JAIIRAS CHEF D'ÉTAT-MAJOR
le général Jarras, deuxième aide-major général, instruit, travailleur réfléchi, froid, d'une inflexible droiture et d'une extrême rigueur dans le service (1). Dès qu'il en est informé le 12, dans l'après-midi, Jarras proteste. Il craint «de n'avoir pas, auprès du commandant en chef, la situation dont un chef d'état-major général ne saurait se passer» . Il se demande si Bazaine ne verrait pas en lui « un critique incommode, ou bien un homme auquel le public aveugle pourrait attribuer le mérite de certaines mesures qu'il supposerait avoir été prises sur son initiative » . Il considère enfin qu'il ne pourrait fournir au maréchal « un grand nombre de renseignements importants » attendu que la plupart n'avaient pas été communiqués antérieurement aux bureaux de l'état-major général (2).
Toutefois, sur les instances de l'empereur et du général Lebrun, Jarras accepte et écrit aussi-
(1) Colonel Fix, Souvenirs d'un officier d'état-major, 2. — Le maréchal Bazaine (Episodes, 48) a déclaré qu'il eût détiré le général Manèquc, qui avait été sous ses ordres au Mexique. Dana ses Souvenirs inédits, le général de Cissey affirme que Bazaine eût voulu l'avoir comme chef d i -tut-major. D'après <i. Bapst, le général de Cisscv, pressenti à cet égard, aurait refusé (loe. cit., 329-330). — Le général Lebrun, premier aide major général, avait demandé à l'empereur de le suivre et d'avoir un commandement dans les corps d'armée formés à Châlons (Procès Bazaine, Déposition Le Bœuf, 207; général Lebbck, /<»<•• cit., 288).
(2) Procès Bazaine, Déposition du général Jarras, 212; général Jaiiius, Souvenirs, 78-79.
tôt au maréchal Bazaine pour se mettre à sa disposition en s'excusant de ne pouvoir se rendre auprès de lui, à Borny, en raison des affaires urgentes qui le retiennent à Metz. Jarras lui demande en même temps quel sera l'emplacement de son quartier général et fait ressortir l'opportunité, pour le commandant en chef, de venir s'installer à Melz afin de se rapprocher de ses chefs de service et de pouvoir plus rapidement expédier ses ordres (l).
La réponse ne parvient à Jarras que dans la matinée du 13. Par une singularité peut-être sans exemple dans les guerres modernes, le maréchal Bazaine a décidé qu'il restera provisoirement à Bornv, tandis que l'élat-major général demeurera à Metz. Toutefois, il ajoute que son intention est de se rendre auprès de l'empereur vers le milieu de la journée, et qu'il en profitera pour donner des ordres au chef d'état-major. Bazaine vient en effet à Metz, a une entrevue avec l'empereur et, sans s'inquiéter même de Jarras, se dispose à monter en voiture pour regagner Borny. Ce n'est que fortuitement que celui-ci apprend la présence de son chef. II accourt, mail « après quelques mots sans importance » , le maréchal met fin à l'entretien en déclarant
(I) Lt ifoéral Jarrai au maréchal Bazaine, Mit/, 12 août.