CAUSES DE NOTRE INACTION
système centralisateur poussé à outrance. Dans l'armée française, les ordres étaient exécutés, non d'après leur esprit, mais à la lettre. Laissés sans instructions et ne sachant rien des projets de l'autorité suprême, les chefs subordonnés cherchaient à se dérober à la responsabilité qu'ils prendraient par une décision née de leur initiative : ils demeuraient inertes, ne regardaient que leur propre horizon, ou, comme Castagny, renonçaient bientôt à suivre une heureuse inspiration pour s'établir sur une « belle position » . On ne saurait le leur reprocher personnellement : ils étaient tous victimes d'un état de choses vicieux et de principes erronés (1) . 'Lî' Historique du grand État-major prussien a jugé en ces termes la conduite des généraux des armées opposées : « La tendance à joindre l'adversaire, toujours prédominante chez les Allemands, l'esprit de camaraderie, de solidarité des chefs, et leur coutume de prendre l'initiative en temps opportun sont toutes choses qui ne paraissent pas avoir existé au même degré dans l'armée française (2). »
(1) * Quand le chef supérieur comprime systématiquement, chez ses subordonnés, la faculté de penser et de vouloir par euxmêmes, quand il prétend faire muuvoir ses troupes comme les pièce s d'un jeu d'échecs, il n'a pas le droit de s'étonner si, aux heures critiques que la guerre fait naître, il ne trouve plus à «es côtés, au lieu d'auxiliaire! énergiques, que de simples pions (général DB WOTOB, loc. cit., I, 97).
L'appréciation est modérée; les faits constituent à eux seuls un douloureux contraste.
Les premières communications du général Frossard au maréchal Bazaine pouvaient laisser des doutes à ce dernier sur l'importance du combat qui s'engageait à Forbach. Mais le télégramme de 1 h. 25 de l'après-midi contenant ces mots : « C'est une bataille » , ne souffrait aucune ambiguïté. A supposer d'ailleurs que le maréchal n'eût pas été absolument fixé, on ne s'explique pas qu'il n'ait pas cherché à se rendre compte par lui-même de la situation. C'était même son devoir strict, car un ordre précis de l'empereur avait placé le SF corps sous son commandement. Au lieu de faire converger toutes ses forces vers le champ de bataille sans perdre DU instant, le maréchal Bazaine laissa les divisions Montaudon et Caslagny livrées à ollrsmémet; il enserra la division Metman dans une mission itriciement défensive; il Immobilisa la division Decaen et la réserve d'artillerie du '.V corps ;i Saint-Avold pour la garde de cette position <|u»- personne n'attaquait. Or, l'ordre de marcher au canon pouvait et devait être donné par le maréchal à tontes ses troupes avant 2 heures. Elles seraient arrivées ainsi sur le théâtre de la