ARTILLERIE DU 6« CORPS
(Son organisation ; sa réunion au camp de Châlons ; abandon des réserves et du parc, etc. Réunion de ces débris à l'armée de Sedan ; leurs marches, leurs combats et leur ruine).
« Composition du 6' corps d'armée. — Le 6« corps de l'armée du Rhin, réuni au camp de Châlons sous les ordres du maréchal Canrobert, comprenait, en ce qui concerne l'artillerie : « 1" L'artillerie de 4 divisions d'infanterie; « 2" Une réserve ; « 3" Un parc de corps d'armée.
« Ces forces étaient placées sous le commandement de M. le général de division Labastie, dont le chef d"état-major était le colonel de Lapeyrouse.
« Elles se répartissaient ainsi qu'il suit : V 5f: batterie du 8« régiment, i l-^e division < 7^ id. id. > l'-colonel de Montluisa!st.
/ 8<= id. id. \
i lO batterie du 8« régiment, i 2c division-' 11" id. id. > lieut'-colonel Colcomb.
I 12e id. id. S
i b« batterie du 14c régiment. ] 3« division/ 6e id. id. ^ lieul'-coionel Jameï.
1 Te id. id. \
!7e batterie du lO régiment, j 8« id. id. > lieut'-colonel Nockt.
9" id. id. \
' Chaque division possédait, en outre, une réserve divisionaire de munitions d'infanterie, attelée par le 1" régiment du train d'artillerie.
/ 5« batterie du 10^ régiment, i
\ ,% H- 'i } lieut'-colonel Chappe.
Réserve .' 10*= 'd. id. (
dartillerie i 12« id. id. 1
« Toute la réserve était placée sous les ordres du colonel Desprels.
« Parc de corps d'armée. — 2^ batterie bis du 8^ régiment, 3«. 3^ bis, 4^ 4« bis et 10^ compagnie du 1" régiment du train d'artillerie, commandé par le colonel Chatillon.
« La réserve et le parc étaient réunis sous les ordres de M. le général Bertrand ; chef d'état-major, le colonel Moulin.
t Le 6« corps était complètement organisé, il n'attendait plus que l'infanterie d'une division qui devait lui être envoyée de Paris, et son parc, qui se complétait à La Fère et devait rejoindre facilement. Il reçut donc avec joie l'ordre qui lui fut donné, le 6 août, de se diriger sur Nancy. Dès le lendemain matin, 7 août, l'embarquement des divisions en chemin de fer commença, tandis que les batteries de réserve se mettaient en route pour se rendre par étapes à leur destination.
« Malheureusement, soit par suite de la nouvelle arrivée dans la nuit de la défaite de Frœ.schwiller, soit parce que l'on désirait garder des forces imposantes à proximité de Paris, les troupes, à peine en marche, reçurent l'ordre de rentrer dans leurs campements respectifs. A partir de cette époque, elles eurent, pendant quelques jours, le triste spectacle des militaires du 1" corps, arrivant isolément au camp de Chàlons et précédant leur commandant en chef, que l'on .savait en retraite vers le camp. Elles n'en avaient que plus de confiance dans un départ prochain, afin de céder la place à l'armée qui venait s'y reformer.
« Tout-à-coup, l'on apprit un malin que le maréchal Canrobert était parti pour Metz avec son état-major, laissant aux divisions l'ordre de le suivre ; la cavalerie, la réserve d'artillerie et le parc n'avaient reçu aucune instruction.
a Dépari pour Metz des divisions du 6" corps. — Quoiqu'il en
soit, les divisions commeiicèreiit leur mouvement. La 3«, puis la \.'^ division avec leur artillerie, partirent successivement pour Metz, où elles ont dû arriver non sans encombre. La 2" division, arrivée à Frouard, dut rétrograder, à l'exception d'un seul régiment, qui passa avec le général commandant la division ; l'artillerie de la 4« division ne fut jamais dirigée sur Metz.
« Nous devons mentionner ici la tentative faite par l'artillerie de la 2" division pour arriver à Metz, malgré l'interruption de la voie ferrée. Le lieutenant-colonel Colcomb et le commandant Chaumette, sous les ordres desquels se trouvait cette artillerie, apprenant que les trains étaient arrêtés entre Commercy et Bar-le-Duc, prirent la résolution de gagner Metz par étapes, en passant par Sl-Mihiel et Verdun. Ils firent débarquer h la gare de Lerouville les 10« et 11^ batteries du 8* régiment, et, sous l'escorte d'un régiment de cavalerie, se mirent en marche, laissant cà la 12« batterie et à la réserve divisionnaire l'ordre de s'engager sur la même voie.
« Arrivé à St-Mihiel, le lieutenant-colonel Colcomb reçut un ordre signé de l'Empereur, qui lui prescrivait de se retirer sur le camp de Chàlons ; il le rejoignit, en etïet, avec ses deux batteries et la réserve divisionnaire. Quanta la 12« batterie (capitaine Blondel), on n'en a plus eu aucune nouvelle, on pense qu'elle aura atteint Verdun.
« Formation de Vannée de Sedan. — Cependant une nouvelle armée se formait au camp de Chiilons, sous le commandement du maréchal de Mac-Mahon, auquel son échec de Frœschwiller n'avait presque rien enlevé de son prestige. Elle se composait :
« Du l^-" corps, qui était venu se reformer au camp de Châlons et y trouver tout ce qu'il avait perdu en armes, munitions et effets de toute nature. Ce corps fut placé plus tard sous les ordres du général Ducros ;
« Du 5^ corps (général de Failly), qui suivait le l*"" corps dans sa retraite -sur Saverne, Neufcbàteau, Vitry-le-Franrais) et devait le rejoindre au camp de Chàlons ;
« Du 7« corps (général Douayj, en retraite de Belfort sur Paris, puis sur Reims.
« A ces trois corps vint se joindre le 12* corps, qu'on forma au camp de Chàlons, comme autrefois le G"". Ce corps, placé un moment sous le commandement du général Trochu, et ensuite sous celui du général Lebrun, comprenait trois divisions d'infanterie. La 1", formée des régiments venant de Paris ; la 2^ de régiments de marche et renforcée des trois régiments appartenant à l'ancienne 2« division
du 6* corps ; la 3% d'infanterie de marine. L'artillerie de ce corps d'armée était commandée par M. le général de division d'Ouvrier de Villegly, dont le chef d'état-major était M. le colonel Peureux de Boureuille.
« Elle comprenait :
l-division j l ^^^fi'' ^^ ^l régjent. j ,ieut..colonel de Rollepot.
2e division j l ^^^\f'' X n''"Tr^' \ •^oramandant Janisson.
n. A- • ^i 3 batteries d'artillerie de /„ , ri-„„„„j „„ r... ,,.„«..„ 3' division < Tr.n,.;r.û >cnefdescad. de Guilhermy.
« La réserve d'artillerie de 6 batteries était sous les ordres de M. le colonel Brissac. Le parc de ce corps d'armée n'a jamais existé effectivement.
« Sur la proposition du général Lebrun, et d'après l'avis du général Forgeot, commandant en chef l'artillerie de l'armée, on adjoignit au 12« corps l'artillerie du 6'' corps, restée au camp de Châlons; il en fut de même de la cavalerie et du génie. En ce qui concerne l'artillerie, la répartition fut faite ainsi qu'il suit :
« Les deux batteries aux ordres du lieutenant-colonel Colcomb, furent attachées à la 2*^ division d'infanterie, les trois batteries commandées par le Ueutenant-colonel Noury, à la 3« division ; ces dernières, d'une façon provisoire, en attendant l'arrivée des batteries d'artillerie de marine.
« La réserve d'artillerie du (j* corps dut marcher avec celle du 12'. Le parc du 6« corps dut approvisionner le 12^ corps d'armée.
« Toute l'artillerie réunie des 6^ et r2« corps fut placée sous le commandement du général Labastie; le général d'Ouvrier conserva le commandement direct en ce qui concernait les batteries du 12« corps.
« Telle fut l'organi-sation de l'artillerie des 6^ et 12" corps pendant la trop courte campagne de l'armée de Châlons.
« Départ de l'armée de Chàlom. — Le 21 août au matin, l'armée quittait le camp, prenant la direction de Reims. L'Empereur, arrivé de Metz, se mit en route avec l'armée.
« Les 6« et 12« corps partirent dans l'ordre suivant : les trois divisions d'infanterie, chacune avec son artillerie ; les batteries de réserve du G« et du 12« corps, les bagages. Cet ordre de marche fut le même pendant toute la campagne, même lorsqu'on se rapprocha de l'ennemi, l'artillerie de réserve ne devant partir que lorsque toute l'infanterie était complètement écoulée.
« Le 12* corps devait suivre la voie romaine, dépasser Reims, et aller camper à droite et à gauche de la route de Laon. Cette première marche fut très-pénible ; les troupes, qui avaient été transportées au camp de Chàlons en chemin de fer, n'étaient pas habituées à la marche; arrêtées, tantôt par la rencontre d'autres troupes, qui venaient couper la voie romaine, tantôt pour laisser passer la maison et les bagages de l'Empereur, elles faisaient, sans pouvoir prendre de repos, des haltes tantôt fort longues, tantôt très-courtes, et montrèrent, dès ce premier jour, une funeste tendance à se débander. On arriva tard au campement : par exemple, la réserve d'artillerie, à cheval à 6 heures du matin, n'avait pu quitter le camp qu'à 9 heures, et ne détela pas avant 9 heures du soir.
« Si nous entrons dans ces détails, c'est que les inconvénients signalés ici se reproduisirent à chaque étape et contribuèrent beaucoup, à notre avis, à fatiguer et à démoraliser les troupes.
« Le quartier-général du 12^ corps était, ce premier jour, au Marais ; celui des généraux Labastie et d'Ouvrier, à la ferme de Baslieu, près Courcelles, où résidaient l'Empereur et le maréchal Mac-Mahon.
« Le lendemain, 22 août, on fit séjour ; dès cette époque, les distributions cessèrent d'être régulières. Le sous-intendant chargé du service de l'artillerie présida aux distributions de vivres que parvint à se procurer, à Reims, un des officiers de l'état-major du général Labastie ; mais ces rations étaient en nombre insuffisant. Les hommes se crurent en droit de faire main-basse sur le gibier très-nombreux que recelait le pays ; ils se répandirent aussi dans les propriétés pour y couper le bois nécessaire à la cuisine, nouveau prélude à des habitudes irrégulières qui se développèrent plus tard avec une effrayante rapidité.
« Départ de Reitm pour MontinéOij. — La marche du camp de Châlons sur Reims n'avait pas indiqué de projet arrêté ; mais le 22 au soir, l'armée reçut l'ordre général de se porter en avant, en prenant pour but la position de Montmédy. Nous n'insisterons pas sur les premières étapes, qui ne présentèrent pas autre chose que les incidents ordinaires d'une route.
« Le 23 août, les G^ et 12« corps, quittant Reims, se portèrent à Heurtrégiville-sur-la-Suippe , en passant par Caurel-les-Lavaunes (quartier-général à Heurtrégiville ; camp des réserves à St-Masmes) ; le 24, d'Heurtrégiville à Réthel, par l'Isle-sur-Suippe et Tagnon (quartier-général à Réthel). Le 12^ corps campa, avant d'entrer à Réthel, sur la gauche de la route, au-dessus du village de Romance.
« Le 25, séjour â Kétliol. Les deux seules batteries à cheval qui existaient dans les 6« et 12" corps sont enlevées à la réserve d'artillerie du 6" corps; la 1" batterie du ld<' est attachée à la cavalerie du général Lichtin; la 2« batterie du 19^ à la cavalerie du général Marguerite.
« Le parc du 6» corps, qui avait toujours suivi à une étape environ de distance, et qui campait, le 25, à Tagnon, à 10 kilomètres de Réthel, reçoit l'ordre de se diriger sur Poix.
« Marche à travers les Ar demies. — Le 26, de Réthel à Tourteron, par Amague et Ecordal. Nous devons mentionner de nouveau, pendant celte étape, l'encombrement d'une route étroite, sur laquelle se trouvaient tout un corps d'armée et la cavalerie et les bagages d'un autre. Par suite de halles interminables, sous une pluie torrentielle, les i-éserves d'artillerie n'arrivèrent à leur campement qu'à 2 heures du matin, elles campèrent sur les côtés de la route avant d'arriver à Tourteron.
« Le 27, les 12* et 6« corps devaient se rendre à Châtillon par Lametz et Le Chêne ; mais à peine la tête de colonne fut-elle arrivée à 2 kilomètres au-delà du Cliêne, qu'elle fut arrêtée et reçut l'ordre de bivouaquer sur les côtés de la route.
« Dès ce moment, le dernier soldat pressentit le voisinage de l'ennemi. En effet, dans le courant de la journée, on apprit qu'un engagement avait eu lieu à Buzancy (5^ corps) ; des blessés avaient été rapportés au Chêne ; en outre, la cavalerie du général Marguerite avait rencontré les éclaireurs prussiens.
« Il devenait évident que l'ennemi nous fermait le chemin de Montmédy ; on entendait dire qu'il s'était emparé des ponts de la Meuse, à Dun et à Stenay ; il fallait donc, à moins d'essayer de lui passer sur le corps, chercher à traverser la Meuse en un autre point; on opta pour ce dernier parti. Le pont de la Meuse immédiatement en aval de celui de Stenay, est le pont de Mouzon ; c'est sur ce point que fut dirigé le 12" corps.
« Le 28 août, au matin, la portion du 12« corps qui avait dépassé le Chêne, rebroussa chemin, et, suivie du corps entier, s'engagea sur la route de Beaumont. On traversa les Grandes-Armoises, où l'on apprit que l'ennemi s'était montré à Oches, à quelques kilomètres sur la droite. Arrivé au bourg de La Besace, on fit halte, et les troupes reçurent l'ordre de camper. Pendant la journée, on entendit à plusieurs reprises le canon dans la même direction que la veille.
« Passage de la Meuse à Mouzon. — Le lendemain 29, les 6'' et IS"
corps quittent La Besace pour se rendre à Mouzon par Joncq. Ils traversent la Meuse à Mouzon, sans voir l'ennemi, et couronnent heureusement les hauteurs situées sur la rive droite de la Meuse. Les divisions s'établirent sur les crêtes, entre les routes de Mouzon à Henay et de Mouzon à Carignan d'une part; et de l'autre, entre celles de Mouzon à Carignan et de Mouzon à Sedan par Douzy. Les batteries de la réserve campèrent dans la vallée, entre cette dernière route et la Meuse. Dans la soirée, les voitures de réquisition et tous les bagages qui ne sont pas d'une stricte utilité, reçoivent l'ordre de se diriger sur Mézières.
« Les batteries de marine du 12"= corps, qui avaient rejoint depuis deux ou trois jours, furent attachées à la réserve du corps, le général commandant la division d'infanterie de marine ayant demandé à garder sous ses ordres les trois batteries du 10" régiment (lieutenant-colonel Noury), qui marchaient avec lui depuis le camp de Cliàlons.
« Combat de Beaumonl-Mouzon. — Le 30 août, vers 1 1 heures du matin, l'Empereur et sa maison traversent Mouzon, se dirigeant sur Carignan ; vers la même heure, on entend le canon dans la direction de Beaumont. Sur l'ordre du maréchal commandant en chef, la !■■« division du 1"> corps (général Grandchamp) est détachée pour aller soutenir le 5^ corps, qui, en présence de l'ennemi depuis trois jours, était vivement engagé. Cette division, au lieu d'emmener son artillerie (lieutenant-colonel de RoUepot), campée sur les hauteurs à une certaine distance de Mouzon, emprunte à la réserve du G« corps les 5s 6^ et 10" batteries du 10« régiment (lieutenant-colonel Chappe, commandant Gueneau de Mussy). Ces batteries traversèrent la Meuse et ouvrirent le feu contre les têtes des colonnes prussiennes, qui commençaient à paraître sur le plateau près duquel débouche la route de Beaumont à Mouzon, repoussant vivement le S** corps.
« La 5« batterie (capitaine Pélissierj, envoyée sur la droite de la division et peut-être trop en avant de l'infanterie, ralentit d'abord la marche de l'ennemi, mais une batterie prussienne vint la prendre d'enfilade et eut bientôt tué un grand nombre de chevaux et brisé plusieurs voitures; l'ennemi, profitant de ce désordre, envahit la batterie, et le capitaine, non soutenu par l'infanterie, se vit, malgré tous ses efforts, obligé de se retirer en abandonnant ses pièces ; celles-ci tirèrent à mitraille jusqu'au dernier moment et durent faire beaucoup de mal cà l'ennemi. Les autres batteries, quoiqu'engagées de moins près, eurent aussi beaucoup à souffrir; et, sous les ordres
du commandant de Mussy, protégèrent efficacement le passage de la Meuse par le 5« corps. Nous devons citer dans ces batteries le capitaine Boyer, tué (10" batterie); le lieutenant Carrelet, qui eut la cuisse fracassée ; le lieutenant Manusié (6« batterie), blessé grièvement à la poitrine; enfin un grand nombre de sous-officiers et canonniers mis hors de combat.
« Pendant ce temps, les batteries divisionnaires et celles non employées des réserves, prenaient position sur les hauteurs dont nous avons déjà parlé, en arrière de Mouzon, à droite et à gauche de la route deCarignan.
« La 2« division du l^" corps (général Lacretelle), était chargée de garder la gauche de la position. Les batteries qui lui étaient attachées (lieutenant-colonel Colcomb, chef d'escadron Jeanisson) devaient battre le terrain avoisinant. On adjoignit aux batteries de la 2» division deux batteries de 12 de la réserve générale du 12'' corps (3* et 4" du 8« régiment, commandant Perret) ; l'une de ces batteries descendit à mi-côte pour i-emplacer une batterie de canons à balles du 6* corps (10« du 8= régiment, capitaine Bornèque), qui tirait inutilement sur une batterie prussienne placée dans un bois sur la rive gauche de la Meuse; la batterie de 12 ne put faire taire le feu de la batterie prussienne.
« Les 7" et 9" batteries du 10^ régiment, attachées à l'infanterie de marine (lieutenant-colonel Noury, commandant de Coiitpont), prirent position, l'une derrière le canal parallèle à la Meuse, l'autre un peu en aiTière, et conlre-battirent avec énergie le feu de l'ennemi. Le capitaine-commandant la 7^ batterie, M. Buisson, fut grièvement blessé au genou par un éclat d'obus.
« iSous ne devons pas non plus passer sous silence le rôle joué par la 1'^ batterie du 19^ régiment d'artillerie à cheval (commandant de St-Aulaire, capitaine Decreuse), qui repassa sur la rive gauche de la Meuse avec la cavalerie du 12« corps pour se porter au feu; elle s'engagea vigoureusement, soit contre les tirailleurs, soit contre les batteries ennemies; elle ne se retira que fort tard sur la rive gauche, elle eut deux hommes tués et quelques blessés.
« I>es autres batteries firent un feu assez vif, vers le soir, pour protéger la retraite du 3« corps et défendre le pont de Mouzon.
« Retraite sur Sedan. — Lorsque le feu eut cessé, le général de Labastie se rendit, avec le général commandant le 12* corps, auprès du maréchal Mac-Mahon pour prendre ses instructions. Il reçut l'ordre de réunir immédiatement toutes les batteries de réserve et de les
diriger sur Carignan et de là sur Sedan. Cet ordre, entendu avec surprise par ceux qui croyaient la position de Mouzon tenable, fut porté à celles de ces batteries qui n'avaient pas encore été rassemblées par le général d'Ouvrier, et exécuté sur l'heure.
« Les batteries de réserve s'acheminèrent sur la route de Sedan par Carignan, tandis que les divisions du l-2« corps prenaient la route qui passe par Amblemont et Mairy.
« Le 31 août, dans la première moitié de la journée, une partie des batteries, principalement celles appartenant aux deux réserves, ti'aversèrent la route de Sedan et allèrent camper à mi-côte des hauteurs qui s'élèvent à droite de la route de Mézières, entre la ville et le village de Floing. Les autres batteries furent plus ou moins engagées avec les batteries prussiennes, qui poursuivaient de leurs projectiles la queue de nos colonnes. Celles attachées aux divisions d'infanterie prirent position à plusieurs reprises pour combattre l'ennemi, qui, de la rive gauche de la Meuse, coupait à chaque instant nos convois entre Douzy et Bazeilles. Le commandant Dupont reçut une blessure qui nécessita l'amputation du bras.
« Combat de Bazeilles. — Il y a lieu de citer les quatre batteries de 12 (l'-colouel Maldan, commandant Perretj, appartenant aux deux réserves des 6^ et 12<' corps. Ces batteries, ayant quitté les dernières, le 30 août au soir, les hauteurs situées entre Vaux et Mouzon, ne purent rejoindre le reste de la réserve ; elle tirent route ensemble, et, arrivées à Bazeilles, reçurent du général Lebrun l'ordre de prêter leur concours pour repousser hors du village les troupes bavaroises qui y avaient pénétré. Des batteries d'autres corps furent aussi engagées, ainsi que la 4»^ batterie du ¥ régiment, capitaine Parigot, armée de canons à balles. Ces batteries secondèrent bravement l'infanterie de marine ; l'ennemi fut rejeté hors de Bazeilles, et obligé de repasser le pont du chemin de fer. Il est à regretter que ce succès ait été inutile, le génie n'ayant pu faire sauter ce pont. Le général d'Ouvrier avait pris une part des plus actives au succès de cette journée.
« Rôle de l'artillerie des 6^ et J2^ corps à la bataille de Sedan. — Le lendemain 1" septembre, de grand matin, le général Labastie, d'après les ordres reçus la veille au soir, se rendait auprès du général commandant le 1*2^ corps ; l'action s'engageait déjà sur les positions que les troupes occupaient la veille.
« Le l'> corps était placé sur la partie de la ligne de bataille comprise entre Bazeilles et Le Moucelle, et s'étendait même jusque sur le plateau qui domine Daigny. Les batteries divisionnaires étaient ren-
forcées sur cette partie du champ de bataille par trois des quatre l)attcries de i'2 dont nous avons parlé plus haut, deux appartenant à la réserve du 6« corps (lieutenant-colonel Maldan) et une à la réserve du l'> (commandant Perret, capitaine Levy). La dernière de ces batteries avait rejoint la réserve du l'2« corps.
< L'arUUeric de réserve des 6« et l^*" corps, campée depuis la veille au-dessus de Floing, occupait l'autre extrémité du demi-cercle formé par les troupes françaises autour de Sedan ; cette réserve, composée de trois batteries du 10'' régiment (13 pièces), sous les ordres du commandant Harel, appartenant à la réserve du G« corps, et de la réserve du l'i'^ corps (colonel Brissac), comptait en moins trois batteries de 12, mais était augmentée de trois batteries d'artillerie de marine, dont une de canons à balles. Elle fut mise sous le commandement du général Bertrand, et prit position sur les plateaux qui dominent Floing. Trois pièces de la lO'' batterie du 10'' régiment, qui s'étaient égarées dans la retraite de Mouzon à Sedan, ramenées par le colonel Chappe, combattirent isolément et ne rejoignirent le reste de la batterie qu'après la bataille.
« Itinéraire suivi par le parc du C« corps. — Le parc du 6« corps d'armée était aussi, le l'''" septembre, sur le champ de bataille de Sedan. 11 y aurait peut-être lieu ici de retourner un peu en arrière pour rendre compte des marches de ce parc, qui s'était toujours tenu, autant que possible, en communication avec le corps d'armée.
« Parti le 2G août de Lagnon, près Ilethel, pour Poix, il s'était, le 27, rapproché du Chêne, où se trouvait le li^ corps ; puis le corps ayant dû se diriger, le 28, sur Vendresse, le parc avait reçu l'ordre de rétrograder sur Poix. De retour à Poix, le colonel Chatillon rencontra le parc du 7« corps qui se dirigeait sur Mézières, il crut devoir le suivre dans cette direction et séjourna à Mézières le 29. Le 30, il prit la route de Sedan et vint camper entre Balan et Bazeilles; il dut changer de position le 31, pour se rapprocher de la ville, et le l^"" septembre, au matin, il s'était placé dans une déclivité de terrain, à proximité et à gauche de la route qui conduit de Sedan à Illy; il quitta cette position à 8 heures du matin, pour s'engager sur cette route.
« Détails sur l'emploi des différentes batteries dans la journée du i" sqitembre. — Disons un mot sur le rôle joué pendant la bataille par chacune des batteries.
« Le feu avait commencé de grand matin à Bazeilles. Attaquée par le 3* corps bavarois, la 3* division du 12" corps (infanterie de ma-
rine), appuyée par ses batteries (lieutenant-colonel Nouryl, fit une résistance des plus vives. Le lieutenant-colonel Noury, blessé grièvement, laissa le coramandement au commandant Coiitpont, qui, souvent obligé de céder du terrain, se reporta plusieurs fois en avant, avec une grande énergie et ne se replia, ramenant presque tout son matériel de combat, que lorsque le mouvement de retraite fut devenu général. MM. Ruthamana, lieutenant en premier, et Parizot, sous-lieutenant, avaient été gravement blessés.
« Les batteries de la "2^ division (lieutenant-colonel Colcomb), placées sur le plateau qui domine Daigny, ouvrirent le feu contre les têtes de colonne du l'I* corps d'armée prussien. Elles tirèrent pendant quatre heures dans cette position, où les capitaines Bornèque et Geiger et les lieutenants Mynard et Laviolette, de la 10« batterie du S^ régiment (canons à balles), furent grièvement blessés. M. Bornèque est mort depuis de ses blessures. Ces batteries occupèrent diverses positions dans le courant de la journée et ne rentrèrent à Sedan que sur le soir, ramenant leurs pièces, mais ayant perdu leurs caissons, brisés par le feu de l'ennemi au passage du pont de Givonne.
« Les batteries de la même division (commandant Janisson) prirent une part très- vive au combat, suivant les mouvements soit oflfensifs, soit en retraite de la division. Dans ces divers engagements, le capitaine Rossignon fut tué. Les capitaines Morel et Henry grièvement blessés, ainsi que le lieutenant Thomas. Sur la fin de la journée, le commandant Janisson essaya vainement de se faire jour avec une batterie du 7*= par la route d'illy ; les troupes d'infanterie, qui lui avaient promis de le soutenir, l'abandonnèrent, et la batterie fut prise sur le champ de bataille; le commandant Janisson rentra à grand'peine à Sedan.
» Il est difficile de retrouver les positions occupées par les autres batteries employées avec les divisions ; mais on peuj. voir, d'après leurs pertes, qu'elles ont été rudement engagées.
« Dans les batteries de la 1"''^ division (lieutenant-colonel de Rollepot), le commandant Charron, qui avait avec lui deux batteries du 15' régiment, fut blessé ; la quatrième batterie du 4* régiment (capitaine Parrigot), armée de canons à balles, eut beaucoup à souffrir, mais fit grand mal à l'infanterie ennemie. Quant aux batteries de 1"2 détachées de la réserve, l'une d'elles, la 9« du 14* (capitaine Gabé), put à peine mettr- en batterie. En moins d'un quart d'heure, elle eut un si grand nombre d'hommes et de chevaux mis hors de combat, qu'il fallut amener les avant-trains. Le lieutenant en '>, M. Maitre,
dut mettre pied à terre et aider lui-même à emmener l'une des pièces. La 8'^ batterie du même régiment (capitaine Brandon) eut un sort différent ; après avoir suivi la 9^ jusqu'au moment où elle ouvrit son feu, elle se dirigea vers le nord du champ de bataille et mit en batterie à hauteur deGévone. Forcée de se repUer par le feu supérieur de l'ennemi, elle reprenait la route dans la même direction et passait le ruisseau de Gévone, probablement à Châtaimont. A ce moment, assaillie par une vive fusillade, elle est faite prisonnière avec son capitaine par le 87« de ligne prussien. Les deux lieutenants, qui étaient en tête avec le colonel Maldan, ont pu passer avec lui en Belgique.
« Pendant ce temps, les batteries de réserve des 6« et 12« corps, placées au-dessus de Floing, avaient engagé un feu des plus vifs, soit avec l'artillerie bavaroise établie au nord de Fresnois, soit avec l'artillerie des 11'= et 5« corps prussiens, qui, après avoir passé la Meuse à Dom-le-Me.snil et à Donchery, l'avaient contournée pour venir attaquer les positions des Français à St-Menges et llly.
v< Les batteries avaient été disposées ainsi qu'il suit : la batterie de 12, possédée encore par la réserve, une batterie de 4 et la batterie de mitrailleuses de la marine, sous les ordres du colonel Brissac, étaient placées non loin de la Meuse, sur le bord de la route de Sedan à Mézières, passant par Floing. Elles tirèrent longtemps, mais sans succès, contre les batteries de la rive gauche de la Meuse. Le reste des batteries, placées au sommet du plateau de Floing (commandant Harel et Pontgerard) engagèrent la lutte avec les batteries prussiennes, qui avaient passé la Meuse, et avec celles qui étaient restées sur la rive gauche.
« Cette dernière partie de l'artillerie eut beaucoup à souffrir, surtout les batteries prises à revers par les pièces placées sur les hauteurs de ■^resnois. M. le lieutenant Poncy-Sauchon eut les deux bras emportés. M.Daumas, sous-lieutenant, fut blessé au bras.
* Nous devons encore mentionner la part prise à la bataille par les deux batteries à cheval, détachées depuis plusieurs jours avec la cavalerie. La première batterie du 19"= régiment (commandant Beaupoil de St-Aulaire, capitaine Decreuse), après avoir contribué, dans la journée du 31 , à la défense du pont de Bazeilles, recommença le feu le lendemain, sur le même emplacement. Chaque pièce tira en moyenne 200 coups, dans différentes positions, où la batterie éprouva des pertes .sérieuses.
« La -2* batterie du 19* (capitaine Hartung) n'avait pas pris part aux affaires du 30 et du 31 ; elle avait suivi dans ses reconnaissances
la cavalerie du général Marguerite, faisant des marches longues et fatigantes, et était venue camper, le 31, à llly. Le l*"' septembre elle occupa les hauteurs qui dominent ce village, et soutint, pendant plus de deux heures, le feu de quatre batteries prussiennes. Elle ne cessa de tirer qu'après l'épuisement complet de ses munitions, qu'il lui fut impossible de renouveler; les deux lieutenants delà batterie, MM. de Coulanges et de Pontich, avaient été blessés, ainsi qu'un grand nombre d'hommes; le capitaine-commandant ramena toutes ses pièces.
« Pendant toute la journée, les généraux Labastie et d'Ouvrier, ayant confié au général Bertrand le commandement des batteries de réserve placées sur les hauteurs de Floing, se tinrent de leurs personnes sur la partie du champ de bataille comprise entre Bazeilles et Balan et Daigny ; ils se portèrent partout où leur présence pouvait être utile, encourageant jusqu'à la lin les troupes par leur exemple. Nous croyons devoir signaler ici l'effet produit par trois mitrailleuses que le général Labastie fit hisser, vers trois heures, sur le plateau qui domine le fond de Givonne. Les têtes de colonnes prussiennes commençaient à avancer rapidement vers ce point, malgré le feu des tirailleurs ; à peine les mitrailleuses eurent-elles commencé leur tir, que les tètes de colonnes se replièrent en désordre et durent renoncer à déboucher de ce côté, tant que les munitions ne furent pas épuisées.
« Tel fut le rôle de l'artillerie des 6« et 12^ corps à la bataille de Sedan. Malgré les fatigues de cette longue journée, malgré les pertes en hommes et en chevaux, presque toutes les pièces avaient été sauvées ; elles tombèrent, le lendemain, aux mains de l'ennemi par suite de la capitulation.
« A Wiesbaden. •*** »
« Nota. — Les rapports officiels prussiens sont pubUés dans la Semaine milUaire prussienne, journal hebdomadaire (numéro du 17 septembre). »
264. — Ordre du jour du général Forgeot, commandant en chef l'artillerie de l'armée de Chàlons.
« Officiers, sous-officiers et canonniers de l'artillerie de l'armée de Châlons,
« Dans la malheureuse journée du 1" septembre, vous avez, avec un courage et une solidité exemplaires, noblement soutenu la vieille réputation de notre armée. Des pertes énormes et cruelles attestent l'énergie et la constance de vos efforts. L'armée tout entière et l'ennemi leur ont rendu hommage : la patrie ne saurait les méconnaître,
et j'appelle de tous mes vœux le jour où il me sera permis de revendiquer pour vous sa justice.
« Au moment de subir avec vous les douloureuses nécessités de la guerre, je ne veux pas quitter un commandement dont j'étais si fier, sans vous féliciter de votre dévouement et de votre abnégation pendant les tristes épreuves que nous venons de traverser ensemble : je vous en remercie de toute mon âme, et je vous serre à tous affectueusement les mains.
« Puissent la conscience du devoir accompli et Tespoir de jours meilleurs vous consoler des injustices de la Fortune. « Sedan, le 2 septembre 1870.
« Le général de (Uvision commandant en chef /'artillerie de l'armée de Sedan, Forgeot. »