ATTITUDE DE BAZAINE
lutte entre 5 h. 30 et 6 h. 30 du soir, et il est probable que, dans ces conditions, la bataille se serait terminée par une victoire pour l'armée française (1).
Le général Frossard en a eu la conviction très justifiée : « Le combat de Forbach, écrivait-il deux jours plus tard, était tout à notre avantage jusqu'à A heures du soir... Si à ce moment, où j'avais engagé toutes mes réserves, les renforts demandés par moi au maréchal Bazaine étaient arrivés comme ils auraient pu le faire, je 1 affirme, nous aurions remporté un avantage magnifique par ses résultats, au lieu de l'échec que nous avons subi. Il y a bien des coupables dans tout cela, et je vous les ferai connaître... (2) » Certes, les généraux Montaudon, Gastagny et Metman ne sauraient être approuvés : leurs opérations sont même à retenir comme un exemple de ce qu'il faudrait se garder de faire en pareil cas. Mais, il est juste de le reconnaître, l'effacement, la passivité, l'inertie de Bazaine ont dépassé toute mesure. Encore si le maréchal se fût préoccupé d'assigner comme point de ralliement aux 2* et 3° corps le plateau de Gadenbronn, les conséquences malheureuses de la défaite de For-
(1) Le» distances à parcourir étaient de 14 kilomètre» (Montaudon), 12 kilomètres (Castagny), 10 kilomètres (Metman), 18 kilomètres (Decaen).
(2) Le général Frossard au major général, Gros-Tenquin, 8 août.
bach, dues principalement au désordre qui se produisit à la suite du combat, auraient sans doute été conjurées; peut-être même la lutte aurait-elle pu recommencer le lendemain. De cette mesure il s'abstint également ou donna, pour son exécution, des ordres tardifs.
Sa conduite fut aussitôt l'objet des plus sévères critiques : les uns y virent une preuve d'hostilité ou de jalousie contre le général Frossard; les autres l'attribuèrent au mécontentement que lui avait causé la répartition des commandements à l'armée du Rhin; certains enfin crurent à une sorte de rancune qu'il nourrissait contre l'empereur depuis son retour du Mexique. « Les soupçons allèrent plus loin encore, et l'on pourrait citer tel grand personnage du quartier impérial qui s'écria devant plusieurs témoins : « C'est à croire que Bazaine trahit... » Il est juste d'ajouter qu'il trouva de nombreux défenseurs; ces accusations furent hautement repoussées, et la faute fut rejetée en partie sur quelques-uns de ses généraux dont on accusa l'indécision, en partie sur le quartier général qui n'avait rien prévu, ni pris aucune disposition en vue d'événements imminents (l).
On observera a ce sujet que, dès le début de l'engagement du 2e corps, le maréchal Bazaine
(1) Colonel d'Ahdlau, toc. vit., 49.