ETAT MORAL DE L'ARMEE
Le capitaine Derrécagaix, attaché au grand quartier général, confirme ce fâcheux état moral de l'armée : «... Nos généraux avaient l'expérience de la guerre. Mais, déjà, la démoralisation les avait gagnés. Ils étaient résolus à se battre et à bien remplir leur devoir de soldat, mais la plupart avaient contracté en Afrique, au Mexique, des goûts de commodité personnelle, des habitudes de laisser-aller individuel qui portaient aujourd'hui leurs fruits. Nos premiers échecs avaient d'autant plus ébranlé leur confiance, qu'avant la guerre ils refusaient d'ajouter foi à la puissance de l'armée prussienne; quelques-uns exprimaient tout haut leur découragement. Enfin, le pouvoir, qui avait été jusqu'alors la garantie de leurs honneurs, expirait sous leurs yeux... Le commandant en chef n'avait vis-à-vis d'eux ni le respect qu'inspire l'estime, ni la force que donne le caractère. Plusieurs, âgés, sur la limite de leur carrière, ne songeaient qu'à la fin de la lutte pour goûter dans une bonne installation le repos et le bien-être auxquels ils aspiraient. Où était, dans tout cela, cette grande image de la Patrie qui fait les beaux dévouements, relève les cœurs abattus et conduit à l'héroïsme ! (1) » Certains officiers de l'entourage de l'empereur voient l'avenir sous les couleurs les plus sombres.
(1) Capitaine DEiutÉcâCAix, loc. cit., 164-165.
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D'après le colonel d'Andlau, deux d'entre eux déclarent le 15 août : ■ Nous sommes perdus; nous marchons à une catastrophe inévitable qui emportera l'empire, la société, et nous nous trouverons en face de la révolution déchaînée (1) .» Pouvaient-ils se douter que, dès le lendemain, les erreurs de la stratégie allemande offriraient à Bazaine l'occasion inespérée de remporter une éclatante victoire?
(1) Colonel d'Axdlau, loc. cit., 194. — Il semble, d'après certains détails du récit de d'Andlau, qu'il faille placerjces paroles le 14 et non le 15.