SITUATION LE 4 AOUT AU SOIR
Les illusions du commandement français. — L'avertissement de Wissembourg. — Instructions de l'empereur pour le 5 août. — Muuvoiiit nt rétrograde du général Frossard. — Recommandations du major général et du maréchal Bazaine. — Défaut d'ordres précis. — Projets de Moltke. — Le plan fondamental. — Impatience de Steinmetz. — Mouvement en avant de ses colonnes, le (i août au matin. — Sa désobéissance provoque la bataille de Forbach.
Les avertissements qui, à la veille de la guerre,
avaient été prodigués au gouvernement impérial
— avertissements formels et prophétiques —
étaient demeurés vains. Sourd aux leçons de la
campagne de Bohême, il lavait été de même à la parole de spécialistes autorisés (1). Les illusions que l'empereur et le maréchal Le Bœuf, major général, nourrissaient sur la durée de la mobilisation allemande, étaient profondément enracinées dans leur esprit. Encore, jusqu'au 4 août, peuvent-elles à la rigueur se concevoir (2). Elles rendent admissible, dans une certaine mesure, la répartition en cordon, tout le long de la frontière, qui, suivant le plan de 1 archiduc Albert, avait été adoptée et conservée jusqu'à cette date pour les forces françaises. Mais le combat de Wissembourg et l'invasion de I' A1MC4 par une masse évaluée à deux corps d'armée au moins (3), étaient la preuve manifeste de l'erreur commise dans l'appréciation du temps qu'emploieraient les Allemands à rassembler leurs armées au voisinage de la frontière. A ce point de vue, si douloureux et si imprévu que fût l'échec de la division Douay, il constituait un avertissement qu'on ne pouvait et ne devait pas négliger. Il permettait, en effet, de prévoir le débouché à brève échéance des colonnes signalées vers Barrelouis, Dudweiler, au sud-est de Trêves et au sud-ouest de Mayenee, car rien n'au-
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L'AVERTISSEMENT DE WISSEMBODRG 3
torisait à penser qu'elles ne fussent pas, comme l'armée du prince royal de Prusse, prêtes à entrer en campagne. L'événement montrait donc la nécessité de concentrer sans retard les corps de Lorraine afin de pouvoir livrer bataille, toutes forces réunies.
De cette nécessité , on ne tient nullement compte au grand quartier général français. Depuis qu'au lieu de l'offensive rêvée, on en est réduit à la défensive stratégique, les esprits sont déconcertés. La situation commandait, semblet— il, de pousser des avant-gardes dans les directions dangereuses et de réserver une masse centrale destinée à la manœuvre. Mais de telles dispositions, fréquentes dans les campagnes napoléoniennes, sont ignorées ou oubliées de l'armée du second Empire. On se contente de chercher à parer les coups, sans combiner la riposte. Encore, avec un service de renseignements créé au dernier moment, avec une cavalerie à peu près inerte, ne peut-on vérifier des informations fantaisistes qui signalent partout d'importants rassemblements ennemis. De tous côtés on annonce une attaque imminente : on voudra être en force à la fois sur tous les débouchés, et on aboutira fatalement à la dispersion.
Dans l'après-midi du A août, on apprend au grand quartier général, par « les journaux anglais » , que Steinmetz occupe « une position cen-
traie entre Sarrebruck et Deux-Ponts... appuyé par derrière par un corps du prince Frédéric- Charles .. (I) » . On lui attribue le projet « de marcher droit sur Nancy » , comme si, négligeant l'armée française, il pouvait s'être assigné un objectif géographique (2) ! Tel est néanmoins le point de départ des instructions de l'empereur pour les journées des 5 et 6 août.
Le général Frossard conserverait ses positions de Sarrebruck. Le maréchal Bazaine transférerait son quartier général de Boulay à Saint-Avold où il aurait une division, une autre serait placée à Marienthal, une troisième à Puttelange, la quatrième « suivant ses convenances, soit en avant, soit en arrière de ses positions » . Le général de Ladmirault, venant de Bouzonville, établirait son quartier général à Boulay où stationnerait également une de ses divisions, une autre occupant Boucheporn le 6, la troisième Téterchen. Le général de Failly concentrerait son corps d'armée a Bitche, sauf une division qui resterait à Sarreguemines et qui serait sous les ordres du maréchal Bazaine (3).
(1) Ordre pour le 5 août.
(1) l»an» non mémoire de l'hiver 18()8-18(t'.>, Ifoltke indiquait
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1 Irdre | r le 5 août.