‹ 1870, la guerre en Lorraine (volume 2)Chapitre 77 sur 165 · RAZAINE COMMANDANT EN CHEF · texte numérisé non relu

RAZAINE COMMANDANT EN CHEF

tune qui avait conquis tous ses grades sur les champs de bataille, et lui attribuait le pouvoir de tout réparer (1) .

Incapable, au milieu de ses souffrances physiques et morales, de résistera cette universelle pression, l'empereur fait taire ses antipathies personnelles et, par décret du 12 août, nomme Bazaine au commandement en chef de l'armée du Rhin. Le même jour, vers 4 heures de l'aprèsmidi, le maréchal reçoit sa lettre de service et se rend aussitôt à Metz. En présence du maréchal Ganrobert, Bazaine l'ait observer au souverain qu'il est moins ancien en grade que Canrobert et Mac-Mahon, moins apte qu'eux à diriger les opérations, et il manifeste le désir de ne pas assumer une si lourde charge. Canrobert objecte que l'opinion publique et les vaux de l'armée appellent Bazaine à ces fonctions, puis il se retire, le laissant seul avec le souverain. L'empereur «urait alors déclaré : « L'opinion publique, unie à celle de l'armée, vous désigne à mon choix. Mac-Mahon a été malheureux à Frœschwiller, et Ganrobert vient d'avoir son prestige égratigné au camp de Chà-

(l) Procès Bazaine, Interrogatoire du maréchal, 159, et RéVrai- Mtoire du général Pourcet, 479; généra] .Montaii.ov, /oc cit., II, 87; dbMasaor, Lu Guerre de France, 1, 135: Jnlei Ci aiikiii . Histoire de la Révolution de 1870-1871, 150. 182: Germain lUsi'i, loc. cit., IJ22 (témoignage du maréchal Canrobert).

Ions (1). Il n'y a donc plus que vous d'intact, et c'est un ordre que je vous donne (2). »

Mal résigné à cet effacement involontaire que les circonstances lui imposent, Napoléon III semble avoir eu le désir de continuer à diriger la défense générale du pays, se réservant une situation analogue à celle qu'a prise le roi de Prusse, et se prévalant d'un article de la Constitution qui lui confère le commandement suprême de l'armée (3). Mais, sur les vives instances des députés de l'opposition, le ministre de la Guerre déclare, le 13 août, au Corps législatif qu'aucune autorité ne viendrait contre-balancer celle du maréchal Bazaine (4) . Contraint de renoncer à son projet, l'empereur prend le parti de retourner à Paris, mais seulement après que l'armée aurait quitté Metz. Jusqu'au jour de son départ, il s'efforcera d'ailleurs u de conserver sur les hommes et les choses une influence directe, derrière laquelle se

1 I.( « nobile« de la Seine avaient grossièrement insulté le h. il Canrobert au camp de Cnftlons.

M.H.ili.il BaIAISK, I /'isofles, 49. — D'après le comte «le la Chapelle, il y aurait eu, a Met/, réunion d'une sorte de eousijl de narre, compote dei maréchaux et des commandants de.

corps d'à 'i préaidé par l'empereur, dan« le Imt <le <leei-

der < 1 1 1 chois «lu nouveau KénéraliMÎme (/• Livre de l'Empereur^ 48). Dm Dota marginale, de la main de l'empereur, contredit cette assertion : ■ L'empereur le décida, sans en parler à p<r- KMUM II u \ a donc pas eu de conseil de guerre. » Lebrul

n . u l.iit anémie DMBtioa [ioO, ci'/., 288).

nmlc l> t- i.v Ciiaim i il , /oc. lit., 100. (4) Joui nul officiel ilu IV août.

LA CARRIERE DE BAZAIjNE 177

retrouvait la volonté de commander encore (1) » . La prépondérance du souverain et sa propension inavouée à s'immiscer dans la conduite des opérations enlèvent au maréchal Bazaine la liberté d'action qui lui eût été si nécessaire dans des circonstances aussi graves. Aussi est-il permis de penser, avec le général de Rivière, que Bazaine « dut n'avoir plus qu'un désir, celui de se soustraire à une position embarrassante, à une tutelle périlleuse (2) » .

Le maréchal Bazaine méritait-il la confiance que l'armée, le Corps législatif et l'opinion publique lui accordaient?

Né en 1811, engagé volontaire au 37e de ligne en 1831, puis sergent-fourrier à la légion étrangère, sous-lieutenant en 1833, Bazaine passe en 1835, lors du grand mouvement carliste en Espagne, au service de la reine Isabelle. Rentré en France en 1837, capitaine en 1839, il sert en Algérie jusqu'en 1854 et conquiert rapidement

(1) Colonel d'Andlau, loe. cit., 54. — Le maréchal caractérisa cette attitude «en répondant à un ofticier qui venait, le 14 août, lui dire que l'empereur désirait voir hâter le passage des troupes •ur la rive gauche de la Moselle : «Ah! oui, hier, cétait un ordre, aujourd'hui c'est un désir; je connais cela, c'est la ménie pensée sous des mots différents i \lbid.).

(2) Procès Bazaine, Rapport du général de Rivière, 13.

tous ses grades y compris celui de général de brigade. Divisionnaire en Crimée, il se distingue à Melegnano en 1859, part pour le Mexique en 1862, à la tète de la lrc division du corps expéditionnaire, et succède Pannée suivante au général Forey dans le commandement en chef. Maréchal de France le 5 septembre 1864, il revient du Mexique en 1867 et commande successivement le 3' corps d'armée à Nancy, puis la Garde impériale en 1869.

Ce n'est pas sans de très grandes qualités qu'il a pu arriver à cinquante-trois vans au sommet de la hiérarchie militaire : énergie, intelligence, finesse d'esprit, mémoire prodigieuse, sang-froid exceptionnel au feu, bravoure indéniable, il posséda tout cela. Mais l'âge et, plus encore peutêtre, un second mariage très disproportionné ont fait baisser rapidement sa valeur physique et intellectuelle. En 1870, il est d'extérieur lourd, d'apparence vulgaire, de physionomie flegmatique et empreinte, sous un masque de bonhomie, d'une sorte d'indifférence légèrement gouailleuse (1). • loinme la plupart des généraux français de cette époque, il est fort habile dans la conduite dis

(1) Géaéral Titociu, CSuvres posthumes, II, 380; général

Montai i"i\. /<><•. cit., Il, S7 : .lulrs Ci uu ni , Au- fit., 18V: ;;■ n. -

i.il m \ViiiiMit-!'iiMMi-iii\. /.<•.« grandes batailles '/<• Met: (Spectateur militaire, décembre 1887, 14) j lieutenant-colonel Patbt, lu Guerre telle qu'elle est, L85| Emile Olmvibh, //•.'>»-

pire lilirnil, \\, 1 2'.l ; Cniniiii Hvl'Si, loc. cit., *2S,">, 'M)7 , '.\i\.

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