Octobre. — Ordre général à l'armée du Rhin
€ Vaincus par la famine, nous sommes contraints de subir les lois de la guerre en nous constituant prisonniers. A diverses époques de notre histoire militaire, de braves troupes, commandées par Masséna, Kléber, Gouvion-St-Cyr, etc., ont épi'ouvé le même sort, qui n'entache en rien l'honneur militaire, (juand, comme vous, on a aussi
glorieusement accompli son devoir jusqu'à l'extri^me limite humaine.
« Tout ce qu'il était loyalement possible de faire pour éviter cette fin a été tenté et n'a pu aboutir. Quant à renouveler un effort suprême pour briser les lignes fortifiées de l'ennemi, malgré votre vaillance et le sacrifice de milliers d'existences qui peuvent encore être utiles à la patrie, d eût été infructueux, par suite de l'armement et des forces écrasantes qui gardent et appuient ces lignes : un désastre en eût été la conséquence.
« Soyons dignes dans l'adversité ; respectons les conventions honorables qui ont été stipulées, si nous voulons être respectés comme nous le méritons.
« Evitons surtout, pour la réputation de cette armée, les actes d'indiscipline, comme la destruction d'armes et de matériel, puisque, d'apr'ès les usages militaires, places et armement devraient faire retour à la France lorsque la paix sera signée.
« En quittant le commandement, je tiens à exprimer aux généraux , officiers et soldats, toute ma reconnaissance pour le loyal concours, la brillante valeur dans les combats, la résignation dans les privations, et c'est le cceur brisé que je me sépare de vous.
« Au grand quartier-géuéral du Ban-St-Martin, le 28 octobre 1870.
« Signé : Bazaine. »
254. — 28 Octobre. — Proclamation du général Coffinières. « Habitants de Metz,
« Il est de mon devoir de vous faire connaître loyalement notre situation, bien persuadé que vos âmes viriles et courageuses seront à la hauteur de ces graves circonstances.
« Autour de nous est une armée qui n'a jamais été vaincue, et qui s'est montrée aussi ferme devant le feu de l'ennemi que devant les plus rudes épreuves. Cette armée, interposée entre la ville et l'assiégeant, nous a donné le temps de mettre nos forts en état de défense, et de monter sur nos remparts plus de 600 pièces de canon ; enfin elle a tenu en échec plus de 200,000 hommes.
« Dans la place, nous avons une population pleine d'énergie et de patriotisme, bien décidée à se défendre jusqu'à la dernière extrémité.
« J'ai déjà fait connaître au conseil municipal que, malgré la réduction des rations, malgré les perquisitions faites par le» autorités civiles et militaires, nous n'avions de vivres assurés (jue jusqu'au 28 octobre.
« De plus, notre brave armée, déjà si éprouvée par le feu de l'ennemi, puisque 4*2,000 hommes en ont subi les atteintes, soutire horriblement de Tinclémence exceptionnelle de la saison et des privations de toute sorte. Le conseil de guerre a constaté ces faits, et M. le maréchal commandant en chef a donné l'ordre formel, comme il en a le droit, de verser une partie de nos ressources à l'armée.
« Cependant, grâce à nos économies, nous pouvons résister encore jusqu'au 30 courant, et notre situation ne se trouve pas sensiblement modifiée.
« Jamais, dans les fastes militaires, une place de guerre n'a résisté jusqu'à un épuisement aussi complet de ses ressources, et n'a été aussi eiKombrée de blessés et de malades.
« Nous sommes donc condamnés à succomber, mais ce sera avec honneur, et nous ne serons vaincus que par la faim.
« L'ennemi, qui nous investit péniblement depuis plus de 70 jours, sait qu'il est près d'atteindre le but de ses efforts ; il demande la place et l'armée, et n'admet pas la séparation de ces deux intérêts. Quatre ou cinq jours de résistance désespérée n'auraient d'autre résultat que d'aggraver la situation des habitants. Tous peuvent, d'ailleurs, être bien convaincus que leurs intérêts privés seront défendus avec la plus vive sollicitude.
« Sachons supporter stoïquement cette grande infortune, et conservons le ferme espoir que Metz, cette grande et patriotique cité, restera à la France.
« Metz, le 27 octobre 1870.
« Signé : Coffinières. »
255. — ^28 Octobre. — Proclamation du maire et des membres du conseil municipal à leurs concitoyens. « Chers concitoyens,
« Le véritable courage consiste à supporter un malheur sans les agitations qui ne peuvent que l'aggraver.
« Celui dont nous sommes tous frappés aujourd'hui, nous atteint sans qu'aucun de nous puisse se reprocher d'avoir un seul jour failli à .son devoir.
« Ne donnons pas le désolant spectacle de troubles intérieurs, et ne fournis.sons aucun prétexte à des violences ou à des malheurs nouveaux et f)lus complets encore.
« La pensée que cette épreuve ne sera (jue passagère et que nous, Messins, n'avons assumé dans les faits accomplis aucune part de
responsabilité devant le pays et devant Thistoire, doit être, en ce moment, notre consolation.
i< Nous confions la sécurité commune à la sagesse de la population. « F. Maréchal, maire ; Boulangé, Bastien, No-
BLOT, GÉHIN, DE BOUTEILLER, BlONHIN, Be-
zanson, Gourgeon, Blutingaire, Moisson, Simon, Favier, Marly, Sturel, Géisler, Prost, Worms, Collignon, Rémond, Puyperoux, général Didion, Salmon, Bouchotte, Schneider. »
256. — 5/ Octobre. — Proclamation du général Von Kummer aux habitants de Metz.
€ La forteresse de Metz a été occupée hier par les troupes prussiennes, et le soussigné est provisoirement commandant de la forteresse.
« Je saurai maintenir entre les troupes la discipline prussienne éprouvée ; la liberté des personnes et la propriété sont garanties. Les charges qui incomberont, ces jours-ci, aux habitants avant que les affaires ne soient tout-à-fait réglées, doivent être portées, et je reconnaîtrai si les habitants sauront apprécier les circonstances.
« Où je reconnaîtrai de la désobéissance ou de la résistance, j'agirai avec toute la sévérité et d'après les lois de la guerre.
« Celui qui mettra en danger les troupes allemandes, ou leur portera préjudice par des actions perfides, sera traduit devant le conseil de guerre ; celui qui servira d'espion aux troupes françaises, ou logera des espions français, ou leur prêtera assistance ; qui montrera volontairement les chemins aux troupes françaises, qui tuera, blessera ou volera les troupes allemandes, ou les personnes appartenant à leur suite; qui détruira les canaux, chemins de fer ou lignes télégraphiques ; qui rendra les chemins impraticables, qui mettra le feu aux munitions ou provisions de guerre, enfin qui prendra les armes envers les troupes allemandes, sera puni de la peine de mort.
Arrêté.
« 1° Les maisons dans lesquelles ou hors desquelles on commettra des actes d'hostilité envers les troupes allemandes serviront de casernes.
« 2° Plus de dix personnes ne pourront se rassembler dans les rues ou sur les places publiques.
« 3° Toutes les armes (|ui se trouveront entre les mains des habitants doivent être livrées, jusqu'ci lundi 31 octobre, 4 heures de l'après-midi, au palais de la division, rue de la Princerie.
« 4° Toutes les fenêtres doivent être éclairées, en cas d'alamie, pendant la nuit.
« Metz, le 30 octobre 1870. Signé : Von Kummer. »
•457. — .9/ Octobre. — Afïïche.
« Le 31 courant, à 10 heures 30 minutes du matin, partira de la gare de Metz, un convoi de Metz à Mayence, par Nancy, pour les généraux et les officiers d'état-major.
« La mise en wagon des chevaux aura lieu à 7 heures du matui.
« MM. les généraux et les officiers d'état-major sont priés de se trouver à la gare une heure avant le départ du convoi.
« Signé : Von Kummer. »