‹ 1870Chapitre 4 sur 155 · CHEV · texte numérisé non relu

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Pas un seul coup de fusil ne se fait entendre sur notre front. Dieu, que cette inaction est longue et pénible ! Force organisée et soumise, l'armée reçoit tout de ses chefs. Pourquoi donc nos généraux ne savent-ils pas vouloir ?

Pour occuper mes hommes, j'ai fait améliorer notre camp, déplacer les chevaux, tracer des routes, etc. Tout est fini. Que faire? (V. Pièces justificatives n°' 158, 161 .)

22 Septembre, midi. — Le général de Berckheim a réuni tous les commandants d'artillerie du 6^ corps; il a organisé le service des batteries de notre secteur. Il a prescrit de

former un troupeau et d'envoyer dans les prairies de la Moselle, du côté de St-Eloy, tous les chevaux hors de service destinés aux vivres-viandes. (V. Pièces justilicatives n°' 160, 167.)

Il a ordonné pour demain une revue générale des hommes, des chevaux et des munitions, afin de s'assurer une fois de plus que nous sommes prêts à partir. (V. Pièce justificative nM69.)

On a causé des bruits de la cité. Les Messins affirment que le maréchal Bazaine continue à traiter avec le prince Frédéric- Charles, qu'il est question d'envoyer l'armée du Rhin en Afrique avec armes et bagages et d'abandonner la forteresse. On nous recommande d'empêcher les soldats d'aller en ville.

Pour la première fois, cette nuit, les Prussiens ont essayé de surprendre deux de nos petits postes : la ferme en avant de r.adonchamp et le petit bois de Chàtillon sous St-Julien ; ils ont été repoussés.

De notre côté, dans la journée, pendant que nos tirailleurs, sortis de la ferme de Belle-Croix, s'avançaient sur les hauteurs de Vantoux, le colonel Davoust, à la tête du 9o®, a enlevé Lauvallières et poussé jusqu'à Noiseville. Le 18* bataillon de chasseurs fouillait les bois de Colombey. La l'* brigade de la division Castagny s'emparait du château de Mercy-le- Haut. Enfin, d'autres détachements marchaient jusqu'aux premières maisons d'Augny.

En résumé, quelques régiments ont été mis sous les armes et ont fait une reconnaissance sur le tiers de l'investissement de Metz. On a ramené du fourrage et de l'orge et on s'est retiré sans être inquiété et sans pertes.

23 Septembre, 8 heures du soir. — J'ai passé ce matin une nouvelle revue ; les cinq batteries de la réserve sont réorganisées, prêtes à marcher.

On a voulu recommencer un fourrage, et la division Ayniard, du 3^ corps, s'est avancée jusqu'à Nouilly et Vany ;

mais celle fois !e prince Frédéric-Charles a exécuté la singulière promesse qu'on lui prête. Il aurait dit qu'il répondrait si on continuait à l'inquiéter, etc. Il a, sans doute, été prévenu, et il a immédiatement déployé des forces énormes et de nombreuses batteries à Malroy, Charly, Failly, sur la route de Boulay, en avant de Servigny, près de Noiseville, etc. Xos détachements se sont repliés sous une pluie d'obus, qui les a suivis jusque sous les canons du fort. Plusieurs projectiles ont touché le château de Grimont, et quelques-uns sont venus jusque dans l'intérieur du fort St-Julien.

Les journaux saisis le 22 ont appris que les Prussiens sont devant Paris; que toutes nos villes assiégées, Strasbourg, Toul, Verdun, Thionville, Schlestadt, résistent avec énergie; que M . Thiers est parti pour la Russie et l'Angleterre afin d'obtenir une médiation, etc.

Un cri est sur toutes les lèvres : le moment est venu; jiartons !

Depuis le 18 août, on n'a rien ordonné ni tenté de sérieux. Si on retarde encore, la discipline sera impuissante à maintenir l'armée.

24 Septembre. — Le général Bourbaki est parti en mission secrète. Pourquoi ne pas en parler officiellement? On ferait cesser les rumeurs de trahison qui se font jour de toute part. Les bruits les plus étourdissants circulent. Tout est mystère î

Quelques coups de fusil ont été tirés, cette nuit, aux fermes de Thury et sous Châtillon.

25 Septembre. — C'est aujourd'hui dimanche. Le général de Berckheim a fait défiler la réserve d'artillerie. Il a fait former le cercle ; il a témoigné sa satisfaction et fait appel à l'énergie de tous. Il a vu, ce matin, toutes les batteries du 6^ corps réorganisées iiour le combat.

Le maréchal Canrobert et plusieurs généraux ont reçu des nouvelles de leurs familles.

Le colonel Laffite, commandant la garde nationale sédentaire de Metz, a réuni tout son monde aujourd'hui.

26 Septembre, 11 heures. — Rien de nouveau sur notre front.

Pour faciliter les communications entre les deux rives de la Moselle, et pour relier les lignes de défense, le général d-e Berckheim a fait établir un service de pontonniers avec des nacelles. (V. Pièce justificative n° 179.)

8 heures du soir. — J'ai envoyé, à 2 heures, le commandant Brunel avec la batterie Blavier en avant de nos lignes, du côté de Ladoncharap. Ils ont fait feu sur les troupes qui semblent se concentrer tous les jours à la ferme des Grandes- ^ Tapes. L'ennemi, qui avait peut-être un seul régiment en armes, s'est replié et nos canons sont revenus au camp.

27 Septembre. — J'adresse au général un nouveau rapport sur nos chevaux. Ils reçoivent encore des rations, des feuilles et de l'herbe; leur dépérissement subit est inexplicable, j'en ai recherché la cause et je crois l'avoir trouvée : ils ne s'assimilent pas leur nourriture. Le maréchal Bazaine leur fait donner, depuis quinze jours, du blé, du seigle et des graines fourragères. Je viens de constater que presque toutes les graines, surtout les grains de blé et de seigle, se trouvent en totalité et en boules compactes dans les crottins. J'ai fait vérifier le fait dans toutes les batteries par le vétérinaire, et je lui ai demandé un rapport, que j'ai envoyé avec le mien. (V. Pièce justificative n° 186.)

Tout le blé que nous donnons depuis quinze jours à nos chevaux est donc perdu, et pour eux et pour l'armée !

Je prescris aux commandants de batterie de passer une nouvelle revue des animaux et de me signaler chaque jour au

— oo

rapport ceux qui faibliront. Cet examen devra être incessant et permanent.

7 heures du soir. — Dans la journée encore quelques attaques sans importance et sans résultat. J'ai reçu, à il heures, l'ordre de faire marcher la réserve. J'ai envoyé la batterie Lippmann servir les pièces de la Grange-aux-Dames. La batterie Blavier s'est portée en avant des lignes, entre les batteries fixes de la Maison-Rouge et du Saillant; la batterie de mitrailleuses Laurel, à côté de la précédente; enfin j'ai conservé les deux batteries Lequeux et Bernadac attelées, prêtes à faire feu. (V. Pièce justificative n" 187.)

Le signal donné, après une canonnade très-vive, on a pris, vers une heure et en un instant, les bois de Woippy, les postes de Ste-Agathe et de Ladonchamp, les Grandes et les Petites-Maxes ; mais une demi-heure après, tout a été abandonné ; on s'est replié, et nous étions dans nos camps à o heures.

Du côté de la route de Sl-Avold, à la pointe du jour, la brigade Lapasset, renforcée par le 90^ régiment de ligne et le 1 P bataillon de chasseurs, a pris le couvent, la gare et le village de Peltre, le château de Mercy et les bois de Colombey. Tout le monde était rentré à midi sans pertes et avec des fourrages assez importants.

28 Septembre. — Les Prussiens semblent furieux de notre résistance et de nos attaques. Partout où nous allons, ils sèment des ruines. Ils sont revenus hier derrière nos troupes incendier le village, le couvent et l'église de Peltre, le château de Mercy, la ferme de la Grange-aux-Bois. L'horizon semblait en feu.

Pourquoi de semblables horreurs? C'est la barbarie érigée en système. Ils ont aussi, à minuit, brûlé les villages des Maxes visités hier par nos troupes. Ils ont mis le feu successivement à toutes les maisons, à l'église, et on distinguait avec des longues-vues les cordons de soldats, les incendiaires et leurs torches !

Des actes aussi inutiles et aussi affreux sont indignes de notre civilisation et de notre siècle.

29 Septembre. — Celte nuit, les Prussiens ont encore continué leur œuvre de destruction et de ruine. Ils ont achevé de brûler toutes les maisons isolées des villages des Maxes.

Le maréchal Canrobert a convoqué à son quartier-général les officiers récemment promus ou décorés. Après des éloges et des félicitations, il leur a dit : Qu'ils auraient bientôt à faire preuve de force et d'énergie pour réprimer les passions subversives qui se sont fait jour dans les couches inférieures de la société. Il a ajouté : que la France était assez riche pour payer ; que plaie d'argent n'était pas mortelle, etc.

Ce discours rapporté dans les camps et dans la ville soulève des orages. Tous les bruits sont donc vrais ! On traite donc avec le prince Frédéric-Charles ; il y a donc des bases, des négociations avouées, des milliards à payer sans cession définitive de territoire ; on prépare alors une restauration impériale !

Pourquoi tous ces mystères? Où sont les négociateurs? Le prince Frédéric-Charles amuse le maréchal Bazaine et se joue de la France et de l'armée.

30 Septembre. — Nous entendons les canons des forts de St-Ouentin, de Plappeville, de St-Julien et de Queuleu.

Le 6^ corps prend les armes sans marcher.

Le maréchal Bazaine a décidé que tous les hommes démontés de la cavalerie et de l'artillerie verseront de suite à l'arsenal leurs sabres et leurs mousquetons, et recevront en échange des fusils d'infanterie modèle 1866.

On fera ajouter immédiatement aux ceinturons des poches et des cartouchières.

J'ai 294 hommes dans cette catégorie. Voici la situation que j'ai remise au général :

72 hommes pour la 8^ batterie du 13^ régiment. 54 ge

56 — 9^ — du 4® régiment.

54 — 11'' — du 15^ régiment.

On veut savoir l'effectif de mes chevaux. J'adresse le tableau suivant :

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Les intendants ont l'ordre d'épuiser les approvisionnements du 6^ corps et de ne conserver que quatre jours de vivres de campagne. Nous allons envoyer demain aux vivres-viandes tout le troupeau des chevaux affaiblis. Ce sont des préparatifs de départ. Dieu soit loué ! Les grands chefs ont peut-être bien fait de temporiser, d'attendre ; mais, depuis longtemps, le moment est venu de nous précipiter tête baissée sur l'ennemi. (V. Pièce justificative n° ^01 .)

1" Octobre. — Le retour du rapport nous apporte l'ordre d'introduire dans la ration des chevaux, des betteraves, des tourteaux de colza. Nous allons fournir des animaux d'une manière régulière. Le C^ cor[)S en dévore 55 chaque jour. (V. Pièce justificative n" 1 92.)

J'ai envoyé ce matin, avant l'aube, une section de la batterie de mitrailleuses Lauret aux avant-postes de la Maison- Rouge. Elle s'est mise en batterie à bras, sans éveiller l'attention de l'ennemi ; puis, à 9 heures, au moment où les officiers prussiens ont l'habitude de se réunir, sur la droite de Ladonchamp, pour recevoir le rapport et examiner l'horizon, le général de Berckheim, qui avait tout prévu, a fait tirer une salve qui a renversé les officiers. (V. Pièce justificative n" 203.)

9 heures du soir. — Je viens d'être appelé par le général et nous avons beaucoup causé. On somble eniin vouloir partir. Il faut s'y préparer. On va reprendre, cette nuit, Ladonchamp et s'y établir solidement. J'ai donné tous les ordres de détail.

Il paraît que les habitants sont plus animés que par le passé ; ils ont fait circuler une pétition dans laquelle ils demandent le départ immédiat de l'armée. Ce document a été remis, le 23, au maréchal Bazaine par le maire de Metz. Voici les principaux passages de la pétition :

« >'ous croyons que l'armée rassemblée sous nos murs est capable de grandes choses, mais nous croyons aussi qu'il est temps qu'elle les fasse.

« Faute de nourriture, ses chevaux, réduits à l'impuissance, paralyseront peu à peu ses mouvements et disparaîtront bientôt. Le froid, la i)luie peuvent aussi revenir entraver toute opération et amener un cortège de maladies plus redoutables peut-être que les blessures. . . Nous croyons donc qu'il est temps d'agir. Laisserons-nous venir le jour où, pour avoir fermé les yeux, il faudra reconnaître que les retards, nous ont été funestes ?

« Est-ce la question politigue qui se mêle à la question militaire, et qui commande ces lenteurs ? Dira-t-on que c'est à Paris que notre sort doit se décider ?

« Vous ne le pensez pas, M. le Maire, et avec toute l'énergie que vous donne une autorité que vous tenez de tous, vous

direz, comme nous, que c'est à Metz, avec les ressources existant à Metz et sous Metz, que se régleront les destinées de notre ville. Pour celles de la France, // ne nous appartient pas, il n'appartient à personne, ni à un parti, ni à un homme^ de les régler dans le secret. C'est au grand jour et pacifiquement que le scrutin auquel nous avons été conviés pourra seul en décider. D'ici là, quelle .plus noble ambition que celle de sauver notre pays, de prêter la main aux luttes grandioses que soutient notre capitale, et d'imiter l'héroïsme de Strasbourg !

« Il nous a semblé que nous avions le devoir d'élever notre voix, parce qu'elle vous apporte dans sa sincérité le reflet des passions qui agitent notre population, celle de notre responsabilité et d'un patriotisme résolu à tous les sacrifices. »

Le maréchal Bazaine et le général Coffiniéres ne s'entendent pas très-bien. Ce dernier a offert sa démission et appuyé la pétition de la garde nationale.

2 Octobre. — A minuit, on a enlevé le château de Ladonchamp. On a ensuite, à la pointe du jour, repris les bois de Woippy, Ste-Agathe, et avancé largement.

Les batteries Lauret et Bernadac appuyaient le mouvement, pendant que celle de M. Blavier surveillait la droite. Une seule batterie prussienne est venue, vers les 9 heures, attaquer nos troupes; prise d'écharpe à 3,200 mètres, elle a laissé deux pièces sur le terrain et s'est vivement repliée. Un retour offensif a été signalé dans la journée ; mais les batteries Lequeux et Bernadac ont aidé à le repousser.

La 12^ batterie du 8^ régiment, capitaine Blondel, a préparé et armé une batterie en avant du château de Ladouchamp.

Du côté du 4^ corps, la division Lorencez, en marche avant l'aurore, a enlevé le chalet Billaudel et la sapinière de Lessy. Le 33^ de ligne a fortifié les positions qui seront conservées.

On a trouvé, hier, dans le sac d'un blessé, un livret qui porte la date du départ, 2 mai 4810. Les officiers ont tous vu ce document important. Il y avait sur le carnet des détails

nombreux Il appelait le terrain en avant de St-Privat

le chainp de deuil de la Garde prussienne. . . On a aussi saisi des journaux étrangers. Ils racontent rju'au début de la campagne, trois grandes armées prussiennes sont entrées simultanément en France.

La première (4 corps, 120,000 hommes), sous les ordres de Steinmetz, réunie dans la vallée de la Moselle, s'est avancée directement sur Metz, ayant pour débouché le chemin de fer de Trêves à Sarrebruck.

La deuxième, (o corps, 175,000 hommes), sous le commandement du prince Frédéric-Charles, a été formée dans le Palatinal, sa droite appuyée à la Nahe.

Enfin le Prince Royal de Prusse a réuni la troisième armée (5 corps, 175,000 hommesy dans la vallée du Rhin, ayant sa droite appuyée sur la deuxième armée et sa gauche au fleuve. Les deux dernières recevant tous leurs approvisionnements de Bingen et Mayence.

Les trois armées ont pénétré en France pivotant sur leur droite, et au moment où la première attaquait, le 1 4 août, à Borny, les éclaireurs de la deuxième passaient à Pont-à-Mousson et sur la rive gauche de la Moselle, marchant sur Verdun; et ceux de la troisième arrivaient à Toul.

Il paraît que, dans le premier plan de campagne prussien, Steinmetz devait couper l'armée du maréchal Bazaine de ses communications avec Metz, et le Prince Royal, de celles sur Châlons-Paris, et que tous ensemble devaient nous pousser sur la frontière et nous anéantir.

Steinmetz, qui n'a pas suivi les indications de l 'état-major prussien, a été immédiatement disgracié et envoyé à un commandement secondaire en Silésie.

Les mêmes journaux tombés entre nos mains donnent à

— (il —

penser que nous n'avons devant nous que 160,000 hommes environ, sous les ordres des généraux prince Frédéric-Charles, de Manteuffel et du prince de Hesse.

3 Octobre. — Les Prussiens ont essayé de reprendre Ladonchamp; leur attaque a été faible; je n'ai envoyé au feu qu'une seule batterie, qui a tiré quelques coups à 3,600 mètres.

Décidément, on songe à partir. Ma réserve est réorganisée, mes munitions renouvelées; je suis prêt. ^V. Pièces justificatives n- 207, 209,210, 211.)

L'armée est étrangère aux négociations ébauchées ; elle ignore les intrigues mvstérieuses de l'ennemi, les messages apportés, la mission du général Bourbaki. L'opinion publique s'est prononcée ; elle condamne hautement les pourparlers politiques, qui ne peuvent que retarder les attaques, attiédir les courages, et désorganiser les forces vives de l'armée.

4 Octobre. — Les Prussiens semblent s'éloigner de nos positions ; ils ne songent qu'à éviter le combat.

La discipline de l'armée du Rhin se conserve bonne, mais nous voulons partir. La pression de l'opinion est de plus en plus irrésistible. Le souvenir de la capitulation de Sedan nous exaspère. On vient de m'annoncer que le conseil des maréchaux est réuni pour une grosse question ; c'est sans doute pour décider la levée du camp retranché et le départ.

9 heures du soir. — J'ai l'ordre; nous allons partir!

5 Octobre. — On a retardé. On veut augmenter nos préparatifs. Le général de Berckheim a réuni tous les commandants d'artillerie du 6^ corps; il a donné ses ordres. J'ai reçu des chesaux du parc pour renforcer les attelages de la réserve.

Voici ma situation de départ ;

Situation numérique des checaux, et État des voitures prêtes à partir

le 0 octobre 4810.

B\TTFR1ES

Che

aux

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J'ai cinq batteries ; là pièces de 12, 12 mitrailleuses, 104 chevaux de selle, 43 chevaux d'officiers ; c'est-à-dire plus de 70 attelages pour remplacer les chevaux qui seront tués ou qui tomberont. J'emmène 347 chevaux pour 60 voitures ; c'est plus de trois chevaux haut le pied en prévision et par voiture. Au moment du départ, je prendrai le commandement de la réserve, du parc et des deux batteries de la division de cavalerie Du Barail, commandant Loyer. iSous formerons un petit corps isolé qui aura la mission de combattre et d'emporter le plus de munitions possible. Lorsqu'un caisson sera vide, on le brisera. Chaque capitaine distribuera des clous d'enclouage.

Tout le monde est consigné dans les camps. Nous allons fermer les ambulances et envoyer les malingres à l'hôpital. Les hommes vont se compléter à quatre jours de vivres de campagne et deux jours de biscuit. Malgré la pénurie extrême des magasins, je viens d'obtenir de l'intendance dix sacs de graines, qui contiennent de tout, sauf de l'avoine. Je les donnerai

aux chevaux à la lin de la première étape. (V. Pièces justificatives n°^ 212, 213, 214, 215, 216, 217.)

6 Octobre, 7 heures du matin. — Voici l'ordre de départ que nous adresse le général de Berckheim :

« Le moment de nous mettre en campagne approche ; l'ins- « tant est solennel. Ce n'est plus l'amour de la gloire, l'es- « poir des récompenses qui noua font marcher ; cette fois, le « mobile est plus grave, car c'est le salut du pays qui dépend « de notre courage.

« Si nous sommes vainqueurs, Paris est sauvé, la France « délivrée et peu d'Allemands passeront le Rhin.

« Le 18 août, nous avons eu à combattre contre trois cent « raille hommes, et la journée a été indécise sur bien des « points. Aujourd'hui, il ne reste autour de Metz que 130 à « 150,000 hommes, en grande partie de landv\'ehr, mécon- « tents de n'avoir pas été désignés pour marcher sur Paris, « éparpillés sur un grand espace et pouvant difTicilement se « réunir.

« Que Dieu nous regarde d'un œil favorable un seul jour, « et la face des choses est changée.

« Unissons donc tous nos efforts pour délivrer notre pa- « trie. Que chacun apporte gaiement sa part de sacrifice et de « dévouement à ce but commun. »

Qu'il soit le bienvenu ce signal de départ. Depuis deux mois, la France nous réclame. Le maréchal Bazaiue a enfin entendu ce cri de détresse : Partons! arrière les cœurs tièdes ! Si le passage est difficile, nous le forcerons; s'il est impossible, nous le tenterons ; et s'il faut y rester, nous aurons semé des vengeurs.

9 heures. — L'ordre arrive de tenir la 1'' batterie de 12 prête à marche! .

11 heures. — Il faut dételer et attendre.

2 heures. — Nouvel ordre de se préparer à marcher, puis nouvel arrêt.

8 heures du soir. — Rien ! rien ! rien !

Tout a élé calme autour de nous. Je n'ai entendu aujourd'hui que quelques coups de canon. On a signalé beaucoup de mouvements dans les camps prussiens. Des troupes s'éloignent vers iN'ovéant, d'autres arrivent par le Nord.

Depuis plusieurs jours, un service de reconnaissances con- Jié aux ofilciers d'artillerie rend compte heure par heure des travaux de l'ennemi.

Le général Coffîniéres a déclaré, le 29 septembre, aux quinze maires des communes suburbaines, qu'il n'y avait de vivres que pour quelques jours. . . Et nous ne partons pas !

Que croire? Que penser? Nous sommes perdus!

C'en est assez, je ne veux pas dans dix jours partir pour Spandau. La France doit être debout, elle doit être unie; allons vers elle. Je connais les sentiers de Lorry, où chaque nuit nos paysans risquent leur vie pour rapporter quelques kilos de sel. Je ferai comme eux; aidé par deux ^vigoureux officiers, nous pourrons, au besoin, culbuter quelques vedettes et passer Je vais tout préparer.

7 Octobre. — Le général Deligny, avec sa division des voltigeurs de la Garde, a attaqué, à midi, en avant de notre secteur. La batterie Blavier a marché avec lui. Ils ont contourné les Maxes, enlevé les Tappes et fait beaucoup de prisonniers. Nos bouches à feu ont tiré à 1 ,900, à 2,200 et à 3,200 métrés contre les batteries ennemies placées sur toutes les hauteurs entre Olgy et Malroy.

Sur la gauche, la batterie Lequeux s'est mise à la disposition du général Gilbon, commandant la D' brigade de la 4^ division du 6' corps. Ils ont pris Bellevue et St-Remy et se sont repliés surLadonchamp. Les Prussiens ont déployé beaucoup d'artillerie, et nous avons eu de nombreux blessés, parmi lesquels le général Gilbon, blessé gravement à l'épaule.

Tout le monde est rentré au camp à 7 heures du soir.

Pourquoi aller en plein midi, au milieu d'une plaine où l'on est dominé de partout par les batteries ennemies? Le but de cette nouvelle attaque m'échappe. Nous venons d'y perdre plus de 1 ,100 hommes.

Mes batteries ont été engagées pendant sept heures dans les terres labourées ; elles n'ont abandonné ni un cheval, ni une voiture, et ce soir les chevaux ne sont point trop fatigués.

Le général de Berckheira avait bien raison de répondre de sa réserve et de tous.

On ne manquera pas, plus tard, d'attribuer notre ruine devant Metz aux événements et aux malheurs de la guerre. Il ne sera que juste d'affirmer que, pour des raisons mystérieuses et cachées, nous venons de perdre la dernière occasion d'utiliser nos chevaux et notre matériel.

Pauvres soldats! agents intelligents, il était bien facile de doubler leur moral, de développer leur volonté et de les lancer sur l'ennemi.

L'avenir fixera la responsabilité de chacun (1).

8 Octobre, 9 heures du matin. — Les pluies sont arrivées, l'eau tombe à torrent. Je viens de rouvrir notre petite infirmerie. Les hommes restent mouillés et glacés. Le bois manque ; nous déterrons des souches, des peupliers, mais ces ressources sont bien faibles. Depuis longtemps, nous ne trouvons plus de légumes; les artilleurs arrachent, le long des chemins, sur le bord des fossés et dans les champs, des chardons, des orties, de l'oseille sauvage, du colza, etc. On met le meilleur dans la soupe et l'on donne le reste aux chevaux.

Le vin le plus médiocre coûte 2. fr. 50 le litre, le lard est introuvable.

(1) Voir à la fin des pièces justificatives, les tableaux des perles faites par les armées françaises les 14, 16, 18 et 31 août, l^^, 22. '21 septembre et 7 octobre.

Les officiers ont encore quelques kilogrammes de lentilles.

Notre ration de pain va être réduite à 300 grammes et la ration de viande portée à 0\7o0. La troupe recevra l'indemnité journalière de 0^2o et de l'eau-de-vie tous les deux jours. Les officiers toucheront la solde de la deuxième quinzaine d'octobre.

On doit abattre les animaux trop aiïaiblis pour boucaner la viande et essayer de la conserver.

Les soldats m'étonnent ; ils subissent nos épreuves avec un courage et une persévérance à toute épreuve. Une vaillante tète de colonne les conduirait au bout du monde.

7 heures du soir. — Les généraux de division ont tenu conseil aujourd'hui chez le maréchal Canrobert : que s'est-il passé ?

Le service des reconnaissances confié aux officiers d'artillerie a cessé le G. Il ne sera pas repris. (V. Pièce justificative n°219.)

9 Octobre. — Depuis le 8 octobre, les Prussiens envoient des obus de 12 sur la batterie de Ladonchamp. Leur feu inofïensif ne cesse ni jour, ni nuit; toutes les trois ou quatre minutes, un projectile éclate dans le bois ou près du château.

On a signalé ce matin une attaque, nous avons pris les armes et reçu, toute la journée une pluie glacée, coupée par des averses de grêle et des torrents d'eau. Nous venons de rentrer; nos tentes sont dans l'eau. Il faut une volonté de fer pour soutenir tout le monde.

8 heures du soir. — Le maréchal a défendu, par la voie du rapport, de distribuer du blé aux chevaux. Quelques cas de farcin m'ont été signalés ; j'ai fait abattre immédiatement les chevaux malades et appelé l'attention sur ce nouvel ennemi. (V. Pièces justificatives n°' 228, 226.)

Par suite d'une fausse manœuvre des agents de l'inten-

dance, nos hommes n'ont trouvé, à leur retour au camp, qu'une ration de 100 grammes de pain et pas de viande. J'ai fait abattre deux chevaux et rendu compte. Ces fautes sont déplorables, elles surexcitent les troupes, qu'il faudrait avant tout soigner et aider.

Notre situation s'aggrave, je dois laisser trace des bons et loyaux services de tous. J'ai donné l'ordre aux capitaines commandants de m'adresser des états de propositions fortement motivées. J'examinerai les dossiers; j'adresserai mes notes aux colonels des régiments et les doubles au général de Berckheim pour les archives de l'armée.

Il paraît qu'hier, le maréchal Canrobert a prévenu les généraux de division que nous n'avions plus de vivres que pour quelques jours, et qu'il fallait prendre un parti. Ils ont tous répondu qu'il fallait obtenir de suite une solution honorable ou abandonner Metz.

Le général Brisson, notre voisin, a demandé à commander l'avant-garde.

10 Octobre, 7 heures du matin. — L'intendance vient de prévenir qu'elle cesse les distributions pour les chevaux ; les magasins sont vides. (V. Pièce justificative n° 231.)

Cet arrêt subit est impossible. On nous aurait avertis. Je viens d'envoyer le commandant Brunel prendre des ordres.

8 heures. — Le général de Berckheim n'a pas été informé de cette décision, il va se présenter chez le maréchal et nous répondre.

9 heures. — Hélas ! la pénurie de nos ressources est réelle. Il n'y a plus rien à donner aux animaux. Il faut aviser; les conduire tous aux pâturages et envoyer les hommes disponibles ramasser des herbes et des feuilles.

La pluie, qui continue froide et glaciale, décime les chevaux de la cavalerie; ils meurent par centaines ; j'en vois passer plus de cinquante sur la route de Briey, traînés avec des cordes ou des palonniers. Nos animaux résistent mieux.

J'adresse au comniandciueiit le rapport du docteur Bruneau. Voici la situation sanitaire du i^"" au 10 octobre ; elle laisse un peu à désirer :

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