DÉFAUT D'ORDRES PRÉCIS
doute, mais loin de pouvoir suffire. Frossard devait-il, en cas d'attaque, accepter ou refuser le combat? Si on le laissait libre d'agir suivant les circonstances, du moins était-il essentiel de lui faire connaître les intentions du commandement : un subordonné ne peut faire acte d'initiative que s'il connaît le plan du chef. Si, au contraire, on désirait que Frossard se repliât sur Cadenbronn où seraient venues converger les divisions du 3e corps (1), il importait de lui envoyer des instructions nettes à cet égard. Or, ni le major général, ni le maréchal Bazaine qui avait le commandement supérieur des 2e, 3* et Ae corps, ne spécifièrent rien, et pas davantage ne témoignèrent leur volonté d'adopter l'une ou l'autre solution : nouvelle conséquence de l'absence d'un projet d'opérations fermement arrêté par le grand quartier général.
A la vérité, le major général avait prescrit à Frossard, dès le 4 août, de se replier sur Saint- Avold , dans le cas où se présenteraient des forces plus nombreuses que ne l'annonçaient les renseignements (2). Mais, à cette date, on avait envisagé surtout l'éventualité du débouché de l'ennemi par Sarrelouis, et les modifications qui
(1) C'était l'avis de Razaine, du moins si l'on s'en rapporte à son interrogatoire (Procès Bazaine, Rapport, 11).
(2) Le major général au général Frossard, D. T., Metz, 4 août, 3 h. 30 matin.
s'étaient produites depuis lors dans la situation générale nécessitaient des instructions nouvelles. L'idée d'un mouvement rétrograde sur Saint- Avold se trouvait encore formulée, il est vrai, mais avec certaines restrictions, dans un télégramme du major général daté du 5 août au matin (I). Par contre, à bien considérer le message du maréchal Le Bœuf, du G août au matin, il semble que Frossard ait pu y voir, implicitement contenu, non pas l'ordre, mais l'avis d'accepter la bataille. On lui disait, en effet, de se tenir a prêt à une attaque sérieuse » , et on ne lui parlait pas de retraite sur Saint-Avold.
De son côté, Frossard ne fit rien pour être renseigné sur les projets du commandement et pour être muni d instructions précises sur la mission qu'il avait à remplir. Si l'on en croit son témoignage postérieur aux événements, trois raison- semblent l'avoir déterminé à ne pas se replier sur la position de Cadenbronn dès la réception du dernier télégramme du major général : ■ .l'attendais lei ordres du maréchal [ Ba-
zainc], je pouvais être attaqué dans ma marche rétrograde; enfin, il aurait fallu abandonner la garde de r'orbaeh et de tout ce t|ui s'v trouvait (S). » Cet trois argumenta paraissent mal
I I ) Vi.ir xiijn.'i, |> 7
[2) [nairuetiofl relative au prooèi Battiae, Déposition do| rnl Proeeard.