‹ 1870, la guerre en Lorraine (volume 2)Chapitre 54 sur 165 · RÉSOLUTION DÉFINITIVE · texte numérisé non relu

RÉSOLUTION DÉFINITIVE

aussi soudainement qu'il l'a conçu, et se laisset-il entraîner vers les murailles de Metz par cette attraction fréquente qu'exercent les places fortes sur les généraux indécis et incapables. « La retraite sur Ghâlons devient trop dangereuse, écritil à l'impératrice dans la soirée; je puis être plus utile en restant à Metz avec 100 000 hommes bien réorganisés. Il faut que Ganrobert retourne à Paris et soit le noyau d'une nouvelle armée. Ainsi, deux grands centres : Paris et Metz, telle est notre conclusion. Prévenez -en le Conseil... (1). »

Toutefois, les ordres de concentration sur le camp de Ghâlons, donnés au maréchal de Macfcahon et au général de Failly, sont maintenus. La mesure se justifie pour le 1er corps qui, désorganisé par la journée de Frœschwiller, ne peut évidemment prendre part aux opérations avant un certain temps. Elle se fût expliquée aussi, i la rigueur, pour le 5e, si le prince royal de Prusse eût poursuivi sérieusement l'armée d'Alsace qui, dans ce cas, aurait eu besoin de troupes intactes pour couvrir sa retraite. Mais, contre toute attente, il n'en est rien, et l'empereur ne l'ignore pas (2) . Or, si l'on se propose de livrer bataille sur la Moselle, il faut évidemment réunir toutes les

(1) L'empereur à l'impératrice, D. T., Met/, 7 août.

(2) L'empereur au Garde des Sceaux, D. T., Metz, 7 août, • > h .">."> soir.

forces disponibles. Il importe donc d'adjoindre au plus tôt à l'armée de Lorraine, non pas seulement le 5* corps, mais aussi les 6e et 7e. La conception qui consiste à utiliser le* troupes du maréchal Canrobert pour constituer une nouvelle armée à Paris est contraire au principe de l'union des forces dans le temps (1) et, de ce fait, manifestement erronée. Peut-être néglige-t-on ce principe par crainte des troubles qui pourraient se produire dans la capitale (2).

Il ne semble pas que le grand quartier général de l'armée du Rhin ait envisagé pour la retraite, adoptée désormais, une solution différente de celles qui viennent d'être exposées. Des hésitations se sont produites sur l'amplitude du mouvement — Metz ou le camp de Ghâlons — mais non point sur la direction générale, qui demeure invariablement fixée vers l'ouest. On n'a songé, en un mot, qu'à s'interposer entre Paris et l'envaiir. Or, suivant une remarque très judicieuse du général Frossard, un fait essentiel est survenu

ili « » ii il saurait jamais porter trop de forces à la fois à i, Mi.it«-;;i.|ii. (CLàlIUWm, Théorie de la grand* iiuerrc, I. •'.«.»,

(2) I i HMiti i|ul f.iii maintenir à l'urin la V division

iln (i i Lyon la 8 division <■■ uni partit «K- la »li\i-

• ioii il. c ivalcrio du T corps.

RETRAITE LATERALE 123

depuis l'invasion de 1814: la transformation de Paris en place forte. Il n'y a plus à nous préoccuper « de couvrir la capitale avec nos armées de la frontière et de ne pas nous laisser couper de nos communications avec elle » . Il est donc possible d'exécuter une retraite latérale et de « manœuvrer sur les flancs et les derrières de l'armée envahissante (1) » . D'après le général Frossard, la direction du mouvement rétrograde eût été jalonnéepar Lunéville, Rambervillers, Épinal, Langres. L'idée d'une retraite de l'armée française parallèlement à la frontière du Rhin n'était pas neuve. Dès 1792, Dumouiiez avait compris que, pour empêcher le duc de Brunswick de marcher sur la capitale, pourtant dépourvue de fortifications, il n'était point nécessaire de se placer entre elle et l'armée austro-prussienne. Aussi, après le forcement du passage de la Croix-aux-Bois, dans l'Argonne, concentra-t-il ses forces vers Sainte- Menehould sur le flanc de la direction de marche que suivraient les alliés s'ils prenaient Paris comme objectif. Dans cette position, il refusa de céder aux instances du ministre de la Guerre, Servan, qui l'adjurait de couvrir directement la capitale en se plaçant entre elle et l'armée ennemie. Les événements montrèrent la justesse de sa conception (2) .

(1) Général FBOMABO, M« •iiiiùrc militaire rédigé en 1867.

(2) Servan à Dumouriez, 7 septembre 1792 ; Dumouiiez à

En 1841, le général prussien Willisen, examinant vers quel point devrait s'effectuer la retraite d une armée française qui aurait subi un échec à la frontière du nord-est, n'hésitait pas à préconiser la direction générale du sud-ouest (1) . « En présence d'un adversaire hardi, supérieur en force morale, et recherchant une solution énergique » , la retraite latérale, dit Glausewitz, serait « un moyen fort aventureux;... mais vis-à-vis d'un adversaire circonspect, on le doit considérer comme l'un des meilleurs que puisse utiliser le talent du défenseur (2). »

Si l'armée du Rhin a l'infériorité numérique,

Servan, 18 septembre. — Le 1er octobre suivant, Dumouriez écrivait à Servan : t Ce que j'ai calculé, arrangé et prédit est arrivé. Tenez-moi compte de ce qu'on appelait mon obstination : les Prussiens sont en pleine retraite. «

(1) « Noue savons, dit-il, qu'une retraite excentrique (en ayant

derrière soi la plus grande partie du pays) protège mieux le centre et la capitale contre une inva.-ion qu'une retraite directe Minant le rayon qui va M la circonférence au centre » (Gîté par PUOUK», Métkodat tir i/iicrrc, IV partie, 1, '200). Willisen rap- |» II' ii ee propos combien les coalises hésitèrent à marcher sur Ptril m l S 1 V . après la bataille d'Arcis-sur-Aubc, lorsqu'ils

virent Napoléon m porter en Lorraine sur leurs communications • Qui sait, dit-il, ee qui serait advenu si Napoléon, au lieu d' i' \. mr sur Paris, .i\.iil persi m ri dans son projet, rallie à lui im-on.- d. la Lorraine, enlevé tous les convois de ra\itail- I. un m des coalisés, et s'était porté sur le Rhin, où Afayence lui appert ont sonore, ri .-il avait an même temps donne l'ordre de

trasaféffW I "1!° du gouvernement île Paris à Orléans! <>

ili.,,1 . I. Ml)

ri) CUt iwii/. I h<>„ „■ ,i,- la fnuuU gmrrt, IL C58 — Cf. Ci m iwii/ /.. Cmmpugm m iBi i ,,, Frntte», 70, 77.

r.KTIï àlTl LATÉRALE 1 2T»

le moral des unités qui n'ont pas été engagées à Frœschwiller et à Forbach n'est nullement atteint, comme a pu le constater le major général. L'ennemi ne semble pas d'une extrême hardiesse d'ailleurs, à en juger par la mollesse de sa poursuite en Alsace et par l'interruption de son offensive après Forbach. Au point de vue de la fermeté morale, l'équilibre ne paraît donc pas rompu, sinon peut-être en ce qui concerne le haut commandement. Mais n'est-il pas possible de supprimer cette cause de faiblesse en changeant le général en chef? Quant à la disproportion numérique, elle peut être atténuée par la concentration de toutes les forces disponibles et par la constitution de formations nouvelles. L'adoption d'une ligne de retraite latérale ne soulève donc aucune objection sérieuse quant aux facteurs : effectifs et état moral. Il en est d'ailleurs un troisième, d'influence prédominante, qui doit faire rejeter l'idée d'une retraite vers l'ouest. Si l'on envisage en effet dans leur prolongement les lignes d'opérations menant de la frontière allemande à Paris, on constate qu'elles passent au nord d'Orléans. En restant sur ces lignes, l'armée française s'expose à perdre la liaison entre Paris et le bassin de la Loire. Elle risque même d'être débordée par le sud et d'être séparée ainsi du centre du pays, c'est-à-dire de la source de ses renforts et de ses ravitaillements.

Ce n'est là qu'une conséquence de ce fait géographique que les trois quarts de la France sont situés au sud de la ligne Nancy-Paris. Pour éviter au défenseur « le danger d'être écarté de la masse principale du territoire (1) » , la retraite, adoptée en principe, devait donc être orientée non pas vers l'ouest, sur Metz ou Ghâlons, mais vers le sud-ouest, dans la direction générale Lunéville, Mirecourt, Langres (2).

Gomme les Allemands ne dépassèrent pas Saint- Avold avant le 10 août, comme l'aile gauche de la IIe armée et la III' armée s'alignèrent le 10 seulement sur la Sarre, entre Sarreguemines et Sarrebourg, le mouvement n'eût été nullement inquiété. Le 1 1 ouïe 12 août, les 120 000 hommes des 2% 3e et 4" corps et de la Garde auraient été concentrés sur la Meurlhe et rejoints par les 28 000 hommes du 5e corps, par les 89 000 du 0e transportés de Châlons à Nancy, par les 20 000 du 7' amenés en chemin de fer à Luuéville via Yesoul et Épinal (3) . L'empereur eût disposé ainsi

(1) Ci. m m \s ii/, Théorie df Ut grande ffu$mt II, 270. — Les tu Pelet, I i i > ; ; 1 1 î ; 1 1 . Duvivier avaient uiihv l'attention mr

ce point st signalé toute l'importance des lignes de retraite ver» lu Loire moyenne (Cf. général Pibbron, Métkodtt de tuerr*, 2* partie, 1. :'>is el iuù ).

(2) On savait <|ui' l'ennemi avait cessé toute poursuite en Alsace; il ne pouvait dom- atteindre la Barre que le 10 août,

troia marchai (70 kilomètre* environ de Wœrth).

Saaa Compter CC (| ni restait du I corps il de la division

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