE NE YOUS LE PARDONNERA PAS! »

Ironie I Ironie ! Ah ! daiiB les choses saintes^ tu t'appelles sacrilège et déri»ion 1

lia dotation.

Le peuple ne vous le pardonnera jamais t

Le peuple pardonna encore.

Le peuple pardonne toujours : Patiens quia œtemus.

Pourtant ne Tagacez pas trop. Ne triomphez pas en criant : V émeute a reculé t^Q lancez pas vos chiens sur le sanglier jusque dans son antre. Car je vous prédis, moi (pardon d'un jeu de mots qui rend ma pensée) , je vous prédis que bientôt les meutes reculeront.

Au 1" juin 1850, après une année de session interrompue par deux mois de vacances,

TAssemblée législative aspirait au repos. Ce n'est pas que la besogne fît défaut à son activité. L'ordre du jour était encombré de dix ou dou2p lois organiques qui devaient compléter la Constitution. Une seule était votée. Les autres attendaient : elles attendent encore. C'était bien la peine de renvoyer la Constituante en invoquant contre elle sa lassitude ! Les travaux abandonnés par la Constituante restèrent suspendus au crochet.

Mais la Législative avait accompli la moitié de sa tâche. Une année lui avait suffi pour virer de bord, et ramener de la pleine mer l'esquif de la République dans les parages semés d'écueils où avait déjà sombré quatre fois l6 vaisseau de la monarchie. Jusque-là tout avait marché d'ensemble. Une solidarité intime unissait tous les partis dans leurs attaques contre la République. Mais 1852 commençait à poindre dans le lointain; et, si l'on s'était accordé pour démolir, il était impossible de s'entendre pour reconstruire, chaque parti voulant le faire exclusivement sur ses plans et à son profit.

Trois lignes en marche peuvent se croiser, se rencontrer et se fondre sur un même point. Là elles paraîtront unies à la seule condi-

tk^n de rester immobiles. Mais Timmobilité, le statu quOf n'est de Tessence ni des sociétés, ni des partis. PourpeH que le mouyement re* prenne, et que chaque ligne conserye sa pente naturelle^ de conTergentes qu'elles étaient, elles deviendront divergentes^ L'écart ne tardera pas à se feire sentir, et le désordre en naîtra. Un désordre croissant , tel est, malgré renseigne, le tableau du parti de l'ordre depuis dix-huit mois.

Les premiers symptômes d'écart se manifestèrent à propos d'une demande d'argent: c'était malheureux. L^s confiants, les endormis se réveillèrent au tintement des piéeettes. Les passagers du bâtiment virent le capitaine et l'équipage se quereller sur leurs gages. Amis jusqu'à la bourse ! L'adage apparaissait aussi vrai dans le^hautes régions de l'Etat que sur un champ de foire, et les réflexions qui en découlaient n'avaient rien de flatteur pour le gouvernement.

Aux termes de la Constitution, M. le président de la République recevait un traitement annuel de six cent mille francs par an^ ci. ...... , . . , . 600,000 fr.

L'Assemblée y avait ajouté i

Afepûtfef*. . . eOO^OOOfr

— ie5 —

kepoH. . 600^000 fr.

k titf e de ttàis àe r^résetilation^ îrïlé dllûcaiion égale de. • . « • 600^000 fr.

Plus, t'oul' etilrélién du pa-»

tais de rËlysèe, et potif location d'irti hôtel toisin appartenant à làfainmeCastdlaiie. ; . . . . 225,000 fr.

Enfin, M. le président s'était attribué sur les Fonds de secours des ministères une part de 200,000 fr.

Total. . . 1,635,000 (s.

. Au tacHal, hn million ià% cent ^ifigt-einq miHe franc» à Muployer par M' le présidedt .de la République soit a bob entretient soit en aumônes^ aoit«iâ pla6emeatft sur la caisse d'é^ pargoe^ si tel eât été soa goûtj

% ati liM d'être entoiiri A'atm jn»qa'ù la b(M¥iià, M. LôuA» Sonuparté avait èti alors pour è(j[!l»«ils qnelqfoeiB ito»«ide cœur, tm lui eût dH i

' V< Yôti'é lot tfsttttotetle, è^ést vi*âl. îlh ancien prisonnier qui, dàtis lé iemps, n'âvâit tfrôil qu'an logemeiit él à te èoifpë, pouvait espérer mieux. Vôtre position a changé depuis. Vous Voilà, pour quelqiie temps, pt'èhiîer fonctionnaire d'ufie gf aûde iïâlî'oii ; que éôtlé ïia-

tion, pour son propre honnear, fasse bien les choses à votre égard, rien de plus naturel» Mais aussi un million six cent Tingt*cinq mille francs par an, c'est-à-dire cent trente -cinq mille et quelques centaines de francs par mois, ne sont pas à dédaigner. Nombre d'honnêtes familles vivraient dans Taisance avec les centimes que nous oublions.

a Et cela ne vous suffit point !

<( Considérez donc , monsieur, ou monseigneur» citoyen ou prince, considérez que le peuple n'est pas riche ; qu'il plie déjà sous le fardeau de son budget; que les temps sont durs ; que les denrées ne se vendent pas ; que,, dans les campagnes, on compte en se les partageant les morceaux de galette de blé noir» Remarquez que, si les pièces d'or Mnnent bien dans la poche qui les reçoit, l'écho n'en va pas résonner aussi agréablement dans les poches qui se vident/Sachez que.rîen ne dépopularise, en France, comme le^ demandes d'argent; rappelez-vous, vous qui savez si bien l'histoire, rappelez-vousi|jçejqi|'opt. coûté en désaffection à Louis:Philippe ces quêtes répétées qui ne l'en ont pas moins laissé, à If^ fin de son règne, avec 35 millions de dettes, malgré un reyenu décuple du vôtre. Puis réfléchissez I

« Ne craignez-vous pas, d'ailleurs, les comparaisons qui ne manqueront pas de se faire, et très-peu à votre avantage?

« Les membres du Gouvernement provisoire (et ils étaient onze) ne recevaient pas, à eux tous, le même traitement que vous, bien qu'ils représentassent assez dignement la France, si rt>n en juge par la veille et par le lendemain. Ce traitement, quelques-uns y ont même renoncé en nobles citoyens qu'ils étaient. A la i^ité, ils ont recueilli depuis, en échange ou à titre de supplément, la plus noire ingratitude.

« Vous avez eu un autre prédécesseur, M. le général Cavaignac. 10,000 francs par mois lui suffirent. Or, si bien que vous montiez à cheval, vous ne persuaderez jamais à la France qu'il y ait en vous treize fois et demie rétoflc idu général Cavaignac, à moins que la grandeur ne se mesure à l'ampleur des poches et de l'estomac.

« Simple chef du pouvoir exécutif, le général a'était pas décoré du titre de président de la République : c'est vrai. Voyons ailleurs. Vous n'êtes pas , comme le phénix , le seul de votre espèce dans le .monde. Il y a, dans l'Amérique du Nord, unejiptjon aussi grande et plus riche

— les —

qu* la Franoe. (y est une République comme la nôlFC. Et GoiQbien alioue^li-elle à son ppéeii-< dent? 125,000 francs par an, monaiepr» un peu moina du douiième d«Totrd traitameot; ce qui n'eçipéobe pas rAmérique de trouver i, tous {es cinq ans, d€# candidats à eboisir pow remplacer le président sortant.

« Les Américains sont des ladres, ^\i. Ren^ trons en France , et prenons pour yous mesii* rer une échelle de proportions qui t4ius flat^i tera dayantago. Au çommenoement de câ aià-^ de la France était déjà en République. EUe» avait pour premier consul un homme qui ue Sft drapait pas dam les oripeawii d*une fémâ^ f r«ndeur. En quelques années, simple général de, la République, il avait conquis à la Franœ plua de provinces que la monarchie en quatorim siècles. Les trônes de l'Europe diaparaissaient. dans les rayons de sa gloire, comme les éti^lf^ en plein midi. Seriez^oua humilié, par ba«« sard , d'être assimilé au vainqueur des Pyra^ mides ec de Marengo, vûu3 qui n'èt^ duuiu encore que par vos exploits de Strasbpur^ ei de Boulogne , et qui n'av^a pas même MC^d remporté la victoire de Satory ?

c< Eh bien) savez-vous quel était, en l'an do gloire 1800; le traitement du premier consul

de h RépuMtqM? 600,000 firanes; utt peu moins du tiers dn vMre , «nonseigiieiif . Et le premier consul avait déjà une nombreuise fa* milk, TUMs «e lé savons que trop.

«t GoTOmentl ie budget déclare if^e vous Ta» lez à vous fieul :

« Tr«iz6 fois et d€nie le général GairsHgnae ;

« Douse fois ub tiers Wasbiaglon $

% Trois foîset ptus le premier eooMl Bona« parte ;

(( Et vous n'êtes pas content !

« ihl je sais. Us avaient moifis d'aides de camp , imoins d'erffieiers d-ordonnance , moins de chevaux, mdns é^équip^ges, mmns de valets , moins de mangeitrs, moins de mouches. Mais je n'ai jamais %ien compris futilité des mouches. Tout ce que je pourrais vous voter, et de bon cœur, ce serait un éventail pour les chasser, d

Ce langage y ri ne se trouva personne, surtout parmi les mouches, pour le tenir à M. le président de la République, fl persista. Et quelques jours après ie vote qui éliminait des tables électorales plusieurs millions de ci* toyéns, MM. les ministres demaadaient pour leur chef, à titre de supplément de frais de représentation^ un léger appoint de DEUX

MILLIONS ÔtlATRE CENT MILLE FRANCS.

Oa eût dil un amendement oublié à la loi du 31 mai.

Pour la première fois l'Assemblée fit la maue ; jusqu'alors on Tavait caressée comme une maîtresse. Or, il n'est pas d'usage de demander à sa maîtresse di^s fonds d'entretien. Sérieusement, les royalistes savaient mieux que moi à qmi s'en tienir sur la destination du sup plément demandé; les journaux à gages cl sans abonnés doivent coûter cher, surtout si le zèle des écrivains se paye, et c'est trop juste, eu raison inverse de l'estime qu'il rapporte; ce n'est pas moi, par exemple, qui ai découvert l'emploi des trois cent mille francs^ de douaire votés par la République à la duchesse d'Orléans, pour suppléer à la pauvreté de la tamille. C'est cette vieille commère de Gazette de France. Elle a prétendu un jour, la jalouse, l'indiscrète, que les trois cent mille francs, que ce denier de la veuve servait à nourrir le courage de sots agents, d'écrivains maladroitSr comme dit la chanson. Je me suis expliqué depuis tout le courage, toute l'admiration, tout l'esprit, que dépensent, pour l'acquit de leur conscience, les journaux de la famille d'Orléans,

QuoiqM'i] en fût de la dotation présidentielle^

— geôles royalistes regimbèrent. Les épigrammes et les sarcasmes se croisèrent dans les bureaux et dans la presse, aii grand scandale du public, et pour la plus grande joie des républicains, qui espéraient jouir de quelque répit, tandis que dans le parti de Tordre on se prendrait aux cheveux. Neuf commissaires sur quinze se prononcèrent contre la dotation.

L'Assemblée la Tota néanmoins, mais de mauvaise grâce. Il fallut que le général Changarnier mit son épée dans la balance oiî se pesait Tor. L'épée l'emporta.

II y a des services plus lourds que des injures. Je ne serais pas surpris que la destitution du commandant en chef de l'armée de Paris eût été résolue depuis le mois de juin 1850.

L'irritation fut grande à l'Elysée. La place était ravitaillée, oui; mais MM. les royalistes avaient laissé tomber dédaigneusement de leurs mains l'obole demandée comme une gratification qu'un grand seigneur accorde à son régisseur. C'était presque un congé définitif!

Le parti de l'ordre se disloque, ses batteries se tournent les unes contre les autres. Un journal, qui passe pour s'occuper de l'Elysée, attaque vertement la majorité. L'Assemblée

«. no —

riposte I traduit le journal à sa barre et le condamne. La rupture est complète.

Nous voilà au 15 août 1851, rAssçmblée so sépare. Bon voyage I

On se reverra.

ce Récompense honnête à qui rapportera > rouillée ou non, une vieille clef des Tuileries perdue, pour la dernière ^ois., dans les eaux du Havre, par le roi Louis^Philippe en 1848*

ff Qu« si ladite clef ne se retrouve pas, bs Tuileries devront rester fermée» à tout venant. Il est défendu d'enfoncer les portes. L'uaage des momeigneurs est également interdite i»

Je ne puis raconter qu'en style du genr^ la triple odyssée de M. Berryer et de ses amis en Allemagne, de M. Thiers et des siens en Angleterre, de M. Louis Bonaparte et de ses mi-

nistres un peu partout. Le jourual le plus sérieux de l'époque est le Charivari.

Des représentants du peuple, triés, choisis, élus pour veiller, pendant Tabsence de l'Assemblée, à la sûreté de la République, désertent leur poste, passent la frontière et s'en Tont former à Wiesbaden, à nos portes, un nouveau Goblentz où chacun est admis à déposer ses hommages aux pieds de son roi .

D'autres prennent le paquebot de Douvres et vont jouer la même pièce en Angleterre, où se tiennent en réserve/ Qp: roi, un régent, une régente, sans compter un président d'occasion qui, au besoin, ferait la^planche aux autres : il faut songer à toutes les éventualités.

Notez bien que ceux-ci ont flétri ceux-là et les ont chassés de la Chambre des députés, il y a six ans, pour un pèlerinage du même genre ' à Belgrave-Square. Et ne vous hâtez pas de hausser les épaules : je vous promets mieux. Vous -verrez démain flétrisseurs et flétris se donner la main.

Pendant ce temps7là M. Louis Bonaparte se met en campagne de son côté , parcourt la France de l'est à l'ouest, échange des discours, recueille des hommages, se pose seul en face de la nation, ne dit mot de l'Assemblée, et se

fait Saluer du nom d'héritier de T empereur* Des . cris séditieux de vive la République éclatent sur SCS pas. On les réprime. Les conseils mumcipaux sont dissous, les gardes nationales désar? mées, et les régiments qui crient vive rempe^ reur abreuvés à Satory.

Voilà le grand parti de V ordre!

Et ce peuple calme, silencieux, impassible» qui ne daigne pas même siffler la pièce et les acteurs, c'est le parti du désordre»

Ces sept à huit mille coquins qui assomment les passants sur la place du Havre, c'est le parti de Yordre.

Et les assommés qui ont Taudace de se plain« dre, parti du désordre.

Ces conciliabules nocturnes; ces réunions do conjurés où se glissent des traîtres ; ces polices et ces contre-polices qui s'entrc-dcuuncent, ces gens qui se jettent à la face des accusations d'assassinat, ce sont les honnêtes gens.

Et les républicains, qui rient de ces querelles de ménage, des gueux.

Cependant on va se revoir. Les vacances s'achèvent. On s'aborde mystérieusement, on se demande à voix Dasse : « Avez-vous trouvé la clef, la fameuse clef, la clef magique? — Non.

— Et les âlitreâl — Pas davantage. — N'en J)aflons plus. »

Trois conspirations se sont tramées contre là Bépubliqiiè. I&apeurs et mineurs ont creusé la tranchée sous le sol et IVnt poursuivie chacun à part soi, trois mois durant. Les galeries souterraines cdntèf gcaîent Vers le mêthè point. Otl dé tmmnlte tië» à né;t, pic à pic. Ébahis- 0dfn6nt géâéfftl 1 Tkns ! V0Us«MsMi«M dàtis les ours ! disait Tri^tapaUè; à Marèéot, qui tenait de perdre sa tête d'&ur» Uaiic« Et de oaùler itntdléj^^s de oe {Vautre Schafaabah^m qui re»* tera le niais de la comédie, sauf à reprendre, qui sa tête d'ourâ noi^, qui sa tête d'oUrs blanc, lorsque reparaîtra le pacha.

J'ai analysé, sans le vouloir, le message de M. le président de la République , ce sermon du 12 novembre 1850 qui tomba sur les partis comme une goutte d'eau froide sur une masse de vapeur pour en amortir reffervescence. Suivons les préceptes de saint Jacques le Mineur, confessons-nous nos péchés les uns aux autres, et donnons-nous une absolution réciproque. Personne n'est allé à Wiesbaden, personne à Glaremoni. Les revues de Satory sont une invention de Cocambo. Le poignard qui devait égorgei^ M. ï)upin et M. Cbangar-

nier n'était qu'un simple couteau de bois. Entendons-nous» enCiit et confprmom^ous aux volontés du p^i^ple, lé^^ment ^fl^v mées.

Amen !

La trêve dura ce gue dure une trêve en tri... honnêtes gens.

Le 7 janvier 1851, M. le président de la République destituait le général Ghangarnier.

Le 18, à cent trente voix de majorité, l'Assemblée ripostait en renvoyant le ministère de M. Bonaparte.

Le 16 avril, le ministère honni reparaissait, renforcé de l'incomparable prestidigitateur en télégraphie, M. Léon Faucher.

Le 28 mai, enfin, toutes les opinions bonapartistes , impérialistes , fusionnistes , confusionnistes , royalistes blanches, royalistes bleues, royalistes tricolores; tous les partis mêlés, confondus, enchevêtrés, brouillés, réconciliés, disloqués et rajustés, s'entendaient pour demander la révision de la Constitution.

Je les laisse là. Les intrigues qui précèdent et les intrigues' qui suivent ne méritent pas les honneurs de l'histoire. Le Charivari lui-même ne s'en amuse plus. Je préfère de beaucoup

les théâtres en plain vent des Champs-Elysées. Polichinelle est battu par Arlequin; Polichinelle se venge sur le chat; le chat grogne; Arlequin reparaît; nouveaux coups de bâton Affreuse mêlée ! J'attends le commissaire pour y mettre Tordre.

Le commissaire apparaîtra en 1852.

Mm irlle aanliUiiële.

J'ai instruit le procès.

Je vais confronter les parties.

Puis je résumerai les débats. Je m'adresse d'abord aux républicains. Qui êtes- vous?

— Nous sommes dix millions de familles, moins quelques-unes, trente* six millions d'hommes, moins quelques-uns, qui voulons vivre honnêtement du fruit de nos sueurs sans jeter un regard d'envie sur le bien d'autrui.

« Nous ne sommes pas d'hier. Nos quartiers de noblesse ne s'arrêtent pas, dans leur ori^

gine, à quelque voleur de grands chemins, qui, de notre temps, eût mérité les assises et la potence, ni à quelque valet de chambre, palefrenier, ou procureur de menus plaisirs anobli par le regard d'un roi ou de sa maîtresse. Nos titres remontent plus haut et sont pour le moins aussi purs. Ils remontent au premier qui abattit un arbre, fouilla le sol, battit le fer, creusa un sillon, tordit une maille de -filet, et lança une barque sur l'Océan.

« Mous somtAès ¥l»We itfififiêH&e de l'humanité, avec ses racines dans les profondeurs du passé ; son tronc vigoureux qui résiste au temps ; ses générations des feuilles qui tombent et sa remplacent, ses fruits qui mûrissent dans le présent, et des fiéùrs qui idbseni pour l'avenir.

«t Hors dé nbus, il n'y a rien ; Heiï que dhâmpignôiis vénénetix oti pai'aôited.

« Ce mondé, si désole autrefois, si splendîde aujourd'hui, c'est nous qui Fâvotts transformé et ci'éé iinè sécbndd fois, séloii fâ parole de Dieu, qui nous fatait donné pour éette an : ut operdrètur eum. Si les cieux célèbrent là gloire de Dieu, si le firmament annoncerœilvrc (le ses îriaihs , conihiè àh^ii \é psalmiste, c^est la leri'e, notre œùtf e à nous, qui raconte notre

gloire. Nous Tavons défrichée » ensemencée, plantée, cultivée, eaibellie, par3emée de mo-^ numents compie de perles, et sillonnée d'une ceinture de routes et de caQaux. Nous sommes de§cen4us juscjue d^ns ses entrailles pour en extraire ses trésors. Il n'çst fleur ni épi, fil de lin, de coton, de laine pu de ^oie, fil 4e hv Qu fil d'qr, blçc de pierye ou solive de Qhêne,, çhanit^ d.e ÇQlonne ou mât de na^* Tire, qui n'ait çonsçryé Tempreinte 4e îios mains et l'odeur de nos sueurs. De la galerie souterraine des miq^s él^yest^vousi jusqu'au dôi^e des basili(]^ues i des capitales aimées de la civiliss^tion pousse^ j^sqi^i'aux plages lointaines l^s pli^f sauyiiges, partoixt vous trouvère'^ spus vo^ pa§ les pas. dos enfants du peuple.

c( Npij^ sofnipç^: Iq laboureur qui lie les b.œufs et qu^ oi^yre le sillon, le moissonneur qiji faucille le^s bleu, le faucheur qui tond la prairie, le vigneron qui taille le cep, le maq^uvre qui pioche l^ vigne, le pres^eur qui fqule le r^isia, le batelier qui transporte, et le cpmwerçjint qui fait circule^ par^qur,, comnop le s%qg da;Qs les ai^tèrp;^ les ^m?^ de tet terre et les profliiits.dû l'indiistrie,

a Noiis^ son^mes : Partisan courbé sur \ç; n^c? tier, h mineur qui<e]8[lrait{ la hoi^ilk, le, foi'^

geron qui bat le fer, le charpentier qui équarrit la poutre, le maçon qui fend la pierre, le menuisier qui scie la planche, la fileuse qui pare sa quenouille, le tisserand qui fait la toile, le canut qui tissé la soie, le soldat qui veille à la frontière, le marin qui promène le pavillon, image de la patrie,' par toutes les mers du globe/ ^ous sommes tout, tout enfin. C'est par nous que Thumanité, nourrie, vêtue et abritée, vit dans la paix^ Tabondance et la sécurité.

a Les arts qui charment la vie, les lettres qui fortifient Tâme, les sciences qui agrandissent le domaine de Thomme, nous les avons cultivés, honorés, développés. Quand nous nous exprimons, quand nous revendiquons nos droits, c'est par la voix de J.-J. Rousseau, ce sublime vagabond, cet inculte enfant du peuple. Nous avons eu des Hoche et des Marceau pour vaincre, des Béranger pour chanter leurs gloires, des David pour les peindre, et des David encore pour les sculpter au frontispice de nos monuments. Chez nous on trouve d'hunibles Jacquart qui créent des machines merveilleuses, et de glorieux Arago qui nous expliquent les merveilles des cicux. Quand vos génies à vous, quand les Lamartine et les Cha

teaubriand ont usé les dernières cordes de leur^ lyres à chanter l'aristocratie, c'est au peuple qu'ils viennent demander une dernière corde, la plus sonore y la plus solide, la plus durable, celle qui seule lancera leur nom à la postérité. C'est au foyer du peuple que vient se réchauffer leur vieilledse. C'est de l'amour du peuple que s'inspirent leurs chants du cygne. Chateaubriand à son lit de mort saluait l'avènement de la démocratie, et répétait le nunc dimittis du vieillard Siméon. Il a été donné à l'autre, au chantre du sacre des rois, de sacrer lui-même un jour le peuple-roi, dans de magnifiques discours qui resteront les miracles de l'éloquence. Et de ces deux gloires, demandez a" M. de Lamartine laquelle lui «ourit le plus, rayonne le mieux, et revient en plus doux échos retentir dans les solitudes de son cœur ! a Piien ne nous coûte, rien ne nous pèse, rien ne nous effraye, rien ne nous arrête dans ce labeur incessant qui a le monde pour sujet, les siècles pour trame, Dieu et l'humanité pour but. Neige et pluie, vçnt et bise, glaces du Nord et feu des tropiques, fatigues et périls, faim et soif, pauvreté et misère, tortures de l'âme et tortures du corps ; nous savons tout dompter parce que nous accomplissons notrç

loi, la grande loi de tous le^étres^ \M TRA- VAIL!

« Quel est dene ce degme ftbmrde et per* vers dans sen absurdité, qm foit du trayait un signe de décbéanee, «ne B6t^ de «end^mnatien affiictive et infamante 1 Eh quoi ! le tratail intelligent et fSfecond, le .travail qui crée après Dieu ef qui rappreelie Phomme de smi sublime idéal, le travail ne serait que le symbole de notre dégradation ! Et rien ne serait plus agréable à Dieu que la vie oisive d'un moine mendiant ! Mais je me demande alors potrrquoi nous n'adorons pas des marmottes et d?s lézards, supérieurs à Fhomme de beaucoup et moins dégradés, car ils travaillent moins ! Ah ! s'il entrait dans mes plans de discuter des dogmes, je vous dirais bien d'où vient le vôtre. Il vous vient, après quelques transformations, de Hnde antique, de cette religion de Boudha, qui résumait la destinée de l'homme dans cei^ deux mots : le repos ! le néant f

<t Tout arbre porte ses fruits. Tofriie doetrine entraîne ses conséquences et tend à se réaliser dans les faits. Si le travail dégrade, nécessairement l'oisiveté réhabilite. Honneur donc à la feinéantisc relie s'appellera noblesse! honte au travail : il s'humiliera sous le nom de ro-

turel Rien de plus logique. Personne ne se soucie de déchoir : dans le temps, on disiiit déroger. Ce verbe seul contient dix siècles d'histoiré. Qu'une conoeption plus élevée du devoir et de }a destinée humaine,, que le génie de rbomme n'eât pas protesté et ré^i, miéme à travers les bûchers, contre cette doctrine abru« tissante» l'Europe serait peuplée aujourd'hui àa fakirs et de parias^ comme les grandes Indes; les uns, noblement occupéa à regarder san« cessOf dea trente années durant, le bout da leur ne», pour la plus grande gloire de Dieu; les autreSj se traînant dans la fange angles- S0US des plus vils animaux^

a J^QW y allions tout droit. Dcijà la terre» aûçfg^iarée par noi». fakirs» refusait des aliinenta à l'activité deç parias* Moi p^res seaoulevèrent. Gkùre à euit I 1^ Eévolution de 1789 affranchit du même coup l'hoaunei la terre elle tra* ^ail. U <st yrai quw leur fit payer fort cher les fraifk de la guerre* Il ^t yrai que m>us jies pa^«$ WQor^^ Il est vrai que tout le monde ne put a'i^Rranehir à la fois en acquérant dos propriétéa* Il e^t vi^ai qu'une distinction fatale se créa dès lors entre tes aines et le^ ca« deta» entr« ^^x qui fkoapédaient déjà, et ceux qui ne pe^ye^daient paa em^re. Il est vrai qu'en

1830, après une révolution accomplie en commun, la première des deux classes se retrancha dans son égoïsme de parvenu et enchaîna pendant dix-huit ans les destinées de la Révolution. Mais il est vrai aussi que, le 24 février 1848, le travail, déshérité jusqu'alors, se posa hautement comme principe et comme générateur de tous les droits dont la propriété ellemême n'était que la conséquence légitime et d'un ordre inférieur.

ce Et maintenant vous nous demandez pourquoi nous sommes républicains ! Mais c'est tout simplement parce que la République est V avènement du travail y*^ parce que le travail a l'honneur de figurer pour la première fois, dans le préambule d'une Constitution, comme Tune des bases de la République.

c< Que si Ton nous demande compte de notre conduite, nous répondrons :

« Oui, nous fûmes vainqueurs un jour^ et l'histoire dira que, loin d'abuser de la victoire, nous avons généreusement tendu la main aux vaincus. Beaucoup d'entre nous avaient sacrifié les jouissances de la vie commode au culte d'une idée persécutée, tandis que leurs adversaires, aussi fiers de leur collier que le chien de la fablo; s'engraissaient aux étables de Tidée

régnante. Beaucoup ne comptaient plus depuis longtemps avec les amendes et la prison, qui» au jour du triomphe, n'eurent pas même la pensée de réclamer le prix de leurs sacrifices. J'en connais qui sortaient de la geôle, prêts à y rentrer, ne respirant qu'entre deux guichets, et qui néanmoins ne pensèrent tout d'abord qu'à protéger leurs persécuteurs contre les premiers élans de la colère du peuple. Voudriez-Yous bien me dire cependant ce qu'il fût advenu des combattants républicains ^i la bataille eût tourné autrement ?

* a Mais, voyez donc :

« Ces terribles despotes protégeant la liberté de leurs adversaires aux dépens de la leur !

« Ces farouches guillotineurs débutant par abolir la peine capitale, et préservant ainsi à l'avance leurs ennemis de leurs propres fureurs !

,c( Ces pillards insatiables montant la garde au seuil des hôtels menacés ! Jusque dans l'insurrection de Juin, que je blâme autant que je la déplore, — je l'affirme, moi, parce que je l'ai vu de mes yeux, et je défie, à cet égard, tous les démentis, — pas un acte de pillage ne s'est commis dans toute une moitié de Paris au poiîvoirde l'insurrection.

« Il était rèsèrté aux afàls de la propriété de saccager plus tard les impriitteries et de miner les propriétaires. M. Lcdru-Rollîn, lui, se portait de sa personne au secours des presses qui Tattaquaient le plus vitertient.

« Peu s'en fallut cependant, au 24 fétrier, je Tavoue, que la République ne s'annonçât par des actes de sauvagerie. Voicî une anecdote que je tiens de bonne source. Un anci^i préfet de police disait le lendemain : — M. Delessert n^a été qu'un sot. Â sa place, le matin j'eusse fait piller les boutiques de la rue Vivienne et de la rue Richelieu, au cri de vive ta RepubUque f et Louis-Philippe serait encore au Tuileries.

« Que dites-vous du procédé? Vous ne l*eussiez jamais découvert , mes bons amis les gueux ! Ni moi non plus.

« Mais vous êtes incorrigibles! Le 16 avril, une trombe va fondre à l'Hôtel de Ville sur le Gouvernement provisoire. Qui donc se précipite à son secours? Cest la 12* légion, Barbés en tête. Or, je ne jsache pas que le 12* arrondissement, ce Bethnal-Green de Paris, ce quartier général de la misère, soit précisément peuplé d'aristocrates I

«( 0 Barbés ! ô mon ami ! tu les as trop pro-

tégés ! C'est là ton plus grand crime : ils ne te le pardonneront jamais !

« Tel a été le peuple. Tel il est encore. Vexé, molesté, vilipendé, calomnié, dépouillé de ses droits, il se résigne et il attend. Viennent à luire de meilleurs jours, je le connais : malgré toutes ces piqûres de moucherons, le lion sera encore assez grand, assez magnanime, pour couvrir ses ennemis d'un large pardon, si ce n'est d'un dédaigneux oubli. »

Mais j'oublie que MM. les royalistes demandent audience. Ils n'auront rien perdu pour attendre. Je n'ai qu'à dépouiller leur dossier.

Ij*ordre et les bonnéte» yens.

Qui ctes-vous, messieurs? et quels sont vos principes ?

— Nous sommes les amis de Vordre^ le grand parti de l'ordre. Nous avons pour principe Vordre.

L'ordre! Tordre!... Et puis c'est tout? Je comprends; c'est-à-dire, excusez-moi» je ne comprends pas très-bien. C'est ma fautCt sans doute. L'ordre dans les sociétés, de même que l'harmonie dans le monde physique, m'est toujours apparu comme la conséquence d'un principe, l'application d'une loi, TefTet d'une cause. Mais Tordre, érigé en principe et tenant

lieu de toute règle supérieure ! Autant vaudrait donner la plume qui se meut sous mes doigts pour le principe du mouvement, et ces lignes que je trace en ordre pour le principe de mes idées ! vous ne prenez que l'ofTet pour la cause: légère erreur, en vérité !

Il n'y a entre nous qu'une différence du tout au tout. Je ne suis plus étonné de ne pas vous comprendre ; je le serais bien plus que, vous vous comprissiez vous-même. Et, ce qui me confond tout à fait, c'est que des mots aussi vides de sens puissent encore amuser et abuser des niais.

— L'ordre !... L'ordre !..•

--' JEh oui ! c'est une belle chose que l'ordre! mais cette belle chose dérive d'une cause pre^ mière. Voyons, voici un bataillon qui manœuvre dans un ordre admirable. Je suis de l'œil ces pelotons qui se forment, se séparent, se rejoignent, se croisent, se prolongent en colonne ou se massent en carré. Je vous demande d'après quelle savante théorie s'opèrent ces exercices. Et vous me dites : l'ordre ! Pour ma part, je vois parfaitement Tordre résulter de la régul^ité de ces mouvements. Mais c est la théorie qu'il me faut; et que me répondezvous? Rien.

n serait bien avancé, votre bataillon de recrues, si, pour toute instruction, vous vous borniez à leur recommander de manœuvrer en ordre 1

Voici une horloge, une locomotive» un navire i voiles, qui marchent à ravir ; ressorts d'acier OU ressorts de chair» tout s'engrène» tout cou* court» tout consent ; voilà Tordre. Mais le principe générateur du mouvement, pendule» vent ou vapeur ; mais le système de combinaisons d'ûtt résulte Tordre que j'admire avec voua» ce n'est donc rien à vos yeux ? G*est tout.

Ainsi des sociétés. Il n'est pays au monde où ne règne un ordre tel quel, bon ou mauvais» juste ou injuste, moral ou immoral, doux ou féroce, selon le principe d'autorité qui y préside. L'ordre règne en Autriche, en Russie» en Turquie, en Chine, à Tembouctou. S'il y a des philosophes de voire force ches lea Gafres, et si leurs journaux valent les vôtres, ils doivent trouver fort bien, au nom de Tordre, qu'un monarque aux pieds nus chasse à coups de fouet ses sujets enchaînés vers un marché où il les échangera contre de la verroterie i^':

Qu'y trouvez-vous à redire? c'est Vordre du pays. Essayez même de prouver aux philo-

sopbeg caiires, vos cmivèves, qu'ils ne sont pas i'honnête& gens !

h parle trèa^sérieusement : si Tordre tient lieu de tout principe de gouvernement, je vais vous acculer à des conséquences devant lesquelles vous reculerez peut-être.

L'ordre régnait dans la République d'AthèneSy qui comptait dix mille citoyens bavards et deux cent mille esclaves fainéants ; c'était l'ordre idéal du temps. Aristote lui-même n'en imaginait pas de plus beau. Est-ce le vôtre?

L'ordre, et un ordre sévère, régnait à Sparte, avec la communauté pour principe et le vol en honneur. Cet ordre vous va-t-il ?

L'ordre ne fut jamais plus assuré à Rome que sous Caligula. De temps à autre, pour maintenir l'ordre, Caligula faisait voler trois ou quatre cents têtes des mieux choisies. Enviez-vous le sort des. sénateur s de Caligula?

En Chine t depuis quarante siècles, règne un ordre sublime s sept ou huit couches d'hommes superposées; la couche inférieure est piétinée par les antres, la s^onde souffre, mais un peu moins ; la troisième commence à respirer un peu, et ainsi de suite. Au sommet de cette pyramide humaine se tient debout un homme, un seul, le grand Khan, qui d'un geste

maintient tout en équilibre. Voilà Tordre chinois. Est-il de votre goût ?

A Venise, au moyen âge, Tordre, c'étaient les Plombs ;

En Espagne, le bûcher;

En France, la roue, et, plus tard, la Bastille.

Aujourd'hui, en Autriche, Tordre, c'est le bâton ;

En Hongrie, la potence ;

En Russie, le knout ;

A Naples, le cachot;

En Turquie, le cordon ;

Au Caire, le pal ;

Dans TOcéanie , le cercle de feu ;

Le tout déclaré absolument indispensable pour la sûreté des Etats. Choisissez !

Telle dynastie , en Europe , se perpétue de mâle en mâle ; telle autre, en Amérique, de femelle en femelle; l'Angleterre, l'Espagne et le Portugal acceptent les deui sexes; Rome, au contraire, les exclut tous les deux. Ici le souverain ne relèvera que de son caprice ; à, il subit l'influence d'un conseil; ailleurs, il y a une ou deux chambres délibérantes. Absolu ou limité , despotique ou libéral , fédéral ou égalitaire, oligarchique ou démocratique, militaire ou fédératif, le gouver-

nement revêt des formes diverses, selon les lieux, les temps et la fortune. Les lois varient d'autant. L'ordre n'en subsiste pas moins partout. Nous voilà bien avancés dans le choix d'un principe d'autorité et de gouvernement!

Mais vous me reprochez de courir le monde, vous qui aimez tant votre pays : je rentre en France pour n'en plus sortir, et je prends au hasard.

Yous ne prendrez certainement pas Louis XI pour un homme de désordre, non plus que ses compères, Olivier et Tristan. Qui de vous se soucie d'être décoré de Tordre de Tristan?

Au siècle suivant, Catherine de Médicis comprit Tordre d'une façon bien supérieure. Au nom de Tordre, soixante-dix mille hommes fuirent assassinés à Paris et dans les provinces en quelques jours. Vive Tordre! voilà de quoi vous rendre bien jaloux !

. Sous Richelieu, Tordre se relâche un peu. Il y a encore du bon cependant, grâce au type des capucins , le père Joseph , et au type des juges, Laubardemont. J'en prends à témoin les Montmorency, Marillac, Soissons^ Grandier, Cinq-Mars et de Thou. Etes-vous en quête de Joseph et de Laubardemont?

Cinquante ans après, l'ordre brille dans toute

sa splendeur. Cent cinquaiite mille familles sant chassées de France ou dragoanées et mas^ sacrées dans les Cétennes. Quel fier homme d'ordre que ce Louis XIY ! Âh l pourquoi sa race a-t^lle dégénéré !

L'ordre de Louis XI^ de Richelieu , de Catherine et de Lmiis'XIV se perpétue jusqu'en 1789, jusqu'à ce que, lassé d'oppressions, d'exactions^ de lettres de cachet , de Bastille, de banque* routes, de ruines, de misères, de famines, de supplices, de scandales et de corruptions, le peuple s'insurge contre cet ordre ^les enfers. Et comment se nomment, .dans Totre langue, les repirésentants du peuple en 1789? Des factieux.

Et, par contre, de quel nom se décorent les partisans de la banqueroute, de la famine, etc.? Du vôtre, messieurs : Parti deVorirCf omi» de l'ordre. Lisez les écrits du temps. Vous n'avez rien inventé.

C'est le parte de l'ordre qui insurge Lyon, Toulon, Bordeaux et la Vendée.

C'est le parti de V ordre qui accueille les Prussiens en Champagne.

C*est le parti de Vordre qui attaque la Con* rention au i3 vendémiaire et qui se fait recevoir à boulets portants par le général Bonaparte.

C'est le mémo parti de l'ordre qui triomphe

sousrEmpird. Et quel ordre t Tribune et presse, tûiit ^1 muet* Sinnamary et les prisons d'Etat rendent raison de tout.

En 18i4> ce sont les Cosaques qui ramènent Tordre. Le parti de Vordre applaudit à la Charte octroyée.

Au 20 mars 1815 , le jtûrti de Vordre met la Charte au cabinet pour proclamer l'acte additionnel.

Trois mois après , le farti de Vordre reproelame la susdite Charte , amendée toutefois par la censure et tes cours prévôtales.

Au 26 juillet 1830, le farti de Tordre signe les ordonnances qui remettent la même Charte au pilon.

Quinze Jours après, le forti de Vordre ac^ clame une nouTcUe Charte et un nouveau roi.

Le 24 fétrier 1848 , au matin , le parti de Vordre recouvre tout son éclat et jure de mourir au pied du trône pour la défense de Tordre et des lois.

Le 24 février, au soir, cet éternel parti de Vordre décerne des palmes et des récompenses aux combattants républicains blessés pour la défense de Tordre et de» lois.

Au 4 ixkti , le paru de Vordre proclame la République.

Au 15 mai , la République honnête.

Au 23 juin, la République honnête et modérée.

Au 10 décembre, un équivoque.

Au 28 mai 1849, une énigme.

Au 14 juillet 1851, tout ce qu'on voudra, excepté la République.

De grâce, messieurs, ayez pitié des pauvres gens ! Vous n'avez pas changé , je veux le croire : pleutre ou insolent, Moron est toujours Moron. Mais de tant d'ordres divers qui ne sauraient se concilier, il en est un, à coup sûr, qui mérite vos préférences, lequel?

— L'ordre Tordre.... l'ordre....

Oh ! j'y jette mon bonnet , comme fit Panurgeau nez des docteurs Qyppothadée, Rondibilis et Trouillogan. a On tirerait plutôt un « pet d'un âne mort qu'une bonne raison de « philosophes comme ceux-ci. »

Mais le parti de Tordre est immortel comme Trouillogan.

Nous le retrouverons sous un autre nom. Fussions-nous plus heureux 1

« Gens de bien , honnêtes gens , où étes- « vous ? s'écriait Rabelais en belle humeur. «( je ne vous vois pas. Attendez que je chausse « mes lunettes, d

De nos jours , Rabelais n'aurait que faire de ses lunettes. Les honnêtes gens font assez de bruit, ils s'affichent assez dans leurs discours, dans leurs journaux et sur les murailles pour être découverts à i'œil nu.

Si rhonnêteté consiste uniquement à n'être pas surpris à se tromper de poche, je demande un brevet d'honnête homme pour quiconque a ^u diriger sa barque sans accrocher les articles 219 et 405 du Gode pénal.

A ce compte nous serons nombreux. Mais les gens habiles ont inventé , pour leur usage , une espèce d'honnêteté toute particulière. Es* cobar avait aussi sa morale. Et la morale de nos honnêteç gen» diffère peu de celle d'Escobar.

De même qu'il n'y a en Europe qu'un seul parti de l'ordre , il ne saurait y avoir qu'un seul parti des honnêtes gens. Les rois en sont les chefs. A tout seigneur tout honneur. Nos matadors , qui se donnent de si grands airs , ne sont hélas ! que de pauvres diables d'honnêtes gens en sous-ordre ; chez nous, et vus de près, ils imposent; à l'étranger, et vus de loin, ils font pitié.

Le chef suprême de la sainte ligue des honnêtes gens , c'est le czar. Seul , le pape de

— ii8 —

Aome aurait pu di&puter cet honaeur au pape 4e Saint-Pétersbourg, sa eonduite depuis trais ans lui donnant des droits. Mais il lui manquera toujours le droit ded droits» le droit canon. Qu'il s'incline {,

Le czar n'est connu que par dea coups de maître ! Le lendemain de Février» devant l'attitude solennelle du peuple français, le czar «*ex primait ainsi dans ses manifestes : « Pas c< plus en Allemagne qu'en France , la Russie « U6 veut s'ingérer dans les cbanf^ments qui c< ont eu lieu ou qui pourraient sui*venir es* « core dans la nature du gouvernement. Elle «t se maintiendra dans une stricte neutralité, « spectaU^ice des événements ; inoffe&sive, maia « vigilante, etc., etc. i»

La Russie neutre 1 spectatrice! in<^nsive 1 Était-ce la devise des cent cinquante bataillons russes qui écrasèrent la Hongrie en 1849, et 4ivrmnt les Tuinûiis aux bourreaux autri<diiens?

Crierez-vous à k perfidie? Eh I puisque le ^pe de Rome relève d'un serment prêté , je ne voit pas peurquoi le czar> qui est pape aussi, ne se relèverait pas lui-même de ses propres engagements.

Et le plus coupable s'il vous plait? 0 honte!

hdfntù 6llr Aome et son Église! la Hongrie qui -fut autrefois le boulevard de la chrétienté teontre les infidèles I la Hongrie <pii *ver6a par torrents le plus pur de son sang à Nicopotis ! la Hongrie devant qui se rua, se cabra et 8'a«battit le cheval de Mahomet qui devait manger lavoîne sur Tautel de Saint-Pierre ! la Hongrie qui» réunie «ux Polonais de Jean Sd^ieski, délivra Vienne assiégée et sauva la catholicité ! la Hoisgrie catholique » égorgée par des héréii- •ques sans qu'il parte de Rome une protestaiion» un soupir, un regret, une larme, pour tant ^e martyrs ! Et lee fils de ces illustres sau^ veurs de Rome , Kossuth , Bem , Dembinski , sans refuge dans la dirétienté > traqués de toutes parts , mendiant un asile chez le Turc, «n foyer de cet ennemi que teurs pères combattirent ! La terM intidèle «eule hospitalière aux chrétiens 1 un empire faible et démembré riluquant une guerre pour mainimir dans s<m nUégrité ee noble droit d'asile dont Rome aute%tm fût si fière! Et vous dites que votrs croyè:! en Dieu iNon, non iMm que vous l'invoquiez chaque jour, vous n'oiseries voir Dieu liée à iboe : tous êtes maudits 1

Il y a cinq ans» lorsque te bôurteau de ia Pologne n'aTflit encore qu^trn seul crime sur

la conscieuce, M. de Montalembert rappelait un monstre couronné. Mais les crimes s'absolvent les uns par les autres. Au second, le czar est devenu l'espoir du parti de l'ordre . Après la Pologne et la Hongrie , vienne la France ! M. de Montalembert baisera les bottes du czar et rappellera le sauveur des honnêtes gens. La mule du pape aurait sa préférence , je le sais, mais pourquoi ie pape n'a-t-il pas de canons ? Depuis l'attitude prise par le czar dans les af&ires de l'Allemagne et de la Hongrie, les autres souverains de l'Europe ne sont guère que des préfets à ses ordres. Néanmoins ils figurent assez bien sur le catalogue dès honnêtes gens. Lorsque leurs trônes s'ébranlèrent» ils jurèrent des constitutions. Leurs trônes se raffermissent-ils, c'est à qui déchirera le premier lés constitutions jurées. Le roi de Naples fait mieux, il envoie aux galères ses ministres constitutionnels. Je suis étonné que M. Victor Cousin ne s'autorise pas de ces ei^emples pour nous vanter, comme il le fait chaque jour, la sincérité du gouvernement représentatif!

' Ces pauvres rois, ils seront tous noyés^ disait en 1847, dans une de ses dernières chansons^ notre illustre poète Béranger. L'oracle aura raison cette fois comme toujours, je l'espère

bien. Mais peut-être Béran^r n'avait-il pas prévu des Cousin, des Barrot^ et des peuples assez sbts pour prêter aux rois, pendant le déluge, des nageoires sous forme de constitutions. Les rois en ont usé pour rattraper les' unes après les autres les planches éparses de leurs trônes, et les voilà de nouveau sur la rive, le blasphème à la bouche, jusqu'à ce qu'une marée plus haute que celle de 1848 les engloutisse tout à fait.

Les honnêtes gens dé chez nous en sont réduits à n'applaudir que de loin aux triomphes des Nicolas, des Ferdinand, des Frédéric, des Haynau et des Radetzki. Là-bas on fouette les femmes par respect pour la pudeur ; on exécute les maris sanç jugement par honneur pour la religion ; puis on confisque les biens par amour de la famille et de la propriété. Mais ici, dans ce pays perdu, abruti, corrompu par la liberté, la science et la philosophie, que peuton faire ? Imiter de loin, triste rôle ! Saccager des imprimeries, retirer des brevets, fermer des établissements publics, intenter procès sur procès, démoraliser les écrivains par la prison, et les ruiner par les amendes, dépouiller par milliers d'humbles fonctionnaires de leur9 emplois, et jeter leurs jfaaùUes à la la^ndicité;

tenir six départements en éUt de siège poor donner aux antres un aTant-goût des douceurs do régime qu'on leur prépare 1 misères 1 mis^ res 1 La France est encore loin d'sToir repris son rang parmi les nations modèles qui foni la gloire de la.crtiti^ation I

Et dire qtie cett6 brate de peuple à eu la malheureuse idée d'abattre^ airee le trône, Téchftfaud qui lui serrait d*are4>outant I Pas un bulletin de yictoire à échanger ^ en sus des grands cordotts de ta Légion d'honneur» contre les bulletins de Badetsky t N'avoir d'antres ressources que la déportation, Nouka-Biva^ la guillotine sèehe y comme Pa si bien dit notre ami Pierre Leroux ! Les amis de M. de Poli« gnae n'obtenant même pas de l'Assemblée cette douce peine^ cette peine de (aTCur pour Guinsrd, pour Guinard qui» en 18S0, risqua sa tâte pour sauyer celle de M. de PoHgnaol Oh ! je comprends^^ les cris de fureur que poussèrent les honnêtes gens lorsque cette belle proie leur échappa.

Il reste bien au parti des honnêtes gens ensuite et la calomnie pour décharger le trop» plein de son cœur indigné. Quand on a la pa- , rôle, seul et partout, dans rÂssemblée, dans les eomieeaet dans les banquets; lorsqu'on

réunit joêqs'à 500,000 fr . par séQMription pour orgftiiiflep une propag&D<k hotmôte et modérée ; quand on a de quoi acheter jouf naux et écrivaing, la toile et l'animal pendant (m batU; lorsqu'enfin lee parquets de la République n'ont pas plus d'œil pour voir à droite que M. Dupin n'a d'oreille pour y entendre i la partie eet belle, et bien sot qui se ferait faute d'insulter à son aise i Malheur aux vaincue / N'est-ce pas la devise de la vieille chevalerie française? L'Évangile lui- même ne recommande-t^il pas d'écraser la mèche qui fume en^ eoref Mais héla»! à l'exemple de H. Michel (de Bourges), les républicains ont âni par s'endurcir à l'injure ; et, [quand à la calomnie, c'est une arme qui demande des mains exer-* cées. À faible dose, le poison tue; à haute dose, il ne provoque que des vomiesemènts. C'est ce que l'école de Basile n'avait pas prévu. Oui, vous aurez beau répéter que Dieu se venge de la République en nous inondant de quatre années d'abondance ; que si le blé et le vin ne se vendent pas, c'est la faute de la République ; que si le hareng ne donne pas cette année, c'est encore, et bien plus, la faute de la République; vous ajouterez que nous sommes en conspiration permanente contre la Repu-

blique, et ,que nous complotons de mettre le feu à toutes les rivières ; vous le prouverez comme au 39 janvier par les artilleurs de Strasbourg et les revendeuses de Perpignan ; vous transformerez en républicains tous les voleurs, tous les mendiants, tous les malfaiteurs; vous, y comprendrez mèpxe les Teste, les Gubièrés, les Praslin, les Gudin, les prince de Bergue, tous les ministres prévaricateurs, les pairs de France assassins, les aides de camp filoutant au jeu, etc., tons gens qui n'étaient, bien certainement, que des socialistes déguisés ; vous répéterez cela honnêtement, sur tous les tons, par toutes vos bouches de chair ou de bronze que personne ne vous croira plus. Gela est usé, parce que vous en avez abusé.

Groyez^moi, exercez votre honnêteté ailleurs, vengez-vous sur la misère et sur les deniers publics.

Dans ce pays de France, où . le plomb est brave et Tor poltron, dans une société si bien constituée qu'à la moindre alerte politique ou commerciale, les capitaux s'évanouissent, prouvez à Touvrier, c'est si commode, prouvezlui, quand l'atelier se ferme, qu'il est un fainéant. Quand les denrées baissent de prix par la force des choses, prouvez au fermier que

c'est la République, et non pas le prix trop élevé de son bail qui le ruine ; aux campagnes rongées par l'usure, démontrez par A+B que c'est la République qui a engendré l'usure. La République, ayant pris les affaires, au 24 février, avec 1 milliard de dette flottante et 4 milliards de dette fixe, affirmez hautement que la République avait créé elle-même toutes ces dettes et englouti avec les millions des caisses d^épargne les réserves de l'amortissement. Il se trouvera peut-être encore des pauvres gens à Perpignan pour me redemander leurs économies. La République s'étant faite la liquidatrice bénévole d'une monarchie en faillite , mettez sur le compte du liquidateur cette faillite, que vous appellerez même banqueroute : les gros mots sont les meilleurs. Vous réussirez mieux sur ce terrain. Si habileté est mère de hâblerie, ignorance est mère de crédulité.

Je conviendrai volontiers que depuis que les honnêtes gens ont repris le gouvernail les finances de l'Etat se sont relevées , et que jamais plus sévère économie ne fut apportéo dans les deniers publics. Demandons-nous, par exemple , nous autres , quelques centaines de mille francs soit pour encourager l'in-

structioD» l'agriculture ou les associations commerciales, soit pour créer, dans un hangar, une bourse des travailleurs en face du palais de marbre de Tagiotage, on nous répond toujours ivec la chanson,

On nons répond : Dieu nous aflTîgé, Nems sommes pauvres,: mon cher fils !

Mais faut-il cent fois autant , faut-il soixante millions pour restaiirer un pape» nous sommes riches, voilà î

Quatre-vingts millions pris sou à sou dans les chaumières pour restaurer les palaijs des évoques { neus sommes riches, on les votera.

Quarante mille hommes de plus pour inter*' venir entre la Prusse et l'Autriche qui se mo-quent de nous et s'entendent le mieux dii monde. Nous sommes ricbee, on les appellera sous les drapeaux.

Pensions aux blessés de Février t nous sommes pauvres, zérol Pensions de douu mlU franco à d'anciens pairs de France , nous $om« mes riches, vote? 1

Secours aux veuves des combattants , nous sommes pauvres, zérol Douaire de trois cent miUe fraim à une pauvre veuve délaissée par

une famille riche à millions et millions , nous sommes riches, votez!

Et ces pauvres préfets destitués en Février, les oublierez -Vous? Ils sont infirmes, aveugles, hors de service. Hélas t qui en douterait? voilà les certificats, votez; et Ton vote. Mais tout à coup , ne sais comment , voilà mes infirmes plus gaillards que jamais. Ils reprennent leurs postes. Clopîn Trouillefou a retrouvé ses jambes. On dirait que les préfets de M. Léon Faucher ont passé par la cour des miracles !

Question ! MM. les préfets cumulent -ils leurs pensions d'infirnies et leurs traitements d'activité?

Oh! oui, nous sommes impitoyables sur les économies ! Voyez plutôt l'interminable série des crédits supplémentaires 1 La fortune de la France est en bonne mains !

Ainsi :

Les chemins de fer, les trésors de Pavenir, n'étaient concédés que pour une durée moyenne de cinquante ans. C'était déjà joli. Et voilà qu'on se met sur le pied d'étendre les concessions à quatre-vingt-dix-neuf ans, On aliène pour un siècle les sources de la richesse publique I

Mais, par contre, les canaux baissant de valeur, l'Etat va racheter les canaux. Vienne une invention supérieure, et l'Etat rachètera les chemins de fer hors de service. C'est la politique des honnêtes gens.

Je tire au plus court, je résume ce parallèle.

J*ai vu, d'une part, un peuple irrésistible dans son élan, grand dans la victoire, patient dans l'oppression, confiant dans son droit, inébranlable dans ses convictions, opiniâtre au travail, courbant la tête comme Atlas, mais ne succombant point sous le fardeau du monde.

Je vois, de l'autre, quelques intrigants, vieux chefs de vieux clans, vieux débris des vieilles monarchies, plats dans la défaite, insolents dans la prospérité, sans autre morale que l'habileté, sans autre Dieu que le succès, empruntant tous les langages, imitant tous les accents, revêtant tous les uniformes pour ressaisir une domination et des privilèges à jamais anéantis.

Viennent maintenant les grandes assises de 1852; et que Dieu prononce!

lia réwlslon.

La Constitution sera-t-ellc abolie sous prétexte de révision ?

Pour quels motifs ?

Par quels moyens ?

Dans quel but ?

Telles sont les questions qui vont être soumises au jury national.

On peut évaluer, sans exagération, à mille ou douze cents les discours, et à dix ou douze mille les articles de journaux qui ont déjà traité ce grave sujet. En sommes-nous plus avancés? Non. La question est-elle si bien

étudiée qu'il ne reste plus aucun doute dans les esprits? Non. Aussi me soucié-je assez peu d'ajouter quelques pages de plus aux deux ou trois cents volumes qui composent la collection révisionniste. Fort de mes convictions, confiant dans mes prévisions, certain d'ailleurs de l'appui de mes commettants, je pourrais me borner à cette. conclusion, qui restera la seule vraie :

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