‹ 1870, la guerre en Lorraine (volume 2)Chapitre 4 sur 165 · INSTRUCTIONS POUR LE 5 AODT · texte numérisé non relu

INSTRUCTIONS POUR LE 5 AODT

En spécifiant ainsi les points de stationnement des divisions, les instructions de l'empereur empiètent sur les attributions des commandants de corps d'armée. Par contre, elles sont muettes sur l'idée générale qui préside à ces mouvements, muettes aussi sur le rôle assigné à chaque grande unité. On ne saurait en être surpris : cette lacune est la conséquence inéluctable de l'absence d'un plan d'ensemble bien arrêté. A en juger par le dispositif prescrit, il semble que l'on ait eu surtout le souci de faire face à tous les débouchés importants de la frontière : Ladmirault gardant ceux de Sarrelouis, Frossard ceux de Sarrebruck, Bazaine ceux de Sarreguemines, Failly ceux de Deux-Ponts (1) .

A la nouvelle de la défaite de Wissembourg, l'empereur, après des velléités d'offensive sur Hombourg et Deux-Ponts (1), revient à la défensive. Les instructions pour le 5 août sont maintenues , sauf deux modifications relativement insignifiantes : la division que le 5e corps devait laisser à Saneguemines rejoindrait le général de Failly à Bitche; le maréchal Bazaine ferait occuper Sarreguemines par la division Montaudon, tandis que les divisions Decaen, Metman, Gastagny se porteraient respectivement à Saint- Avold, à Marienthal, à Putte-

(1) Lieutenant-colonel Maistrk, Spicheren, 37.

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lange (1). Le télégramme de l'empereur va cette fois jusqu'à fixer les noms des divisionnaires du 3* corps qui devront s'établir dans ces localités, mais sans la moindre indication sur la mission qui leur incombe.

Telles sont les deux seules mesures prises par l'empereur le 4 août, en dépit de l'avertissement de Wissembourg. Sans posséder de grandes connaissances stratégiques, il était facile de voir pourtant que les corps d'armée de Lorraine ne se prêtaient pas un mutuel appui. La distance de Bouzonville à Sarreguemines par Saint-Avold dépassant cinquante kilomètres à vol d'oiseau, le général Frossard ne pouvait compter, en cas d'attaque, être soutenu ni par le général de Ladmirault, ni par la Garde impériale malencontreusement dirigée de Volmerange sur Gourcelles-Cliaussy. Pensait-on pouvoir disposer encore du temps nécessaire à la concentration avant que l'ennemi prit l'offensive sur la Sarre? Ou bien voulait-on — espoir chimérique — être

en force* partout, sur quelque point que se produistl L'irruption de l'adversaire".'

Peut-étTC faut-il attribuer l'inertie du grand quartier général, dans ces circonstances critiques,

à ce que » l'empereur n'avait plus l'entrain, ni

irité, ni la santé nécessaires; la tache dont il

(1) I.Yiii|.i mu au min iVhnl iiuzuinc, 1). T., Metz, 4 août, 0 h. lo.M.ii.

INQUIÉTUDES DE FROSSAUD 7

avait voulu se charger, il ne pouvait la remplir; la responsabilité qu'il avait voulu assumer pour lui seul, elle était au-dessus de ses forces; en présence du danger, son indécision sembla augmenter encore (l) ».

Les mouvements prescrits par les instructions du 4 août s'effectuent le 5 sans incidents. Dans la matinée, le général Frossard, se sentant « un peu en flèche » à Sarrebruck, et jugeant que « le 2e corps serait beaucoup mieux sur les plateaux de Forbach à Sarreguemines » , demande l'autorisation de s'y replier (2). Satisfaction lui est accordée aussitôt; il lui est prescrit en même temps d'établir le lendemain matin son quartier général à Forbach et de grouper ses divisions autour de cette localité comme il l'entendrait, de façon à se reporter sur Saint-Avold dès que Tordre lui en serait donné par l'empereur (3).

Exposé à être attaqué d'un instant à l'autre, et inquiet eu particulier pour ses ailes (4), Frossard

( L) Colonel u'Amjlau, Metz, Campagne et Négociations, 37.

(2) Le général Frossard au major général, 5 août, D. T., 7 h. 15 matin.

(3) Le major général au général Frossard, 3 août, 1). T., 9 li. 10 matin.

(V) Général FnossAim, Rapport sur les Opération* du 2e Corps (!<■ l'Armée du Rhin, 30.

se décide à effectuer son changement de position dans la soirée même du 5 août. La division Vergé vient camper près de Stiring-Wendel, laissant sa 1" brigade à l'ouest de Forbach, à cheval sur la route de Sarrelouis. La division Bataille doit se porter sur les hauteurs d'Oeting; mais, dans l'obscurité, sous une pluie torrentielle, il lui est impossible de trouver l'emplacement de son camp; elle bivouaque en colonne serrée près de la route . La division Laveaucoupet s'établit au nord et au sud de Spicheren. La réserve d artillerie rétrograde sur Forbach, où se trouve déjà la division de cavalerie Valabrègue (1) .

En se repliant sur les hauteurs de Spicheren, le 2" corps a perdu non seulement toute action, mais aussi toute vue sur la vallée de la Sarre. Désormais des rassemblements ennemis peuvent s'effectuer en complète sécurité entre Sarrebruck et Sarrelouis. Il importait donc d'avoir des postes de cavalerie aux points de passage de la rivière, et des reconnaissances incessantes sur la rive droite. (Juelques grand gardes de rlia»eiirs à

cheval s«»nt maintenues) il e I vrai, en avant de bivouacs,' (9 mais à très courte distance, suivant les errements de l'époque, et ce Bervice

(1) Journal <l<- nareAt «lu -" oorpi; le général Batailla au

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