LE V DE LIGNE
Le nombre des assaillants augmentant constamment, le général de Laveaucoupet charge le général Doëni de rétablir le combat avec deux bataillons du 2e de ligne restés en réserve au sud de Spicheren. L'un se porte vers le Rother Berg et renforce sur ce point le IIe du 24e qui commence à perdre du terrain. L'autre marche droit sur le Gifert Wald, ayant à sa tète le général Doens, le colonel de Saint-Hillier et le lieutenantcolonel de Boucheman; malgré un feu terrible, il aborde la lisière sud à la baïonnette et, après une furieuse mêlée, réoccupe une partie du bois (1).
Un retour offensif exécuté par un nouveau bataillon prussien (2) oblige les Français à rétrograder à leur tour. Le général Doëns et le colonel de Saint-Hillier sont mortellement frappés; le colonel Vitlot, le lieutenant-colonel Mode, les chefs de bataillon Hermieu et Chardot, du 40e de ligne, sont hors de combat; le lieutenantcolonel Arnoux, du 24", déjà atteint d'un coup de feu à la tête, est grièvement blessé par un éclat d'obus. Toute la lisière sud du Gifert Wald tombe définitivement au pouvoir de l'ennemi, saut le saillant sud-ouest où se maintiennent
les guerres de la Révolution, le général Decaen a fait la même constatation. (Mémoires et Journaux du aéneial Decaen, I, 111.)
(1) Historique manuscrit du 2' de ligne.
(2) Le II" du 12" débarqué à Sarrebruck à 4 heures. (Uistorique du grand État-major prussien, 111, 328.)
encore quelques fractions de divers corps français. De nombreux tirailleurs appartenant aux 2e, 2 \\ 40e, 03e de ligne, et entremêlés par les péripéties de la lutte, se constituent en une cbaine à environ 300 mètres au sud du Gifert Wald et, avec l'appui de deux batteries de la division Laveaucoupet établies au Pfaften Berg, empêcbent les Prussiens de déboucher des bois (Ij. Le colonel Zentz, du 63e, qui a remplacé le général Doëns dans le commandement de la lre brigade de la division Laveaucoupet, prenant quelques débris des compagnies du régiment, leur fait jalonner, avec les sacs déposés lors de l'assaut du bois, une nouvelle ligne de défense sur la croupe au nord-est de Spicheren. Puis, ne pouvant faire entendre aucun signal à cause du canon et de la fusillade, il envoie les sous-officiers et les soldats qu'il a sous la main pour rappeler les troupes engagées en avant. « Il y eut, de la part de tous ces hommes qui se rejetèrent dans la mêlée, de beaux actes de dévouement... Le colonel put ainsi, avec 1rs débris des trois régiments (24*, -40e, 63e), former deux li;;nes épaisses de tirailleurs, dont la seconde pouvait, grâce à la déclivité très prononcée du terrain, tirer par-dessus la première. >;ms aucun dan;;er de l'atteindre (2). »
(i) Historique manuscrit «lu I .">" ré;;iincnt (l'artillerie. (2) Hii»tori(|U. manu*, rit <lu li:< d.- ligSO. — Cf. Note» du colonel y.ii\\t; Souvenir» du gênerai lal>. i munn, témoin oculaire.
COMBATS AU HOTHEIÎ-RERG (il
La lutte se continua ainsi jusqu'à la nuit, acharnée de part et d'autre. A plusieurs reprises, les Prussiens, entraînés par leurs officiers, tentèrent de sortir du bois; chaque fois, ils furent obligés de regagner précipitamment leur couvert (1).
Au Rother Berg, l'ennemi a progressé, grâce à l'appui des batteries du Galgen Berg et de la Folster Hohe qui croisent leur feu sur tout le terrain compris entre le Forbacher Berg et la lisière occidentale du Gifert Wald. Presque tous les obus éclatent d'ailleurs en raison de la nature rocailleuse du sol et déterminent des projections de pierres qui rendent leurs effets plus meurtriers. Successivement, le II' bataillon du 14* de ligne est forcé d'abandonner deux gradins de l'éperon et de se réfugier à l'est dans les parties adjacentes du Gifert Wald (2). Le Ier bataillon du 63', débouchant du saillant nord-ouest de la forêt, arrête, par une contre-attaque, les progrès de l'adversaire (3). Mais celui-ci reçoit des renforts au moment le plus opportun : un bataillon du 12e, à peine débarqué à Sarrebruck, accourt.
(Général PlEMOH, Méthodes de (juerie, IV, 504.) — Nous avions
là I 200 à 1 500 homme*.
(1) Notes du colonel Zenlz.
(2) Historique manuscrit du 24e de ligne.
(3) Historique manuscrit du 63" de ligne.
Écrasés par un feu d'artillerie violent, les Français commencent à plier, quand le général de Laveaucoupet se jette en avant des tirailleurs, charge, l'épée à la main, et réussit à rétablir le combat. Le lieutenant-colonel Billot, chef d'étatmajor de la division, et le commandant du génie Peaucellier donnent également le plus brillant exemple (1). Mais quatre compagnies fraîches entrent encore en ligne du côté des Prussiens (2) . La situation deviendrait critique pour la division Laveaucoupet si, vers 4 heures, la brigade Fauvart-Bastoul, de la division Bataille, ne débouchait de Spicheren (3). Le colonel Ameller, avec les IIe et IIIe bataillons du 66e de ligne, exécute trois contre-attaques dans la direction du Rother Berg qu'envahissent des troupes prussiennes de plus en plus nombreuses, et réussit à les contenir (4). L'autre régiment de la brigade, le 67e, est presque immédiatement appelé à Stiring par le général Bataille.
Au nord-est de ce village, les Prussiens ont remporté un succès partiel grâce à l'appui très efficace que l'artillerie peut prêter à l'infanterie. Dès le début des engagements autour du bois de SI i ring, ils ont eu soin de se couvrir vers la
(1) EUpport du i;cin r.il de I. .iwaucoupct.
(J \|.|,.iiirn.Mii .m II* du -18* et au I" du l<y .
llapporl du ;;nni.il de Laveaucoupet j .loimial de marche du 67' de ligne.
(k) NotCi manuscrite», de M. le général Dcvaureix.