‹ 1870, la guerre en Lorraine (volume 2)Chapitre 17 sur 165 · GRAVE DÉCISION DE KAMEKE · texte numérisé non relu

GRAVE DÉCISION DE KAMEKE

Sans attendre la réponse, Kameke a remis l'avant-garde en marche, avec ordre d'occuper Sarrebruck et d'établir des avant-postes sur les collines de la rive gauche de la Sarre (1). Vers 11 heures, les premiers éléments de la colonne franchissent la rivière par le pont d'aval. Dès leur apparition sur le Terrain de Manœuvres, ils sont salués par le feu de la batterie française du Rother Berg. Kameke reçoit à ce moment, d'une reconnaissance de cavalerie, des renseignements non moins inexacts que les précédents, et qui représentent les Français occupant avec de faibles forces les hauteurs de Spicheren et Stiring, et continuant leurs embarquements à la gare de Forbach (2) . Il en conclut qu'il n'a devant lui qu'une arrière-garde et, portant plus loin ses visées, il prétend se rendre maitre du Itother Berg, opération qui dépasse ses droits et échappe à sa compétence (3).

L'occupation des hauteurs qui dominent Sarrebruck immédiatement au sud eût suffi pour assu-

connaitre catégoriquement ses vues et à manifester sa volonté, sous prétexte tte favoriser le principe de l'initiative, parce que toute concession superflue faite à l'initiative est tout aussi funeste que l'attachement opiniâtre à une centralisation à outrance... ■ (Général de Woyde, De l'initiative des chefs en sous-ordre à la guerre, 50).

(1) Cardinal vo.n WiDDKitN, Die Befehlsfuhrung am Schlachttaye i>on Spicheren, 23, 24, 26.

(2) Ibid., 112.

(3) Ibid., 116-117.

rer aux troupes en arrière la libre traversée des ponts de la Sarre : le Rother Berg en est à 3 800 mètres, portée supérieure à celle de l'artillerie française. En poussant au delà, jusqu'au plateau de Spicheren, Kameke attribue à sa division le rôle d'avant-garde générale de l'année, et cela dans des conditions d'ailleurs défectueuses, car, contrairement à l'assertion de 1 Historique du grand htat-major prussien, il n'a nullement la certitude de pouvoir « compter sur le concours des corps voisins (1) » . Il risque donc de se heurter isolément contre des forces supérieures et d'obliger le corps d'armée, peut-être même l'armée, à s'engager; rien ne prouve en effet que les renseignements de la cavalerie soient exacts, en d'autres termes que les Français soient réellement en retraite. « Si telle a été la conception du commandant de la 14' division, écrit le général von Alvensleben, elle reposait sur une idée préconçue, la plus mauvaise de toutes les bases sur lesquelles des opérations militairei puissent s'appuyer (2). »

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LE 2e CORPS PREND LES ARMES 33

Aux premiers coups de canon, les troupes du 2e corps prennent les armes. A la division Laveaucoupet, la brigade Micheler constitue la première ligne au nord-ouest de Spicheren, le 10e bataillon de chasseurs et la compagnie du génie tenant le llother Berg, le IIIe bataillon du 40e la lisière nord du Gifert Wald. La brigade Doëns reste en réserve sur les pentes sud du Pfaffen Berg. A la division Vergé, la brigade Jolivet occupe Stiring, les Forges, Vieilles-Houillères; la brigade Letellier-Valazé s'établit au Kaninchens Berg, face au débouché de la vallée de la Rosselle; le 3e bataillon de chasseurs dans la forêt de Stiring, sur la route de Schœneck. La division Bataille demeure à son camp d'Oeting; la réserve d'artillerie à Forbaçh (1).

Il ne semble pas que le général Frossard ait donné à ses généraux de division des instructions pour la bataille qui s'engageait. Du moins, les documents n'en contiennent-ils aucune trace. N'attendait-il de ses subordonnés que la résistance passive? On serait tenté de le croire, surtout si l'on considère que la doctrine néfaste

(1) Journaux de marche du 2e corps et de la division Vergé; Rapport du général de Laveaucoupet, 10 août; le général Bataille au général Frossard, La Basse-Bévoye, 13 août.

alors en vigueur dans l'armée française attribuait à la défensive la supériorité sur l'offensive. Refouler les attaques et se maintenir sur ses positions était jugé l'équivalent de la victoire (l).

Au début du combat, la division Bataille constitue la réserve du corps d'armée, c'est-àdire « l'instrument propre du général en chef » , l'unique moyen dont celui-ci dispose pour intervenir dans la lutte, pour prendre l'offensive à un moment donné (2) . Faute d'instructions, elle s'engagera presque immédiatement, partie en soutien de la division Laveaucoupet, partie vers Stiring. Désormais, Frossard ne pourra plus conduire Faction. Il a d'ailleurs volontairement abdiqué, car le général Bataille lui ayant écrit dans la matinée : « S'il y a un coup de canon d'un côté ou de l'autre, j'appuierai (3) » , Frossard ne fait aucune objection (4).

Le commandant du 2e corps semble aussi s'être rendu compte trèa tardivement de l'importance de l'attaque. Il reste à son quartier général, à Porbach, jusqu'à 5 heures du soir environ, et moment seulement qu'il se décide à se rendre lur le Champ de bataille. Ses divisionnaires ><mt donc abandonnés à eux-mémet pen-

(l|(".f U P«f«l ■/<• I.ih.nr. IO.VI II).

i2i i.n m- mini colonel Mamtm, />>.• cit., (56.

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