CARACTERE DE BAZAINE
petites colonnes de l'Algérie ou du Mexique, mais absolument étranger aux méthodes et aux grandes opérations de la guerre en Europe. Comme eux, il attribue au terrain une valeur propre, aux positions des vertus intrinsèques, aux places fortes un rôle erroné, à la défensive la supériorité sur l'offensive. Il est manifestement incapable de diriger une armée : les faits, les instructions et les rapports qu'il a rédigés, sa correspondance avec ses subordonnés, ses dépositions au procès de Trianon, les ouvrages qu'il a publiés, tout le démontre surabondamment. Jamais, peut-être, tache plus lourde n'incomba à plus médiocre général.
Indécis, apathique, ne sachant ni vouloir fermement ni donner un ordre net, cherchant à décliner les responsabilités en les rejetant sur ses subordonnés, en même temps égoïste et jaloux de son autorité, absorbant sa pensée dans d'infimes détails, se complaisant dans l'intrigue, Bazaine a encore moins de valeur morale que de savoir professionnel (1). « Ses actes auxquels il
(1) Enquête..., Déposition du maréchal Canrobert, IV, Î86 ; général J.vnius, loe. cit., 132: général Dsuoar, 1870. Armée de Metz, ô, 2V; général Momwih.n, loc. eit., Il, 39, 87: \\\. toc. cit., 14; général tlu Baiiaii., 111, 169. — Déjà, au Mexique le maréchal Bazaine a été l'objet tle rapports très défavorable hdresséi par le général de Caatelnau à l'emperenr/Germun Busr, loe. cit., 311-312). Le général F. Douav, dans une correspondance retrouvée aux Tuileries, traee également du maréchal un portrait peu flatteur. Mais, d'après le lieutenant-colonel I.oizil-
n'aura pas réfléchi, dont il ne songera pas un moment à prévoiries conséquences, seront déterminés sur le moment, par l'occasion, le hasard. Souvent ils étonneront à cause de leur hêtise, qu'on se refusera à admettre : on voudra y voir le résultat de profondes et machiavéliques combinaisons. A cause des négociations vagues qu'il entamera avec l'ennemi, comme au Mexique, on supposera, de sa part, des conspirations ténébreuses, les calculs les plus astucieux; on le jugera un traître payé une somme énorme, quand l'on sera simplement en présence d'un vieillard hébété, incapable, pliant sous le fardeau, sans moral et sans sentiment du devoir, là où une honnête sentinelle, exécutant strictement la consigne, eût peut-être suffi et eût au moins sauvé l'honneur (l) . »
Tel est l'homme à qui l'empereur vient de confier, dans des circonstances si critiques, le commandement suprême des armées et les destinées de la France.
Les conséquences de la nomination de Bazaine sont encore aggravées par le choix du nouveau chef d'état-major général. Sans consulter le commandant en chef, bien qu'il convînt de le faire, le souverain désigne, pour remplir la fonction,
Ion, Douay et Hazainc étaient M tus mauvais tenues (Lettres
ntr V expédition du Mexique, 2S.">. '.Y.\2, 886). (1) Germain BaMT, Aie. lit., 22t>.